CHAP. VI. LES PREM. COL. — NEW -YORK
des Etats-Unis, elles se partagent aussi celle de leur avoir enseigné la liberté. Nos pères reçurent de l'Angleterre le principe du gouvernement représentatif, et de la Hollande celui du système fédératif. »
Ce furent donc, pour le répéter, les Hollandais qui découvrirent les fleuves de l'Hudson et du Connecticut, peut-être même le Delaware.En 1614, cinq ans après que Henri Hudson eut navigué sur le premier de ces fleuves, les Hollandais construisirent quelques huttes dans l'île de iManhattan, oii l'on voit maintenant la ville de New-York.
Après quelques essais tentés par des négociants d'Amsterdam, la Compagnie hollandaise des Indes-Occidentales obtint, en 1621 le monopole du commerce sur toutes les côtes de l'Atlantique dont la Hollande réclamait la possession. Il ne paraît pas que la Compagnie se proposât la colonisation de ces contrées : tout ce qu'elle voulait, c'était de faire avec les indigènes le commerce des peaux et des fourrures. Mais au bout de peu d'années, les familles de ses facteurs s'étant beaucoup accrues, ce qui n'était d'abord qu'un comptoir prit l'aspect d'une colonie. La Nouvelle-Amsterdam, avec sa flotille hollandaise rangée le long de ses quais, promettait de devenir, tôt ou tard, une ville florissante. La colonie s'étendit de proche en proche jusqu'aux lieux appelés plus tard New-Jersey.
Malgré quelques difîérends au sujet des limites de leur territoire, il y avait alors harmonie parfaite entre les Hollandais et leurs voisins les puritains. En 1627, le gouverneur de la Nouvelle-Hollande, ou de la Nou-
134 LA KULIGION i:> AMÉRIQUE. I.IV. II
velle-Belgique , comme on l'appelait quelquefois, fit à la colonie de Plymouth une visite de politesse et d'amitié. H fut reçu « au son des trompettes, » disent les mémoires. On jeta les bases d'un traité de commerce et de bon voisinage. « Nos enfants, après nous, se souviendront toujours du bon accueil que nous avons reçu dans votre pays, et ils ne cesseront de faire des vœux pour votre prospérité ; » ainsi parlèrent les voyageurs.
Quoique cette colonie gagnât du terrain, elle ne faisait pas cependant les progrès qu'on eût pu espérer. Au lieu de la protéger et de l'encourager, la mèrepatrie l'abandonnait à la merci d'une corporation commerciale dont les vues étaient assez étroites. On ne lui donna pas toujours des gouverneurs fort sages. L'indigne Kiefl , par exemple , négligeant d'apaiser les Indiens irrités, laissa détruire par eux les colons de Staten-Island. Puis attaquant en pleine paix une tribu d'Algonquins, il en massacra de sang froid une grande partie. En sorte que, pendant deux années entières, de 1643 à 1645, les Hollandais se virent, par représailles, assaillis sur tous les points, et menacés d'une ruine totale. Des bords du Raritan à ceux du Conneclicut, il ne resta pas une seule ferme intacte. On voyait les malheureux colons fuyant leurs habitations en flammes , et tous ceux qui en eurent les moyens regagnèrent la Hollande. Ce fut dans cette guerre que périt, avec toute sa famille moins un seul individu, la célèbre Anne Hutchinson, une des femmes les plus extraordinaires de sou temps.