‹ La religion aux États-Unis d'AmériqueChapitre 179 sur 185 · EXEMPLES DE LÎBKRALITÉ CHRETIENNE · texte numérisé non relu

EXEMPLES DE LÎBKRALITÉ CHRETIENNE

veillait. Il avait fortement à cœur les intérêts éternels des personnes qui vivaient sous sa dépendance ; doux et aimable dans ses manières, il lut en toutes choses un modèle de piété vraie et pratique.

Sa dernière maladie et sa mort furent paisibles ; disons mieux, elles furent un triomphe. «Que c'est une belle chose que de mourir, » s'écriait cet homme excellent. « J'ai eu dans ce monde beaucoup d'activité et j'ai fait de bonnes alîaircs ; j'ai eu des jouissances ici-bas autant que personne ; Dieu m'a fait prospérer ; tout est de nature à m'attacher en ces lieux ; je suis heureux dans ma famille ; je possède une belle fortune ; mais comme tout cela est misérable quand on est sur un lit de maladie. Rien n'égale ma joie de voir le ciel si près de moi. Mo7i eqyc'rance en Chrifit est de toutes les richesses la plus grande. Le sang de Christ, le sang de Ciirist, — personne que Christ! Oh! combien je bénis Dieu de ce qu'il a pourvu à ce qu'un pauvre pécheur tel que moi pût contempler avec joie un autre monde, par l'intermédiaire de son cher fils ! Je puis bien dire, avec le frère Lincoln : Dussé-je vivre autant que Metlmsélah, je ne pense pas qu'il me fût possible de trouver un tetnps meilleur pour mourir. »

Mais peut-être avons-nous un exemple plus remarquable encore de libéralité chrétienne dnns la personne de M. Salomon Goodell, de Vermont, qui mourut âgé d'environ 70 ans. On ne lira pas sans intérêt la notice suivante; elle vient d'une source qui mérite une pleine confiance.

« En 1800 ou à peu près, dit l'auteur de ce récit, je remarquai, dans le rapport de la Société des Missions de Connecîicut, une contribution de 100 dollars sous le nom d'un M. Goodell. A cette époque, de pareils dons étaient fort rares, et je ne sais même si la Société dont il s'agit en avait jamais reçu d'aussi considérable. Je pensai que ce M. Goodell était sans doute un riche gentleman qui avait jugé bon de fixer sa résidence dans l'intérieur du pays, et auquel notre Société inspirait une confiance particulière. Ma supposition me parut d'autant mieux

fondée, que clinquc armée on voyait arriver le don de 100 dollars par M.Goodell.

» Quand on l'onda le Conseil Américain en faveur des Missions Etrangères, ce brave homme n'attendit pas la visite d'un agent , mais il fit dire à un membre du Conseil qu'il désirait de souscrire pour 500 dollars à employer immédiatement, puis pour 1000 dollars à capitaliser. Il envoyait d'abord 50 dollars qu'il ferait suivre de k^O autres dès qu'il les aurait entre les mains; et quant aux 1000 dollars, il en paierait l'intérêt jusqu'à ce qu'il eût livré la somme entière. Ce fut avec la plus scrupuleuse exactitude qu'il tint son engagement. Après avoir payé régulièrement l'intérêt convenu, il envoya, peu avant sa mort, 1708 dollars et 37 cent., c'est-à-dire, bien au-delà de ce qu'il avait promis.

» Mais il ne s'en était pas tenu là. Une fois entre autres il apporta lui-même au docteur Lyman , le membre du Conseil dont j'ai parlé tout à l'heure, une somme de 4-65 dollars. « Je pense, Monsieur, lui dit le docteur, que c'est à tant moins de votre engagement de 4000 dollars? » — « Oh ! non , répondit M. Goodell, l'engagement subsiste et c'est du bon ; ceci est une autre affaire. » Puis il expliqua qu'il destinait cette somme aux raissiofls baptistes de Serampore qui venaient alors d'essuyer de grandes pertes d'argent. Je suis fâché, ajouta-t-il, de n'avoir pu faire la somme ronde, mais j'espère que cela viendra plus tard ; en attendant, s'il y a quelque chose à perdre sur les billets de banque, je vous le bonifierai.

