‹ La religion aux États-Unis d'AmériqueChapitre 159 sur 185 · LITTÉRATURE RELIGIEUSE DES ÉTATS-UNIS · texte numérisé non relu

LITTÉRATURE RELIGIEUSE DES ÉTATS-UNIS

S'il était permis d'entendre par la littérature d'un pays tous les livres qui y circulent, on pourrait dire assurément que la littérature religieuse des Etats-Unis

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est la plus considérable du monde en lier, à l'exception toutefois de la Grande-Bretagne. Déduction faite de la race nègre, nous avons une population de quatorze millions d'individus dont presque tous parlent et lisent l'anglais. Relativement à la masse et à ce qu'on voit en d'autres contrées, notre public religieux est considérable : ceux mêmes qui ne sont pas chrétiens de cœur montrent généralement du respect pour le christianisme, et ils ne refusent pas qu'on leur en parle.

Nos livres religieux et théologiques nous viennent de sources diverses. Il en est qu'on a traduits de l'allemand ou du français, du latin et du grec. Ce qui n'empêche pas que nos hommes instruits , et particulièrement nos théologiens, n'en possèdent les originaux dans leurs bibliothèques.

Après cela, nous avons réimprimé ou importé grand nombre des meilleurs livres religieux de l'Angleterre, soit anciens , soit nouveaux. Comme il est aisé de le comprendre, on réimprime ceux qui sont de nature à devenir populaires ; les aulres nous arrivent d'Europe, à l'usage du petit nombre ; et toutefois la vente ne s'en borne pas à quelques exemplaires seulement.

Parmi les réim.pressions américaines, il en est(|ui ont eu un débit immense. Les commentaires de Scolt, de Henry, de Doddridge, d'Adam Clarke et de Gill ont fait la fortune des libraires éditeurs. Rien n'est plus connu de nos lecteurs que les productions édifiantes desFlavel, des Baxter, des Boston , des Doddridge. Bâtes, Charnock, Flavel, Howe, sont nos auteurs familiers, ainsi que Jérémie Taylor, Barrow, les évoques

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IIhU elWilsoii (de SodoretMan). Parmi les modernes, les noms de Thomas Scoll el de Adam Clarke sonl bien connus des cliréliens d'Amérique et chers à tous ; celui de Clialmers est dans le cœur de centaines de milliers de ses frères qui ne verront jamais son visage ici-bas. Combien d'autres encore, soit en Ecosse, soit en Angleterre, dont nous connaissons les écrits dès notre enfance. Je ne dirai pas que tout ce qui est sorti de leur plume nous soit familier comme il l'est dans leur propre patrie , mais ceux de leurs ouvrages qui , conçus dans un esprit vraiment catholique, sont d'une utilité générale, ont certainement chez nous plus de lecteurs que dans la Grande-Bretagne.

Les étrangers reprochent aux Etats-Unis de n'avoir pas une littérature à eux. ^ Ce qu'il y a de vrai, c'est

1 Partant de principes généraux qu'il estime sans doute marqués au coin d'une bonne philosophie. M. de Tocqueville pense que notre pays est forcément condamné à n'avoir jamais de littérature à lui, par cela même que nous sommes une république. Mais n'oublie-t-il point que le gouvernement démocratique le plus pur qui ait jamais existé, celui d'Athènes, a produit des poètes, des orateurs, des historiens, des philosophes, des peintres et des sculpteurs en plus grand nombre qu'aucun autre pays de même population? Ne sait-il pas d'ailleurs qu'aux Etats-Unis la démocratie n'est pas en tout et partout dominante ? Notre gouvernement luimême est dans une forme démocratique tempérée, et pour tout ce qui tient aux sciences et aux lettres, nos institutions sont à l'abri des passions populaires, ou dirai-je de l'influence excessive des masses, tout autant que dans aucun pays du monde. Le grand mal, selon M. de Tocqueville, c'est que nos gouvernements n'encouragent pas les écrivains en loin- faisant des pensions. Mais ces encouragements sont-ils vraiment nécessaires? Portent-ils en général les fruits qu'ils promettent? En Angleterre du moins où l'Etat fait

