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CHAP. III. LES PRE.M. COL. — MASSACHUSF.TS

leur respectable pasteur dont la perle fut profondément sentie.

L'année suivante, 1630, compte au nombre des plus glorieuses pour la Nouvelle-Angleterre. Après avoir pris toutes ses mesures, la Compagnie en corps s'embarqua, menant avec elle de huit à neuf cents émigrants. Parmi eux se trouvaient des hommes d'une grande fortune et d'un rang élevé. Ils s'étaient choisi pour gouverneur John Winthrop, un des plus beaux caractères de cette époque. .A considérer dans leur ensemble ceux qui composajpnt celte émigration, il ne paraît pas qu'on ait jamais, vu de colonie à mettre en parallèle avec celle-ci. jPc.ur se faire une idée de l'éminente piété de ces puritains, il suffit de rappeler le langage que le jeune Winttirop tenait à son père : « J'appellerai ma patrie le pays oîi je pourrai le mieux glorifier le Seigneur et jouir de la société de mes amis chrétiens; c'est poui:quoi je me soumets dès à présent à la volonté de Dieu et à la vôtre ; je dévoue au Seigneur et à la Compagnie toutes les forces de mon corps et de mon âme. Les arguments que vous me présentez sont sans réplique; elle ne peut qu'être heureuse une entreprise si bien en accord avec l'avis des prophètes de Dieu, une entreprise formée dans un esprit à la fois si religieux et si sage par les principaux d'Israël, et si spécialement consacrée à la gloire du Seigneur. *

Le gouverneur Winthrop avait une belle terre dont

» Winthrop's Journal l, p. 359, 360.

î)8 l.V UKI.KIION I:N A.MKHlQri:. I.IV, Il

il fil nol)lc!nenl le sîicrificcet l)eaiicoup d'iuilres suivirent son exemple. Au nombre des colons les plus riches, il faut remarquer cet Isaac Johnson, « le père de Boston,» comme on l'appelle, qui ordonna par son testament que les frais de ses funérailles ne dépassassent pas 250 liv. st., ce qui veut dire que sa fortune était considérable. Sa femme, lady Arabelle, était fille du comte de Lincoln ; dans son dévouement à la cause de l'Evangile,' « elle quitta un paradis et l'abondance pour un désert et toutes sortes de privations.»* • '

Du reste, ces huit cents émigrés faisaient tous partie de l'Eglise anglicane-, dans laquelle ils avaient été élevés. Bien qu'ils se rattachassent au parti qui s'opposait à ce qu'on envisag<^.3it comme des superstitions et des erreurs romaines; ils tenaient fortement et par conscience a l'Eglise nationale. S'ils ne pouvaient pas, sur tous les articles, s& conformer à ses institutions, ils ne s'en étaient point toutefois séparés, et ils cherchaient de la nourriture pour leurs âmes partout oi!i il s'en trouvait. Douloureusement affectés des taches qui la défiguraient, ils ne lui étaient d'ailleurs point hostiles. C'est ce qui ressort d'une lettre qu'adressèrent aux membres de l'Eglise d'Angleterre Winthrop et ses associés, aussitôt qu'ils furent en mer et près de dire un long adieu aux rivages de la patrie. Bien que longue, elle vaut la peine d'être transcrite, à raison des nobles sentiments qu'elle exprime.

' Jiulgr xlory'.t Cenlnmial Discourir.

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« HUMBLE REQUETE DES LOYAUX SUJETS DE SA MAJESTÉ, LE GOUVERNEUR ET LA COMPAGNIE RÉCEMMENT EM- BARQUÉS POUR LA NOUVELLE- ANGLETERRE, A TOUS

LEURS FRÈRES DE l'ÉGLISE ANGLICANE.

» Révérends Pères et Frères !

» Le bruit qu'a fait l'entreprise oia nous nous sommes engagés par la volonté cIq la providence du Très- Haut, tout en nous dispensant de vous exposer nos motifs, nous encourage aVous demander le secours de vos prières et la grâce, d,0 vos bénédictions. Nous nous adressons à vous, fidèj,ê:5 serviteurs du Seigneur, comme à des hommes q4i, étant le plus rapprochés du Irône de la miséricorde^ doivent d'autant plus intercéder pour son peupW/dans toutes ses angoisses. Nous vous supplionsdonc, par les compassions du Seigneur Jésus, de voir en nops des frères qui ont un grand besoin de votre assls^^ance et qui la réclament avec ardeur. Et de quelque façon que votre charité ait pu se refroidir envers nous, ou par de faux rapports sur nos intentions, ou par la dureté et le zèle amer de quelques-uns des nôtres, ou plutôt de nous tous (car nous ne sommes pas de ceux qui rêvent de perfection ici-bas), nous désirons que vous vouliez bien reconnaître quels sont nos vrais sentiments.

