‹ La religionChapitre 1 sur 30 · PERMIS D’IMPRIMER · texte numérisé non relu

PERMIS D’IMPRIMER

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Évêque de Versailles.

Versailles, le 26 Octobre 1893.

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PRÉFACE

Le dessein de ce livre est d’exposer la Religion, en établissant que toutes les vérités qu’elle enseigne sont en si parfait rapport avec les aspirations de notre cœur et de notre intelligence, que nous ne pouvons rejeter ces vérités et les devoirs qui en découlent, sans fouler aux pieds les sentiments les plus nobles et renier précisément cette raison humaine que nous prétendons devoir être la seule règle et directrice de la vie.

Ce qui nous engage à publier ce livre, c’est que nous avons cru remarquer chez beaucoup, que s’ils savaient leur religion comme les théologiens, c’est-à-dire par les plus hautes raisons.

ils ne l’oublieraient pas si facilement. En effet, si j’ai bien compris que la rêligiôn est la vérité, et qu’elle ne peut pas être autrement qu’elle

VI PRÉFACE

est, un mauvais exemple, une mauvaise lecture pourront me troubler, m’entraîner à quelque faiblesse, au mal même ; mais, au milieu de cette tourmente, ma foi n’en subsistera pas moins, et le moment de la passion passé, la raison ne tardera pas à se faire entendre de nouveau et à rétablir dans mon âme le règne de vérités qui n’avaient été qu’obscurcies. Tandis qu’au contraire, si je ne sais que la lettre morte de ce que je dois croire et faire, une affirmation opposée, une question insidieuse suffiront presque toujours pour que j’abandonne tout, et ce sera sans espoir sérieux de retour.

Jadis, lorsque la vie chrétienne se confondait en quelque sorte avec la vie civile, lorsque l’enfant trouvait comme forcément un enseignement réel de la religion dans les mœurs, dans les coutumes, jusque dans les lois et les obligations imposées par l’autorité séculière, on pouvait peut-être ne pas se croire obligé d’expliquer à tous les raisons rationnelles de croire ; mais aujourd’hui il n’en est certes plus de même. Un souffle de liberté absolue a passé sur le monde. Tout est mis en discussion; chacun sait lire et est exposé à trouver dans son journal du matin la négation de ce que le prêtre a dit la veille, ou de ce qu’il a appris dans

PRÉFACE

YII

les quelques mois de catéchisme, que le Père Lacordaire s’étonnait être le seul enseignement religieux que la plupart des hommes reçussent pendant toute leur vie.

Nous savons fort bien, il est vrai, que la science est très peu de chose et que la religion est, avant tout, une question de bonne volonté et de cœur, mais cela ne nous empêche pas de croire que la volonté et le cœur veulent et doivent être éclairés, et qu’entre les moyens humains qu’on peut employer pour ramener les âmes, il faut placer au premier rang un enseignement plus approfondi de la religion. S’il en était autrement, il faudrait alors jeter tous nos livres au feu. Saint Paul s’écrie bien, il est vrai ! Je ne veux savoir que Jésus , et Jésus crucifié ! mais qu’est ce cri de son grand cœur, si ce n’est précisément le résumé ou la synthèse de cette profonde science théologique qui désespère depuis tant de siècles les commentateurs de ses Épîtres ?

D’ailleurs, comment pourrait-on hésiter encore, lorsqu’on a vu Notre Saint-Père le Pape Léon XIII, dès son avènement au Souverain Pontificat, recommander instamment l’étude de saint Thomas d’Aquin ; et si le Pape recommande cette étude aux prêtres, ce n’est certai-

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nement pas pour eux seuls, mais encore et surtout pour qu’ils en appliquent la méthode à l’enseignement des peuples... Or, que fait saint Thomas d’Aquin à travers les innombrables questions qui composent sa Somme théologique f si ce n’est poursuivre la démonstration de toutes les vérités possibles, en s’appuyant sur les principes évidents, sur la nature et les nécessités des choses, en un mot sur le bon sens.

