CHAP. V. LES PREM. COL.— ÉTATS DU SUD
que le sud conserva pour des monarques si indignes de respect et totalement incapables d'apprécier le dévouement de leurs sujets. La Nouvelle-Angleterre fut donc l'asile des puritains à « tètes rondes, » et le sud servit de refuge aux «cavaliers, » lorque le trône et l'autel tombèrent à la fois. Et si la religion du nord eut quelque chose de strict, de sérieux, de morose même, se refusant, au dire de ses ennemis, les plaisirs les plus innocents; celle du sud fut la religion de la cour et des gens à la mode , une religion qui n'exigeait pas une bien forte résistance contre « la convoitise de la chair, la convoitise des yeux et » l'orgueil delà vie. »
Nous ne pousserons pas plus loin un parallèle qui n'est j uste que dans sa généralité. On n'en inférera pas, assurément, que la vraie foi se fût toute recueillie vers le nord. Je n'ai voulu que donner une idée sommaire de l'esprit différent qui animait les colonies, et je laisse grande marge aux exceptions.
De tous les établissements du sud, les plus anciens sont ceux de la Virginie. Celle-ci fut pour le midi ce que le Massachusets devint pour le nord, mère en quelque sorte et princesse. Ce n'est pas que les autres colonies soient précisément sorties d'elle ; mais par les avantages de sa position et par le nombre de ses partisans, non moins que par son développement intellectuel et par ses richesses , elle acquit de bonne heure la prépondérance dont elle jouit actuellement au sein de l'union.
L'histoire de la Virginie atteste que l'esprit reli-
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gieux ne fut pas complètement étranger à sa fondation. La charte porte qu'on y célébrerait le culte selon le rile anglican, et lorsque, en 1619, elle eut sa première législature librement élue par le peuple, un acte de ce corps reconnut l'église épiscopale comme église officielle. L'année suivante, on érigea onze bourgs en paroisses avec cinq pasteurs, pour une population qui n'allait pas à trois mille âmes. En 1622 , l'on fixa le traitement des pasteurs à quinze cents livres de tabac et treize barriques de blé, le tout estimé 200 livres sterling. Pour subvenir aux frais du culte, la loi exigeait de chaque colon âgé de seize ans, une redevance annuelle de dix livres de tabac et d'un boisseau de blé.
Il paraît que la Compagnie sous les auspices de laquelle la Virginie fut colonisée, avait un vrai désir d'utiliser cet établissement pour répandre la connaissance de l'Evangile chez les Indiens. Dès les premières années elle demandait au gouverneur et à l'assemblée « d'employer tous les moyens possibles pour attirer les naturels à la civilisation, à l'amour de Dieu et à la vraie religion. » Elle voulait que les colons employassent les Indiens comme ouvriers, afin qu'ils devinssent plus lard « les instruments de la conversion tant désirée de leurs tribus. » Elle exigeait encore que « chaque ville, bourg et village se procurât, par des voies légitimes, un certain nombre d'enfants indiens pour leur apprendre à lire, en sorte qu'on pût mettre les plus capables dans les collèges qu'on érigerait dès que les finances de la société le permettraient, ne dou-