CHAPITRE XXVI
INFLUENCE DU SYSTEME VOLONTAIRE SUR LES INSTITUTIONS DE BlENFAISAiNCE.
Parlout OÙ il y a des besoins et des souffrances , on est sûr que les chrétiens, et surtout les chrétiens évangéliques, sont les premiers h l'œuvre. Ils ne comptent en général que sur eux-mêmes pour venir à bout de leurs entreprises de bienfaisance ; mais il est des cas oij la coopération du magistrat devient nécessaire, et c'est alors seulement qu'ils la réclament. S'ils l'obtiennent, ce qui est le plus ordinaire, c'est tout naturellement par eux que les autorités municipales ou celles de l'Etat administrent leurs charités. De sorte qu'en ces cas mêmes on se ressent encore des bienfaits de la libre association. Je pourrais citer ici bon nombre d'exemples à l'appui ; mais je dois me borner à quelques indications générales.
Il n'est pas de villes, je pourrais dire de villages, oh
se trouvait l'honorable John Quincy Adams , l'ancien président des Etats-Unis. — On ne saurait vraiment exagérer les maux de la guerre. «Dans la paix, dit Crésus au conquérant Cyrus, les enfants ensevelissent leurs pères, mais eo temps de guerre, ce sont les pères qui ensevelissent leurs enfants. » « La guerre fait les brigands, dit Machiavel, et la paix les envoie aux galères.» Et Franklin : « Puissions-nous ne jamais avoir la guerre ; car, à mon avis , il ne saurait y avoir de guerre heureuse, ni de paix nuisible. »
492 LA iu:LM;in.N i;n AMKKIQUE. LIV. IV
il n'y ail des sociélés d'hommes et de femmes qui s'occiipeul du soulagement des pauvres, surtout des malades. Il est rare cependant que ces comités aient beaucoup k faire, parce que la pauvreté n'est pas chez nous en permanence, au moins dans la plupart des localités. Ce sont donc généralement des institutions temporaires. Mais, dans nos grandes villes, il faut quelque chose de plus durable. Aussi l'étranger qui les visite y peut-il voir des hôpitaux pour les malades, des maisons de pauvres et des dispensaires où les indigents reçoivent gratuitement des remèdes.* Dans tous les Etats, la loi vote des fonds pour les pauvres, mais ce n'est pas de manière à rendre inutile la bienfaisance privée ; et lorsque des épidémies viennent subitement exercer leurs ravages, on n'attend pas que les gouvernements aient pris des mesures pour secourir les malheureux.'
* Le système d'assistance varie suivant les Etats. Dans ceux de l'Ouest où l'on ne connaît guère l'extrême indigence, chaque commune soigne ses pauvres comme elle le juge bon. L'on fait des collectes, et un commis^saire en applique le montant suivant les cas. Les pauvres qui ont une famille sont placés en des maisons qu'on loue pour eux ; on met les autres en pension. Dans les Etats atlantiques, il existe des maisons de pauvres, où chaque commune envoie les siens, en payant ce qu'il faut pour cela. Quant aux villes maritimes, les autorités municipales font de grands sacrifices pour l'entretien des indigents; et il est bon de dire que la plupart sont des étrangers.
« Lors de l'invasion du choléra , toutes nos cités eurent aussitôt dans leur sein des associations de secours , dont firent partie les meilleurs chrétiens. J'ai vu entre autres à Philadelphie une société de dames qui avait loué une maison pour la convertir en hôpital. C'est là qu'elles recevaient les enfauts que l'épidémie avait rendus
CHAI». XXVI. INSTITUIIONS I)V: BIK.NFAISA.NCK. 493
Je me fais d'ailleurs un plaisir de conslaler que l'Evangile trouve un facile accès dans les établissements de bienfaisance dépendant des Etats ou des communes. On permet à tout cbrétien prudent et zélé, ecclésiastique ou laïque, d'y porter des consolations aux pauvres et aux malades; et dans plusieurs de nos villes, de dignes ministres du Seigneur sont chargés par l'autorité de faire régulièrement des prédications aux hôpitaux comme aux prisons. Sauf un petit nombre d'exceptions, ce sont des ecclésiastiques protestants; mais on n'interdit point aux ministies romains de voir ceux qui désirent leur ministère.
De toutes lesinstitutions de bienfaisancequi honorent nos cités, il n'en est pas de plus intéressantes que celles qui ont pour objet les enfans. Partout on y trouve des maisons d'orphelins bien établies et bien dirigées, où l'on reçoit les enfants de couleur, à l'égal des blancs. En général, il est à remarquer que, dans une grande ville , les pauvres et les malades de race africaine ne sont pas moins bien soignés que ceux de la race blanche. Mais je dois signaler comme un fait dont je suis parfaitement certain, que, sur tout le territoire des Etats-Unis , il n'existe pas un seul hospice pour les enfants trouvés.
Nous avons en outre plusieurs Maisons de refuge ^
orphelins, et les noirs et les blancs. Cliaque jour elles allaient ellesmêmes les laver, les vêlir et pourvoir à leur subsistance. Deux de ces enfants, frappés de la contagion, expirèrent dans leurs bras. La plupart de ces femmes chrétiennes appartenaient aux familles les plus respectables de Philadelphie.
Ï9k LA llEI-ir,l(»N liiN AMKItlQrK. LIV. IV
destinées à renfancc abandonuôe et vicieuse. Les enfants y reçoivent une bonne instruction primaire. On leur enseigne à côté de cela quelque métier, et surtout on a le plus grand soin de leur développement religieux. Ces établissements sont le fruit de l'association volontaire des chrétiens, quoiqu'ils reçoivent en général des secours de la part du gouvernement, soit sous forme de dotation, soit par une allocation annuelle au budjel.*
Je pourrais encore parler des asiles pour les veuves, pour les vieillards et les infirmes; mais je ne mentionnerai plus que ceux où l'on recueille ces malheureuses créatures, déplorables victimes des passions et de l'inconstance des hommes. Il en existe maintenant dans nos principales villes et surtout dans les ports de mer les plus fréquentés. Il est seulement fâcheux que la charité chrétienne n'ait pas multiplié davantage ces asiles, oii déjà plusieurs Madeleines ont eu le cœur touché par l'Esprit de Celui qui disait à l'une d'enlre elles et au grand scandale du pharisien Simon : « Ta » foi t'a sauvée, va-t'en en paix. Tes péchés te sont » pardonnes. »
' L'établissement de Philatlelphie est un de ceux qui sont le mieux dirigés. Il s'y trouve habituellement de cent à deux cents enfants de l'un et l'autre sexe, mais dans des bâtiments à part. Les magistrats de la ville ont le droit d'y envoyer les jeunes vagabonds.