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que leur liltéralure est peu répandue au dehors ; mais il en est ainsi de presque tous les pays. A rexceplion des gens de lettres, les Anglais, par exemple, ne connaissent guère, que par quelques articles de journaux, les principaux livres qui paraissent en France ou en Allemagne. Si les travaux de nos hommes d'élite sont ignorés en Europe , la faute n'en est pas toute à eux, et je ne saurais penser que leur mérite en soit amoindri ; tout comme cela n'empêche pas que nous n'ayons à citer bien des noms honorables, sinon illustres. *

profession de seconder le génie par son patronage, nous ne voyons pas que les écrivains les plus distingués puisent leurs inspirations à cette source. Que s'il s'agit de la protection que peuvent accorder aux lettres quelques riches amateurs ou des associations scientifiques, rien n'empêche que les Etats-Unis n'olïrent quelque chose de semblable, et cela rnéme n'y est point inconnu.

' Qu'il nous soit permis de transcrire ici quelques noms propres. Parmi les hommes vivants les sciences juridiques ont pour organe et représentants : MM. Kent, Story, Webster, \Yheaton; la médecine: MM. Mott, Warren, Jackson et beaucoup d'autres; la théologie : MM. Stuart, Miller, Woods, les Alexanders, Hodgc, Wayland, Robinson , Barnes, Stowe, Bêcher, Schmuckcr, Ilawkes, les Abbots, etc. ; les belles-lettres et l'histoire : Irving, Prescott, Bancroft, Walsb.Cooper, Paulding; l'érudition : MM. Silliman, Hitchcock, I)avies; l'économie politique : MM. Carey, Vethake, Biddle, Raymond. Je me borne à indiquer ceux qui sont plus ou moins connus en Europe. Parmi les morts nous avons Marshall, Livingston, Madison, Joffer:5on, Jay, Rush, Dorsey, Wistar, Dewees, Godnian, les Edwards, Davis, Dwight , Mason, Emmons, Griffin, Rice, Wirt Ramsay, Franklin, Ewing, Hamilton, et tout dernièrement Channing. Dans les beaux-arts, nous avons possédé un West, et maintenant nous avons Greenough ; et quant aux arts industriels nous ne sommes pas privés de toute gloire, témoins soient les noms de Fulton, de Whilney, auxquels il ne serait pas impossible d'en ajouter d'autres.

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■ 11 faut convenir aussi (ju'on aurait lorl d'exiger beaucoup d'un pays tout nouveau. Si les l'oréls de l'Amérique commencenl à disparaître, il ti'y a pourtant qu'une faible portion de nos territoires qui soit habitée depuis un [)cu de temps. Jusqu'ici nous n'avons guère eu le loisir d'écrire. Nous comptons peu de familles qui aient à la fois de la fortune et des goûts littéraires. Nos académies sont de fondation récente et les professeurs y donnent beaucoup de leçons. Nos pasteurs, nos jurisconsultes, nos médecins ont trop d'occupations pour se livrer à des travaux de cabinet. Nous ne connaissons ni les sinécures, ni les pensions que des princes font aux gens de lettres. La vie publique nous remplit trop pour que nous songions beaucoup aux jouissances intellectuelles : nous mettons notre bonheur à autre chose qu'à posséder des tableaux et des statues; et cependant le goût des beaux-arts commence aussi à nous gagner.

Quant à la littérature religieuse, la seule dont nous ayons à parler ici , nous osons dire qu'elle n'est point, en Amérique, si pauvre qu'on pourrait le croire. Il n'y a pas d'année qu'il ne sorte de nos presses bon nombre de livres originaux, dont la direction est essentiellement pratique et qui exercent une influence des plus heureuses.

A ces productions , il faut ajouter les ouvrages périodiques , gazettes , magasins , revues ; et nulle part peut-être ce genre de littérature n'est plus riche, ni d'une plus grande influence qu'aux Etats-Unis. On peut compter environ soixante journaux religieux heb-

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(lomaclaires. Les mélhodisles en publient huit, dont un en langue allemande. Ils sont tous sous la direction de la conférence. Les épiscopaux en ont douze ; les baplistes neuf ou dix ; les presbytériens de toutes classes, en y comprenant les congrégationalistes, les réformés hollandais et allemands, les luthériens , etc., en ont une trentaine. On voit qu'il s'agit seulement des protestants évangéliques. Le nombre des souscripteurs à ces divers journaux ne doit pas être au-dessous de deux cent cinquante mille. Le Christian Advocaiey journal méthodiste qui se publie à New-York , se lirait il y a quelques années à trente mille exemplaires; mais la fondation de nouveaux papiers méthodistes a réduit ce nombre à vingt-six mille. Le New-York Observer compte seize mille souscripteurs, et plusieurs autres en ont de cinq à dix mille. Ces journaux sont remarquables surtout par l'abondance des nouvelles religieuses qu'ils renferment, puis parles extraits qu'ils donnent des publications les plus récentes. On ne peut nier que cette lecture ne détourne souvent d'études plus solides , mais on doit convenir aussi qu'elle ne laisse pas de faire beaucoup de bien, surtout k des personnes qui , sans cela , ne liraient jamais rien de religieux.

Après ces journaux hebdomadaires, il faut noter un nombre assez considérable de magasins mensuels , et plusieurs revues trimestrielles, oij se trouvent de loin en loin des articles de fond qui ne sont pas sans valeur. Deux de ces revues se publient sous les auspices des presbytériens de l'ancienne et de la nouvelle école.

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Le liiblical llcperlory and Princetown Heview , ori^aiie de l'ancienne école, paraîlà Princetown (New-Jersey) ; et Y American Biblical Reposiiory^ qui se publie à New-York, csl l'organe de !a nouvelle école. Le Mcilwdist Magazine el Quarlerh/ Rcvieu\ puis le Christian lieview, journal baplisle, ont l'un el l'autre des ((ualilés éminentes.

Quoique les journaux politiques des Etats-Unis soient souvent d'une extrême violence quand il s'agit des affaires publiques, ils secondent en maintes rencontres la cause de la religion. Si les éditeurs de quelques-uns de ces journaux se montrent hostiles au christianisme, et s'ils se permettent de l'outrager dans leurs colonnes, l'immense majorité d'entr'eux donne au contraire, et assez souvent, d'excellents articles et publie bon nombre de nouvelles religieuses. * Sous ce rapport, il s'est fait d'étonnantes améliorations dans les vingt dernières années. C'est ainsi que beaucoup de journaux ont rendu des services signalés aux Sociétés de tempérance, et à toutes les entreprises qui ont pour objet le soulagement de l'humanité.

Je parle ici non-seulement des journaux politiques quotidiens ou hebdomadaires, mais encore des revues littéraires et politiques; telles que le Nonh American Review, qui compte un quart de siècle d'existence, le

* En 1839, on comptait 1555 journau'î; politiques avec au moins 1,000,000 d'abonnés. Il est très-peu de ces journaux qui ne s'empressont d'ouvrir leurs colonnes à des articles religieux , écrits avec discernement et pourvu qu'ils ne soient pas trop longs. C'est un moyen d'être utile auquel trop peu de chrétiens ont recours.

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New-York Review , Democralical Review et Boston Review, Toutes ces revues sont trimeslrielles, et je pourrais aussi nommer quelques-uns des magasins littéraires qui paraissent chaque mois; mais ce serait m'écarter de mon sujet. J'ajouterai seulement , en passant, que l'on réimprime en Amérique les principales revues de la Grande-Bretagne; ainsi X Edimbourg Review, le London , le Quarierly, le Wesiminsler, le Foreiyn ^ le Dublin Review j etc.

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