» De son vivant, M. Goodell avait fait pour chacun de ses enfants ce qui était convenable. Après avoir consulté sa femme et lui avoir laissé de quoi suffire à son entretien, il stipula quelques legs peu considérables et institua pour son héritier le Conseil des Missions.

» M. Goodell n'était pas un richard, car il ne comptait pas que son lîéritage valût aux Missions plus de 1000 dollars, et il ne paraît pas en effet qu'il ait atteint cette somme. Quoi qu'il

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en soit, voici le relevé qn'on a fait de ses dons, seulement depuis 1812.

Février 6, 1812 dollars. 250

Juillet 20, » 126

Mars 2't, 1813 123

Juin 19, » 200

Janvier?, 1814 465

Mal 27, » . 198

Juillet 25, » 100

Août 31, » 1,000

Février8, 1815 51

Juin 1, » 207

Août 31, 1815 708 37 c.

Novembre 15, » Balance. 79

Dollars. 3,885 16 c.

» Maintenant il faut dire que, si vous étiez allé faire visite à M.Goodell, vousn'eussiez point vu en lui un riche gentleman, mais un fermier tout simple, jouissant d'une modeste aisance et cultivant de ses mains un des coins les plus rudes des Montagnes Vertes. Tout ce qu'il possédait, il l'avait donc gagné par SCS travaux et épargné par son économie. Sa maison était confortable; mais avec la ferme qui en dépendait, elle ne valait pas plus de 700 à 1000 dollars. La source principale de son revenu était une laiterie.

» Quand il fit 50 milles pour apporter ses 't65 dollars, le 7 Janvier 181i, offrande qui eût fait honneur à un généreux Lord de la Grande-Bretagne, vous l'eussiez vu arriver sous le simple attirail d'un bon fermier des montagnes. Au moment de sa mort toute sa garde-robe ne valait pas ce que coûte souvent un seul habit à bien des gens qui s'excusent de n'avoir pas le moyen de donner.

» Outre co (lue nous avons dit, M. (ioodell fit encore d'autres dons de môme nature, si ce n'est de môme valeur, aux Sociélrs eu faveur dos missions domestiques. II, livra, d'une seuk; fois, 50 dollars à un évangéliste qu'il entretenait dans une ville près de son habitation. Il aida plusieurs jeunes gens pauvres qui désiraient de faire les éludes du saint ministère. Kl il ne paraît pas qu'il ait mis aucune ostentation dans ses olfrandes. Ce qu'il y a de sûr, c'est qu'on avait toujours l'air de l'obliger quand on les acceptait. Il n'y cherchait point non plus l'expiation de ses péchés, car toute son espérance était manifestement en Jésus-Christ. »

Si l'on me permet d'ajouter encore un exemple à ces troislà, je parlerai d'une femme de couleur que j'ai connue, et qui donna, d'une seule fois, GO dollars pour l'entretien des jeunes gens pauvres qui se vouent au ministère évangélique. Cette femme n'avait absolument que ce qu'elle gagnait comme domestique ; aussi l'agent de la Société auquel elle s'adressa refusait de recevoir cette somme. «Non, dit-elle, je me suis réservé 5 dollars; je n'ai personne à ma charge^ et j'espère de gagner assez pour payer les dépenses de ma dernière maladie et de mes funérailles. » Elle continua de donner généreusement en d'autres circonstances, heureuse de pouvoir faire quelque chose à la gloire de Jésus-Christ.

Ce sont là de beaux traits, et je ne prétends pas assurément que tous les chrétiens des Etats-Unis se distinguent par une libéralité pareille. Hélas! ce que plusieurs de nos frères font pour celui qu'ils estiment être mort pour eux, est bien pou de chose en comparaison de ce qu'ils pourraient s'ils le voulaient. Il n'en est que trop qui se livrent à de folles dépenses, en oubliant tant d'hommes qui meurent loin de Christ et de son Evangile! C'est en punition de ce péché, sans doute, que Dieu a permis la crise commerciale qui a compromis récemment l'existence d'un si grand nombre de familles. Il est vrai toutefois que les églises d'Amérique font des progrès dans l'exercice de la libéralité chrétienne. Que Dieu hâte le jour où

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