CHAPITRE XXIV
SYSTEME PENITENTIAIHE.
La Société qui s'occupe des détenus a poiTrtilre : Prison Discipline Society ; elle futinsliluée en 1825. Le but principal qu'elle se proposait était de rechercher les meilleurs moyens à employer dans le traitemenl des prisonniers, soit en vue de leur santé et des adoucissements qu'on pourrait apporter à leur triste situation, soit surtout relativement à leur réformalion morale et religieuse.
Avant la fondation de cette Société, les prisons des Etats-Unis ressemblaient à celles de tous les pays du monde. L'on entassait les prisonniers dans des salles communes, au grand détriment de leur santé et encore
* Sauf pourtant que l'admiDistration de la guerre a supprimé la ration journalière de wiskey .ju'on donnait aux officiers et aux soldats à l'armée.
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plus à celui du peu de moralilé qui leur restait. La plupart du temps, les secours religieux qu'on leur donnait n'avaient rien de régulier, si môme ils ne faisaient complètement défaut. En général, les détenus vivaient dans l'oisiveté, et leur entrelien tombait ainsi tout entier à la charge de l'Etat.
Dès lors a eu lieu la réforme dont chacun a entendu parler. Le secrétaire de la Société, homme habile, éclairé, plein de dévouement, le seul agent, je crois , qu'elle ait eu à son service, s'est consacré de toutes ses forces et durant dix-sept ans à cette belle œuvre. Il a visité les prisons de tous les pays , signalé les défectuosités du système suivi jusque-là, proposé des améliorations dans la construction des maisons de détention; il s'est adressé aux législatures des divers Etats et leur a fait entendre l'exposé de ses vues, sans compter les dix-sept rapports annuels qu'il a livrés au public, et qui contiennent une telle masse de renseignements exacts, que, selon toute apparence, il n'y a pas d'écrits, en aucune langue, qui puissent soutenir la comparaison avec les siens.
Les résultats de ces travaux ont été merveilleux. Presque tous les Etals ont érigé de nouveaux pénitentiaires en suivant les plans les mieux entendus et souvent à très-ffrands frais. Ces établissements sont en général sous la direction d'hommes décidément religieux. Làoù l'on n'a pas établi des chapelains spéciaux, les pasteurs du voisinage sont invités à y prêcher l'évangile et à voir les prisonniers le plus souvent qu'ils le peuvent. 11 y a dans plusieurs de ces péniten-
iSé I,A KELir.lON I:N AMilRIQlH. I.!V. IV
tiaires des classes bibliques et des écoles du dimanche ; et il va bien sans dire que, s'il se Irouvedes prisonniers qui ne sachent pas lire, on s'efforce de leur enseigner un art sans lequel le Saint Livre de Dieu leur demeure inutile.
Par tous ces moyens , on a vu bon nombre de détenus se tourner vers Dieu du fond de leur cœur. Ce qu'il faut attribuer tout à la fois à la meilleure organisation des établissements de détention , et au soin qu'on a pris, en général, d'en confier la surveillance à des chrétiens bien connus par leur zèle et leur piété. *
Outre cette grande réforme des prisons proprement dites, la Société dont jesquisse les travaux s'est occupée des hospices destinés aux aliénés , des maisons d'arrêt, oii les prévenus attendent leur sentence et où l'on dépose les personnes qui ont été condamnées à une courte détention , ainsi que les débiteurs insolvables , dans les Etats du moins qui ont encore cette législation. Elle a aussi discuté plusieurs questions relatives à la loi pénale ; celles, par exemple, de l'emprisonnement pour dette et de la peine de mort. Conduites avec habileté, ces discussions n'ont pas été sans fruits. C'est grâce à son agent que la Société suffit à tant de travaux. Ses recettes ne sont pas considérables , car elles s'élèvent au plus à 3,000 dollars par an. Du reste, il faut bien le dire, ce sont les Etats, qui, sous l'impulsion de la Société, ont fait tout ce
* Noyez Appendice, V.
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qu'il y avait k faire ; et ceci môme nous prouve que nos gouvernements s'empressent d'accueillir les plans vraiment utiles et ceux qui sont de nature à favoriser les progrès de la religion , pourvu que l'exécution de ces plans rentre réellement dans leur sphère.
Je conclurai ce chapitre en rapportant un fait bien encourageant que le secrétaire de la Société des prisons cite dans son Rapport de mai 1842. C'est que, depuis quelques années, les crimes diminuent en Amérique , dans la proportion moyenne de deux à trois pour cent par année. On conçoit tout ce que ce fait a de remarquable dans un pays en quelque sorte nouveau, et avec ce torrent d'émigration qui nous amène tant de gens d'une culture morale bien faible, et parmi eux de véritables scélérats que l'Europe vomit sur nos rives. Il n'est pas moins digne d'observation que cette diminution des crimes coïncide avec l'introduction d'un système répressif plus doux et plus essentiellement moral.