CHAP. VII. APTITDDE COLONISATRICE, ETC
le sol de la foret qui le couvre et à le labourer. Bientôt le désert fait place à une ferme, et Ton voit s'y élever une famille. Alors le père partage son domaine entre ses flls, si du moins il y a de quoi faire à tous un lot suffisant. Dans le cas inverse, il leur donne une somme d'argent, dès qu'ils sont en âge de l'utiliser. Parmi ceux mêmes qui reçoivent en nature leur patrimoine, il en est qui, préférant une autre carrière, vendent leur part et se mettent en route pour ce qu'on appelle «les pays frontières,» où se trouvent encore beaucoup de terrains publics non vendus.
Notre jeune Américain s'achemine ordinairement sans être marié. Il achète une terre aussi étendue que ses moyens le lui permettent, et après avoir reçu du magistrat son titre d'acquisition, il va se bâtir une maison sur son nouveau domaine. Tout ceci se fait au printemps. Il choisit son emplacement près d'une eau courante, ou du moins en un lieu oii il soit facile de creuser un puits. Il fait ensuite la tournée de son voisinage à quelques milles à la ronde, afin d'entrer en relation avec les autres colons. Au jour qu'ils fixent entre eux, tous lui arrivent à la fois, et en moins de vingt-quatre heures, sa loge est debout, recouverte de planches bien clouées, avec des ouvertures pour les portes, pour les fenêtres et pour la cheminée. Puis il planchéie sa case, la ferme, et bientôt paraît la cheminée au-dessus du toit. C'est un ouvrage qu'il continue et qu'il achève dans les jours de pluie. Mais quand il fait beau temps, ce sont les soins du futur domaine qui le réclament. Là vous le verriez extirpant
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le bois taillis dans une étendue de dix ou quinze acres pour commencer, puis saigner les grands arbres en les entaillant tout autour, afin d'arrêter le mouvement de la sève. Cela fait, il sème du blé indien, ou ce qu'on appelle en Europe du maïs. Si le temps le lui permet, il entoure son champ d'une clôture de pieux fichés en terre. Enfin son séjour ayant duré ce qu'il fallait pour garder suffisamment ses semailles contre les écureuils et les oiseaux, et pour les délivrer des mauvaises herbes qui les auraient étouffées, il clôt sa maison, et la remettant aux soins d'un voisin qui demeure peut-être à un ou deux milles , il regagne pour quelques moments le toit paternel, faisant à cet effet un voyage qui peut varier de vingt à cent lieues. Il restera là jusqu'au mois de septembre, époque à laquelle enfin il se marie; puis, repartant avec sa jeune femme, il prend cette fois un wagon attelé de deux chevaux, quelques bêtes à cornes ou quelques moutons, suivant l'état de sa bourse; et, emportant aussi un certain mobilier, il rentre dans son désert pour ne le plus quitter. De retour à sa ferme, il sème du froment ou du seigle entre les raies de son blé indien, et quand la récolte du mais est faite, il dispose tout pour l'hiver qui s'approche. Sa femme a partagé les soucis de cette humble entreprise. Accoutumée aux ouvrages de son sexe, elle utilise activement ses doigts, et de la sorte on recourra le moins vite possible au marchand qui est venu établir sa boutique dans le village voisin, sous les arbres de la forêt. Voilà les premières économies du jeune ménage, et moyennant que Dieu conserve la