))Nous tenons à honneur d'appeler notre mère cette Eglise d'Angleterre de qui nous provenons, et nous ne saurions quitter notre pays natal, son principal siège, sans une grande tristesse dans le cœur et sans répandre d'abondantes larmes. Comment oublierions-nous

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que c'est en son sfun (|ii<3 nous avons puise la foi qui nous est coninuiuo? Ainsi, nous ne la laissons pas par dcigoûl pour le lait dont elle nous a nourris; au contraire, nous bénissons Dieu de l'éducation qu'il nous a donnée par elle. Membres de son corps, nous nous réjouirons toujours de sa prospérité et sympathiserons cordialement à ses douleurs. Toute notre vie nous désirerons et procurerons de notre mieux son bien-être et l'exleDsio-i de ses domaines dans le royaume de Jésus-Christ-.'

» Qu'il vous plaise donc, pères et frères, de soutenir notre œuvre par vos prières; car, si elle réussit, vous en recueillerez vous-mêmes de la gloire. Jugezen du reste devant le Seigneur, et votï^e récompense sera auprès de lui. Vous avez parmi vous l'excellent usage de recommander aux prières des fidèles assemblés ceux de vos paroissiens qui sont dans l'affliction; votre charité ne leur recommandera-t-elle pas aussi une église qui sort de vos entrailles. Que votre ferveur se souvienne de nous; ce sera le meilleur vent qui puisse enfler nos voiles pour nous donner une heureuse traversée, de la part du Dieu de l'univers, et nous ne manquerons pas, nous et nos amis, de vous le rendre en actions de grâces journalières. Vous n'ignorez pas que l'esprit de Dieu poussait l'apôtre Paul à faire, dans ses prières, une continuelle mention de l'église de Philippes, qui était une colonie romaine; que le même Esprit, nous vous en supplions, incline vos cœurs en faveur de cette faible colonie qui vous doit son origine....

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i) S'il en est qui, faule de nous comprendre, ou par excès d'affection, nous blâment de notre dessein, nous leur demandons instamment de ne pas nous refuser, pour cela, leurs prières et leur charité. Qu'ils considèrent s'ils ne nous les doivent pas d'autant plus. Et la nature, et la grâce, imposent l'obligation de tendre la main aux personnes qu'on estime dans une voie dangereuse.

» Quant à nous, qui sompi,es vos frères en Jésus- Christ, de quelque façon -que vous nous témoigniez votre amour, nous le reconnaîtrons partout où cela nous sera possible, et pouv, autant que Dieu nous en fournira les moyens. Nou^j saurons aussi prier avec larmes pour votre bonheur éternel, lorsque, enfermés dans nos cabanes diî désert, l'Esprit de supplication couvrira de son ombre tutélaire les nombreuses tribulations auxquelles nous ne pouvons que nous attendre, mais qui, nous fespérons, devront nous être profitables. Et en vous recommandant à la grâce de Dieu en Christ, nous demeurons, etc., etc. »

Les vaisseaux qui portaient Winthrop et sa bande traversèrent heureusement l'Atlantique, et atteignirent la baie de Massachusets en juin et juillet. Après avoir versé du baume sur bien des plaies et secouru bien des misères parmi les colons de Salem, les nouveaux venus se mirent en cherche d'un endroit propre à leur établissement, opération devenue facile depuis qu'on avait beaucoup exploré la contrée. On prit terre au lieu où se voit maintenant la ville de Charlestown. Une partie des émigranls ayant remonté le tleuve

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Charles jusqu'à Watertown, quelques-uns d'entre eux résolurenl île s'y fixer, d'autres préférèrent Dorchester. Mais le plus grand nombre résolut d'occuper la péninsule où l'ut bàlic la ville de Boston.