Et qu’on ne dise pas qu’agir ainsi c’est supprimer le mérite de la Foi et n’en plus faire une vertu, car l’Église n’a jamais procédé différemment. Les travaux des Pères n’ont jamais eu d’autre but que de montrer l’accord des vérités révélées avec les besoins du cœur ou les données de la raison. A quels immenses travaux ne se sont-ils pas livrés pour établir la divinité de l’Église et celle de l’Écriture sainte, ainsi que la véracité de tous les dogmes, appelant à leur aide tout ce qu’avaient écrit les anciens philosophes, appuyant leurs raisonnements sur les faits historiques, sur les monuments, sur les traditions, accumulant preuves sur preuves pour ne laisser aucun échappatoire à l’erreur, et si l’on parcourt seulement la Cité de Dieu de saint Augustin, on sera forcé de reconnaître qu’il n’est peut-être pas un seul

PRÉFACE

point difficile que ce grand homme n’ait cherché

h élucider, remuant, on peut bien le dire, le Ciel

et la terre, et toutes les connaissances humai-

nés, pour trouver les raisons des choses qu’il connaît cependant par la foi la plus vive ; c’est qu’il voudrait pouvoir admirer encore davantage cette divine Sagesse qui a tout fait avec poids et mesure, et n’a rien fait sans raison. Et saint Ambroise de Milan pourra même écrire : 0 homme , si tu veux tout faire avec le Verbe et rien sans le Verbe , fais tout avec la raison et rien sans la raison , parce que tu n es pas

un être irraisonnable , mais un être raison -

nable1.

De son côté le Concile œcuménique du Vatican, a formellement déclaré, au chapitre iv de sa constitution dogmatique sur la Foi, « que la raison illuminée par la foi, lorsqu’elle cherche avec soin, avec piété et modération, acquiert, Dieu aidant, une certaine intelligence des mystères et que cette intelligence est très fructueuse . La raison, continue ce Concile, acquiert cette intelligence, soit par analogie avec les choses qu’elle connaît natu-

1. Ut omnia per Verbum facias, nihil sine Verbo, omnia eu ni ratione nihil sine ratione, quia non es irrationabilis, ô homo, sed rationabilis. S. Ambr. in Ps. CXVIU.

PRÉFACE

rellement, soit par le lien que les mystères ont entre eux et avec la fin dernière de l’homme... et quoique la Foi soit au-dessus de la raison, il ne peut jamais y avoir entre la Foi et la raison un désaccord, une opposition véritables; car c’est le même Dieu qui révèle les Mystères et infuse la Foi, et qui a donné à l’esprit de l’homme la lumière de la raison... »

Nous nous sommes donc appliqués, dans ce simple exposé de la Religion, à donner les raisons de toutes les vérités qu’elle enseigne, et de tous les devoirs qu’elle prescrit. Montrant que ces vérités découlent forcément de la nature des choses, qu’elles ne sont que l’expression exacte de ce qui est , et de ce qui ne peut être autrement ; que, de leur côté, les devoirs nommés Commandements de Dieu et de l’Église ne nous sont pas imposés arbitrairement par une Puissance absolue, qui veut nous éprouver, ou nous faire mériter le ciel, comme on le dit si souvent, mais que, bien loin de là, ils sont au contraire une œuvre de la bonté et de la prévoyance paternelles de Dieu, qui, par ces devoirs ou Commandements, ne fait que nous indiquer ce que nous devons faire, et ce que nous devons éviter, si nous voulons vivre en paix sur la terre, faire le bien et arriver au bonheur infini qui

PREFACE

nous attend après cette vie, si par notre conduite nous n’en sommes pas devenus incapables.

Enfin ce que nous avons surtout cherché à mettre dans la plus vive lumière, c’est que si l’on va bien jusqu’au fond des choses , la grande question du bonheur ou du malheur éternel n’est en résumé qu’une simple question d’affection, et que l’on ne peut violer les lois sacrées

de l’affection sans tomber forcément dans le

mal, et par le mal dans le malheur. L amour gouverne le ciel lui-même , a dit Dante, et c’est vrai.

De plus, nous nous sommes efforcé de mettre nos explications à la portée de tous, en les dépouillant de tout appareil scientifique et de toutes les formules de l’école, en basant ces explications sur les choses ordinaires de la vie, sur les sentiments de notre propre cœur. On nous accusera peut-être d’avoir, en quelque sorte, abaissé les mystères sacrés et Dieu lui-même, en prenant nos exemples ou comparaisons dans les choses les plus simples de la vie, d’avoir trop humanisé Dieu, comme il nous l’a déjà été dit, mais l’Écriture sainte nous rassure, car c’est à chaque ligne que nous y voyons Dieu s’abaisser jusqu’à nous, avec la plus grande familiarité de langage. Je vous ai portés à bras tendu , dira-t-il

PREFACE

aux Hébreux, ou encore : Je vous ai soutenus et portés sur mes épaules comme l aigle qui étend ses ailes et vole sur ses petits pour les inviter à voler. David dira : Mon Dieu , si je me suis élevé dans mon cœur , traitez-moi comme l'enfant que sa mère vient de sevrer... Et Salomon : Qui me donnera de voir mon frère , c’est-à-dire le Fils de Dieu, nourri comme moi sur le sein de ma mère.

D’ailleurs, Dieu ne s’est-il pas lui-même fait homme, afin que nous puissions le voir de nos yeux, le toucher de nos mains, et faire notre nourriture quotidienne de sa chair sacrée ! Et dans l’office de Noël, l’Église ose nous faire dire : Un petit enfant , un fils nous est né aujourd'hui et il sera appelé Dieu... Et l’Évangile n’autorise-t-il pas toutes nos comparaisons, en comparant lui-même le Ciel à un festin, et la grâce au vin, à V huile, au miel... Et l’on ne voit vraiment pas pourquoi l’on priveverait les âmes de moyens d’instruction si puissants, si adaptés à notre nature, et que Notre-Seigneur, lui-même, a employés sans cesse. Nous oublions trop que Dieu n’a pas craint de nous dire qu’il nous créait à son image et ressemblance. Et nous verrons les Pères de l’Eglise s’appesantir sur ces deux

PREFACE

mots, pour en tirer toutes les admirables et encourageantes conséquences qu’ils renferment l.

Disons-le tout d’un mot, nous avons essayé de faire pour la Religion ce que l’on fait à si grands frais depuis cinquante ans et plus pour vulgariser les sciences humaines, pour mettre à la portée de tous des connaissances qui, jusque-là, n’avaient été que le privilège des savants. Qui sait, en effet, si le temps n’est pas venu de vulgariser aussi la science théologique, de faire profiter les âmes de cette connaissance approfondie de Dieu qui justifie et échauffe la Foi?

Au moyen âge, les simples fidèles n’apercevaient l’autel et les mystères sacrés qu’à travers les portes barraudées et voilées des jubés... Aujourd’hui les jubés sont écroulés, les autels apparaissent au grand jour, les foules ravies se pressent jusque sur leurs marches, les cérémonies qui s’accomplissent

1. Deut , V, 6. In manu forti etbrachio extento. — Idem , XXXII. Sicut aquila provocans ad volandum pullos suos, et super eos volitans. — Ps. 130. Sicut ablactatus ut super matre sua, ita retributio in anima meà. — C. C. VIII. Quis mihi det te fratrem meutn sugentem ubera matris meæ. — Ant. V, Laud. Nativitatis , Parvulus hodie natus est nobis, et vocabitur Deus, Fortis. — C. C. I. Quia meliora sunt ubera tua vino, fragrantia unguentis optimis.

PREFACE

clans le sanctuaire n’ont plus rien de caché, et le moindre enfant y participe?... N’attenclons pas plus longtemps pour écarter les voiles qui cachent encore la science religieuse au plus grand nombre... Gomme l’a dit un jour Notre Saint-Père le Pape causant sur les destinées de notre époque : « La question n’est pas seulement « de pousser les âmes dans les églises et de « les amener à la messe par tous les moyens « possibles; il faut encore et surtout qu’elles « sachent ce que c’est que la Messe, et ce qu’on « y fait... » Or, savoir ce que c’est cjue la messe et ce qu’on y fait, ce n’est pas seulement en connaître les paroles ou les cérémonies, c’est en savoir le sens et la raison, c’est, en un mot, connaître très à fond toute la Religion, car la Messe en est le résumé complet, comme l’a montré saint Thomas d’Aquin dans l’explication si simple et cependant si belle qu’il en donne dans une des questions de son Traité des sacrements .

Appuyé sur ces sages et fortes pensées, espérant même peut-être répondre, bien petitement sans doute, mais enfin dans la mesure

III, P. Q. LXXXtlL, 4... Quod quia in hoc sacramento, totum mysterium nostræ saiutis comprehenditur, ideo præ cæteris sacramentis cum majori solemnitate agitur... etc...

préface.

de nos forces, au désir exprimé par Notre Saint- Père le Pape, nous osons donc publier ce court Exposé de la Religion , d’abord pour le laisser comme une indication à ceux qui enseignent depuis si longtemps autour de nous les pauvres et les petits, ensuite par déférence pour quelques amis trop indulgents, qui ont bieu voulu nous dire qu’un tel livre leur ferait quelque bien à eux, et les aiderait surtout à pénétrer plus profondément leurs enfants des vérités essentielles de la Foi... Et si la mort la plus imprévue n’était pas venu enlever à notre affection Monseigneur Foulon, notre Cardinal-Archevêque, nous eussions aimé lui faire hommage de notre travail, hommage que Son Éminence avait au reste bien voulu agréer, approuvant même déjà cette Préface et toute notre première et plus importante partie; d’ailleurs, n’étaient-ce pas les encouragements de Monseigneur qui nous avaient inspiré la pensée de revoir nos vieux cahiers et de donner une forme plus précise à ce qui n’existait depuis tant d’années qu’en notes incomplètes?

Cité de l’Enfant-Jésus, 17 mars 1893.

PRÉLIMINAIRES

§ 1. Qu'il n’est rien de plus important pour l’homme que de connaître les raisons de son existence.

Que suis-je? Pourquoi la vie? Pourquoi le monde existe-t-il? Pourquoi cet immense mouvement d’êtres de toute nature qui apparaissent un instant, s’agitent plus ou moins bruyamment, puis disparaissent sans retour? Quel est le but de tant de travaux, de tant d’efforts, de tant de douleurs? Ces choses ont-elles eu un commencement, auront-elles une fin ?

Et moi-même, qui participe à ce mouvement, qui en suis auteur, qui souffre, espère, pense, aime... que deviendrai-je après cette vie, dont chaque jour m’enlève une parcelle, comme la main distraite de l’enfant enlève une corolle à la fleur qu’il effeuille?... Qui me dira d’où je viens? Pourquoi je suis sur la terre? Pourquoi je vis, moi, fils d’un père et d’une mère, qui ont vécu comme moi, m’ont aimé un instant, ont fait leur vie de ma vie... puis ont disparu pour jamais... Où sont-ils?...

Et moi, que deviendrai-je à mon tour après ma mort? Serai-je heureux ou malheureux, ou rentrerai-je pour jamais dans le néant? Et si une autre vie existe après celle-ci, ai-je quelque chose à faire pour y fixer mon sort? Quel est, en un mot, le secret de cet au-delà sans retour, sans rémission, et d’où nul ne revient?

Telles sont les questions que tout homme intelligent se pose nécessairement, un jour ou l’autre, et qu’il doit forcément résoudre, sous peine de mourir sans savoir pourquoi il a vécu, ce qui est certainement le suprême malheur, et ce qui est, avouons-le, la suprême folie, si cette ignorance est voulue, car la sagesse la plus élémentaire nous demande de chercher à nous connaître nous -même , avant de chercher à connaître les substances et les forces de la nature, le nom des animaux, des plantes et des étoiles.

En effet, à quoi me servira la connaissance de ces choses, lorsque je ne pourrai plus ni les voir, ni les toucher, ni m’en servir? Ne sais-je pas, d’une science très certaine, que la mort viendra me prendre jeune aussi bien que vieux; et qu’un jour qui n’est pas éloigné je deviendrai tout à coup étranger à tout ce qui fait ma vie en ce moment?

Aujourd’hui je m’inquiète, je crains que telle ou telle chose arrive ou n’arrive pas ; je m’irrite si l’on s’oppose à ma volonté... je tiens à ce que je possède ; je dis : ceci est à moi ; je puis en faire ce que je veux; et voici que, tout à coup, plus rien ne sera à moi, mes héritiers disposeront, sans me prévenir, de tout ce que j’ai ; ils signeront à ma place,

PRÉLIMINAIRES

m’auront bientôt oublié, et je sais que rien ne pourra m e p r é s e r v e r cl e c e t a n é a n t i s s e m e n t , q u e j e cl o i s m ê m e déjà m’étonner d’être arrivé à l’âge de dix, vingt, trente ou quarante ans, puisqu’il y a un nombre infini d’êtres humains qui ne parviennent pas à cet âge.

Il avait donc mille fois raison ce penseur qui a dit, dans un discours resté célèbre : « Que le pâtre chez qui s’est révélé le problème de l’infini et de l’éternel, est une créature plus développée que le bel esprit le plus civilisé chez qui elle ne s’est pas faite ; que l’inquiétude sur sa destinée dernière est précisément ce qui place l’homme à une hauteur infinie au-dessus de tous les autres êtres de la Création, et qu’il est incroyable que nous puissions vivre sans nous demander quelle est cette destinée. »

(Th. Jouffroy, Mélanges philosophiques.)

Principe ou origine des choses.

§ 2. Qu’il est très certain que l’homme est un être créé.

Que suis-je donc? d’où viens-je? où vais-je? D’abord, ce dont je suis très assuré, c’est que je n’ai pas toujours existé, car je me rappelle fort bien ma jeunesse et mon enfance. Ce que je sais encore, c’est que je ne me suis pas fait moi-même. En effet, il fut un temps où je n’étais pas; or, ce qui n’est pas ne peut se faire, ni devenir, comme le disent quelques-uns, car pour se faire ou devenir, il faut être déjà quelque chose et posséder une force ouune puissance quelconque. Or ce qui n'est pas ne peut

posséder ni force ni puissance, et, par conséquent, ne peut rien faire.

Ce qui est donc très certain , c’est que , comme tous les êtres qui m’entourent et me ressemblent, je dois la vie à un père et à une mère. Mais mon père et ma mère ont eu, de leur côté, un père et une mère; il en est de même pour mon grand-père et pour ma grand’mère, pour mes bisaïeuls et trisaïeuls; et si je remontais ainsi indéfiniment, à travers les siècles, ma raison me dit que j’arriverais, nécessairement, à un père qui n’a pas eu de père, et qui par conséquent a toujours existé, et possède Y Être par lui-même.

Il est en effet impossible de se figurer une ligne infinie de pères, se devant tous la vie les uns aux autres, sans qu’il y ait un seul de ces pères qui possède la vie par lui-même et qui, par conséquent, puisse la donner.

C’est ainsi qu’il est également impossible de se figurer une suite de corps mus, recevant tous le mouvement, les uns des autres, sans arriver enfin à un corps immobile, prenant son point d’appui en luimême, et communiquant le mouvement aux autres corps.

La locomotive tire après elle un grand nombre de wagons, mais cela lui serait impossible, si elle ne pouvait pas appuyer ses roues sur des rails immobiles. Quand des gymnastes habiles se suspendent les uns aux autres, pour faire des tours, il en est au moins un qui s’appuie sur un terrain solide, ou se suspend, par les mains et par les pieds, à un point immobile, car il est contre la raison de supposer

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une multitude d’hommes pendus, les uns aux autres, sans supposer qu’il y en a un qui n’est pas suspendu par un autre. Le premier moteur est nécessairement immobile, a dit Aristote.

Il est donc évident que, par mes ancêtres, je dois la vie à un premier Père , qui existait de toute éternité par lui-même, par sa propre force et par sa propre volonté, qui n’a jamais rien reçu de personne, à un Père qui seul Est Celui qui Est , que tous les peuples appellent du nom incommunicable de DIEU.

§ 3. Qu’il en est qui nient la nécessité d’un Créateur;

et du Panthéisme.

A cela il en est beaucoup qui objectent que le monde a toujours existé et que, par conséquent, il n’a pas besoin d’avoir été créé. « La matière est éternelle, disent-ils, elle possède en elle des propriétés ou forces qui la font se développer et produire nécessairement des êtres de toute nature. Ces êtres eux-mêmes, se transformant sans cesse, produisent, avec le temps, des espèces variées à l’infini qui agissent, suivant certaines lois dont la découverte est précisément l’objet des sciences naturelles et mathématiques, sciences qui, par leurs progrès si grands, de notre temps surtout, reculent de plus en plus les limites de T inconnu, et arrivent jusqu’à sonder les plus profonds secrets de la vie. »

D’autres, allant encore plus loin, prétendent que cette perpétuité dans le changement est ce qu’il faut entendre par la vie éternelle , et qu’il n’en est point

d’autre. Aussi voit-on un grand nombre d’hommes mourir en paix, avec cette conviction secrète, qu’après la dissolution de ce corps, qu’elle aura animé pendant quarante ou cinquante ans, leur ame reviendra dans un nouveau corps, qui lui servira encore d’enveloppe pendant une nouvelle série d’années.

Peu, sans doute, avouent une telle croyance, ou s’en rendent bien compte eux-mêmes, mais elle n’en est pas moins le fond de leurs pensées, et cette vague espérance de se survivre peut seule expliquer leur calme devant le terrible problème de la mort. Comment en effet tant d’hommes, souvent d’une rare intelligence, pourraient-ils s’avancer ainsi paisiblement jusque sur le bord de l’infini, sans s’inquiéter de savoir ce qu’il y a au fond de cet abîme dans lequel ils sont assurés de tomber d’un instant à l’autre. L’espérance de se survivre peut seule expliquer un aveuglement si étrange.

D’ailleurs l’on conçoit sans peine qu’une telle idée ait cours dans le monde, et qu’elle soit la foi d’un grand nombre d’hommes, surtout parmi les puissants et les heureux. 11 est, en effet, si difficile de se résigner à croire que l’on disparaîtra tout à coup d’un monde où l’on tient une si large place, que plus jamais on n’y aura besoin de nous, et qu’il faudra rendre compte de sa vie, au point de vue moral, tout comme le moindre de ces pauvres gens, auxquels on a commandé sur la terre et que l’on a vu dans une position si inférieure et souvent si misérable !

PRÉLIMINAIRES

Il est certes bien plus agréable et plus rassurant de croire que loin d’être soumis à un Etre supérieur à nous, nous sommes au contraire absolument nos maîtres, indépendants, immortels, et véritables souverains de l’univers, puisque nous en sommes les seuls êtres intelligents et libres.

C’est, au reste, la vieille idée païenne, qui de nos jours a essayé de se rajeunir sous les noms de Saint- Simonisme, Positivisme, etc., conceptions plus ou moins hasardées qui s’efforcent en vain de masquer le Panthéisme le plus absolu et le Matérialisme le plus complet sous leurs allures scientifiques.

Le Panthéisme consiste tout simplement à croire que c’est l’univers entier qui est ce qu’on doit appeler Dieu [pan veut dire tout , et theos veut dire dieu) ; qu’il n’y a donc ni bonheur ni malheur éternel à attendre ou à craindre. Que les hommes comme les autres êtres existent par certaines lois éternelles, et que s’ils violent ces lois, ils tombent naturellement dans le désordre, la ruine et le malheur. Que, par conséquent, l’homme trouve dans sa propre conscience la récompense de sa bonne conduite, et dans sa mauvaise, la punition par les remords, la maladie ou la désorganisation de sa vie, mais qu’il n’a pas d’autre jugement à redouter.

Quelques réflexions sur l’essence des choses ou sur les principes et nécessités de Y être, suffiront pour renverser toutes ces suppositions, et à nous convaincre que l’univers n’est pas éternel et qu’il doit son existence à un Etre infiniment supérieur à lui.

§ 4. Que ce qui est éternel est nécessairement parfait

et immuable.

D’abord' la simple expérience suffit pour nous convaincre que ce qui est éternel est nécessairement parfait, puisque la moindre imperfection dans une chose finit toujours, avec le temps, par amener sa ruine, comme nous le voyons chaque jour pour nos maisons, nos meubles, nos machines, nos monuments, etc., qui peu à peu tombent tous en poussière. Or les matériaux qui composent le monde : les rochers, la terre, les eaux, les corps célestes, eux-mêmes, sont loin d’être des choses parfaites; ce sont, au contraire, des choses très imparfaites et qui par conséquent ne peuvent pas être éternelles.

Nous savons que l’on dira que les choses ne se détruisent pas, qu’elles ne font que se transformer continuellement. C’est vrai, car les monuments en ruine fournissent souvent la terre dans laquelle poussent des herbes et bientôt des arbres qui périront il est vrai à leur tour, mais fourniront l’humus dans lequel pousseront de nouveaux arbres.

Seulement si l’on prend la peine de se représenter par l’imagination ces siècles infinis et sans nombre qui n’ont jamais commencé et ne finiront jamais , l’esprit se perd dans ces transformations se continuant toujours, toujours, sans but dernier, sans jamais arriver au repos.

C’est qu'en effet l’intelligence ne comprend l’Eterne\ qu'immuable; c’est-à-dire, toujours le même. Tout

PRÉLIMINAIRES

ce qui grandit, avance ou change, a nécessairement un commencement ou une fin, puisque grandir c est aller du moins au plus; or les mots moins et plus indiquent une chose qui peut se mesurer ; et ce qui peut se mesurer a nécessairement un commencement, mais ce qui a un commencement n’est pas éternel ; donc la matière, dont la nature est de se transformer continuellement, ne peut pas être éternelle.

§ 5. Que la morale et l’expérience prouvent que le Panthéisme et le Matérialisme sont des erreurs.

Une raison morale encore plus puissante que tous les raisonnements possibles, renverse le Panthéisme, le Matérialisme, et les autres erreurs similaires. Cette raison est que si l’homme est destiné à revenir ainsi sans cesse sur la terre, sans avoir à craindre aucune punition pour sa mauvaise conduite, on peut dire qu’alors le monde périrait bientôt sous le désordre des mœurs, et qu’il y a même bien des siècles qu’il n’existerait plus.

En effet, si l’homme n’a point de maître, si sa conduite n’est jugée par personne, s’il n’a pas à craindre le malheur, et le malheur éternel après sa mort, on ne voit pas du tout ce qui pourrait l’aider à résister à ses passions.. . 11 n’y a plus alors ni bien, ni mal. Pourvu que je ne fasse pas du tort à mon prochain, je n’ai pas à m’inquiéter d’autre chose. Qu’importe que je me livre à la boisson, que je m’amuse avec celui-ci ou celle-là.. Personne n’a rien à y voir...

On comprend assez, sans qu’il y ait besoin d’en dire davantage, qu’un monde où régneraient sincèrement de telles convictions deviendrait bientôt inhabitable et ne tarderait pas à s’effondrer sous le poids de toutes les horreurs, comme cela est arrivé toutes les fois que l’idée de cette déification de l’homme s’est répandue parmi le plus grand nombre.

11 est de plus un fait qui ruine par la base toutes ces idées sur la transmigration ou le retour des âmes, c'est que nul ne s est jamais souvenu d'avoir déjà vécu sur la terre. