CHAPITRE XTII
CARACTÈRE RELIGIEUX DES PREMIERS COLONS
Emigranls d'Allemagne.
Les Allemands commencèrent d'émigrer en Amérique dans la seconde moitié du XYIP siècle. Les premiers qui s'y rendirent sans doute, ce furent les victimes de la dévastation du Palatinat par les armées de Louis XIV, en 1674.
La persécution continuant ce que la guerre avait commencé , beaucoup d'Allemands émigrèrent aux colonies anglaises, et il est à noter que, jusqu'à la révolution des Etats-Unis, cette émigration se composa presque exclusivement de protestants.
En 1710, lorsque le colonel Hunter passa du gouvernement de la Virginie à celui de New-York, l'Angleterre fît partir avec lui près de deux mille sept cents Palatins, origine des communautés allemandes qu'on rencontre dans cet Etat, surtout à Germanflats.
L'émigration des Allemands eu Pensylvanie commença, dit-on, en 1682 ou 1683. Alors fut fondé Germantown près de Philadelphie. Depuis ce moment de nouveaux colons de celte race y arrivèrent en telle quantité, qu'en 1772 on évaluait le nombre de leurs
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descendants an tiers de la population totale, estimée de 200 à 300 mille âmes. *
De la Pensylvanie ils se répandirent dans le Maryland et la Virginie. L'an 1713 fut marqué par un acte de bienveillance pareil à celui dont les réfugiés français avaient été précédemment les objets. Il paraît qu'une petite bande de colons allemands s'étaient établis au-dessous de la chute du Rappahanno.k, sur la branche méridionale du fleuve, dans le comté d'Essex. C'était à celte époque l'extrême frontière de la civilisation ; en sorte qu'il y avait tout à la fois humanité et bonne politique à leur donner de l'encouragement. Aussi les dispensa-t-on de toutes taxes paroissiales pendant sept ans. Ils formèrent la paroisse Saint- George avec un ministre de leur choix, et sous les conditions qu'ils fixèrent eux-mêmes. ^
Il y eut par la suite beaucoup d'Allemands qui émigrèrent à la Caroline. L'an 1709, il en arriva plus de deux cents, et d'après le nom de Nouvelle-Berne qu'ils donnèrent à leur établissement, il est probable que ces colons venaient de la Suisse. ^ De 1720 à 1750, les nouveaux arrivants furent nombreux,^ et l'an 1764, il en partit de Londres environ six cents d'une seule fois. ^ Quelques années après, un certain nombre de familles allemandes, ayant quitté le Maine, rejoigni-
1 Proud's History of Pensyfvania. IF, 273.
* D. Hawk's Hislory of Ihe Episcopal Church in Virginia , p. 81 .
* Williams History of Norlh Caroline, I, p. 184.
* Ramsay's History of South Caroline, I, p. 11. » Holme' s American Annals, II, p. 268.
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ront leurs compatriotes k Londonderry, dans la Caroline du Sud ; mais, s'élant repentis de cette démarche, plusieurs relournèrenl dans le Maine où se trouvent encore leurs descendants.
Enfin la Géorgie eut aussi des Allemands parmi ses premiers colons. Le colonel Oglethorpe en amena passablement avec lui, et la masse s'en accrut de temps en temps par de nouvelles recrues venant d'Europe.
Les Allemands qui émigrérent en Amérique pendant l'ère coloniale étaient presque tous protestants. A leur arrivée, ils organisèrent deux communions ou églises, suivant les doctrines dislinctives qui, dans leur pays même , les séparent en deux dénominations : les réformés ou calvinistes qui se rattachent à la forme presbytérienne, et l'église delà confession d'Augsbourg, ou les luthériens. Depuis qu'ils ont adopté la langue anglaise et qu'ils se sont d'ailleurs répandus par toute l'Amérique, ils se sont distribués entre les églises presbytériennes, épiscopales, méthodistes et baptistes.
Parmi les Germains qui s'établirent en Amérique, il vaut la peine de mentionner à part deux fragments peu considérables mais fort intéressants des anciennes églises slavonnes. Il- fallait aussi, semble-t-il, que la branche de l'Eglise d'orient eût ses rejetons dans le Nouveau-Monde. Je veux parler des Frères-Unis, ou Moraves , comme on les appelle vulgairement, et de (juelques membres des églises de Bohême. Ceux-là vinrent directement de Herrnhout, la mère commune
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de celle confrérie qui, sous la direction de Zinzendorf, fit revivre les principes et les sentiments de l'ancien peuple morave. Les Bohémiens arrivèrent les uns après les autres, depuis la Hollande ; mais ces enfants de Jean Huss et de Jérôme de Prague n'organisèrent point une communion distincte et se fondirent dans les diverses églises protestantes de leur patrie adoptive. Il n'en fut pas ainsi des Frères de l'Unité. Fidèles à leurs institutions particulières, ils sont aujourd'hui ce qu'ils étaient à leur arrivée. Outre un petit nombre d'églises dans les grandes villes, telles que Philadelphie et New- York, et quelques congrégations éparses à l'intérieur du pays, on trouve surtout les Moraves dans leurs trois établissements de Bethléem, de Nazareth et de Litiz en Pensylvanie, puis dans celui de Salem, Caroline du Nord.
Les Allemands qui vinrent se fixer en Amérique avant notre révolution, étaient généralement recommandables par leur piété. C'étaient des motifs de conscience qui leur faisaient quitter l'Europe, et ils nous apportaient ces habitudes simples et paisibles, ces goûts laborieux et m.odérés qui sont le propre de leur nation. Le taux moyen de leur moralité s'élevait assez haut; mais il y avait de plus au milieu d'eux bon nombre de chrétiens sincères qui se distinguaient par une foi riche en bons-fruits. Depuis la révolution, et surtout dans les trente dernières années , les choses ont bien changé de face. Catholiques et protestants émigrenl en grande quantité d'Allemagne aux Etats-Unis par des motifs terrestres ; il n'y a pas de comparaison à
Taire eiilrc eux et les Allemands que la persécution et l'oppression chassaient autrefois de leurs contrées.
Les Etals où l'on rencontre le plus de descendants des colons allemands sont, outre ceux que nous avons déjà nommés, New-York , Ohio, ïndiana, Illinois, Micbigan, Missouri. Il n'est pas douteux qu'après les hommes de race britannique, ce ne soient les émigrants de la Germanie qui aient formé la plus grande partie de la population américaine. Cependant leur influence sur le caractère religieux de la nation n'a point égalé celle des puritains, des Ecossais ou des huguenots. Il est à remarquer toutefois que la première Bible qu'on ait imprimée eu Amérique fut une édition de la version de Luther.