Pendant quelque temps ils eurent pour toute habitation des tentes en toile et de misérables huttes où ils souffrirent considérablement des intempéries de la saison. Pour compléter leurs épreuves, vinrent des maladies qui enlevèrentîiuriioins deux cents des leurs avantlemoisde décembi'e. Une centaine d'autres perdirent courage et retournèrent en Angleterre. Parmi ceuxqui succombèrent aux r/ialadies, il faut remarquer Lady Arabella Johnson . Sm^mari lui-môme, «le grand promoteur de la colonie» , fut emporté par la contagion; mais « il mourut deboncœur etdansunedouce paix, faisant la fin la plus pieuse. » * Les colons supportèrent d'ailleurs ces maux avec calme. Pleins de confiance en la bonté divine,, ils ne doutaient pas que tout ne finît par bien aller. "Ce qui les soutenait, c'était la ferme conviction que le Seigneur était avec eux, et le souvenir du grand objet pour lequel ils avaient gagné ces déserts.

Bientôt, en effet, la lumière du jour dissipa toute cette obscurité. L'état sanitaire de la colonie s'améliora, et, pendant les deux années suivantes, de nouveaux émigrants d'Angleterre remplirent les vides que la mort avait faits. Alors, il fut question de donner au gouvernement de la colonie une forme plus libé-

' Governor Winlhrop's Joirnal.

CHA1\ ]ll. I-ES PWEM. COL. — MASSACHUSETS. 103

raie. La Charle royale accordait aux seuls membres de la Compagnie le droit de poser les lois constitutionnelles. Un des premiers acles de la corporation fut donc de se réunir en assemblée générale à Boston, et d'admettre à tous les privilèges de la communauté une centaine des plus anciens colons. De là ils en vinrent insensiblement à remplacer leur système aristocratique par la démocratie représentative. Au lieu d'un gouverneur, d'un sous-^o,uverneuret d'assesseurs à vie, ils eurent, sous ces mémesnoms, une magistrature annuelle; puis, ils conférèrent le pouvoir législatif à un conseil général co^iposé de deux chambres, celle des assesseurs formant la chambre haute, et celle des députés des villes pour la chambre basse. Cinq ans après la fondation de la colonie, ils formulèrent une constitution, sorte de grande charte, qui posait les bases fondamentales d'une administration juste et libérale; et à partir de la quatorzième année depuis le premier établissement, leur 'organisation civile fut, en somme, ce qu'elle est aujourd'hui.

Mais, pour nos colons, les affaires religieuses avaient le pas sur toutes les autres. Les frères de la Nouvelle- Angleterrecommençaientpar le Seigneur, recherchant ses bénédictions et désirant avant tout d'avancer son règne. Aussitôt débarqués, ils avaient célébré un jour solennel de jeûne et de prières. En altendiuit qu'ils eussent des temples bâtis par la main des hommes, ils adoraient Dieu sous l'ombre des grands arbres de la forêt. C'est là que les révérends Wilson et Philips, et d'autres fidèles ministres du Seigneur, leur dislri-

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huaient la parole et le pain de vie. D(^.s que la colonie se vit un peu assise , on leur garantit des moyens convenables d'existence.

Trois ans apn^s sa fondation, il y vint, avec de nouveaux éniig;rants, deux guides spirituels qui lui rendirent les plus grands services. L'un d'eux était le pieux et zélé Cotton, homme profondément versé dans les Ecritures, lîon moins que dans les ouvrages des pères de l'Eglise et des docteurs de l'école, prédicateur dont l'éloquence persucisive exerçait une étonnante puissance sur les cœursv L'autre était Hooker, doué de grandes facultés, d'Ufîé activité infatigable et d'une parfaite bienveillance, animé de l'esprit des réformateurs, mais avec moins de rudesse. Les colons surent apprécier dans ces deux' Serviteurs de Dieu, nonseulement l'œuvre qu'ils faisaient, mais encore les qualités éminentes qu'ils, y déployèrent.

La colonie ne tarda pas à s'étendre dans toutes les directions, en partant de Boston, centre et capitale de la province. A mesure que de nouveaux établissements se formaient, l'on fondait aussi de nouvelles églises ; car nos pères ne pensaient pas qu'à la longue rien pût prospérer sans la religion.* Dans les cinq pre-

1 Plusieurs de ces églises, si récentes et si faibles encore, soutenaient réellement deux ministres, l'un qu'on intitulait passeur, et l'autre docteur. Il n'est pas aisé d'exprimer ce qui faisait la différence entre ces deux ministères, et la distinction devait être encore plus difficile à maintenir dafis la pratique. Thomas Hooker dit que l'office du pasteur est d'agir sur les affections et sur la volonté, et celui du docteur, d'agir sur l'intelligence , en y portant la con-

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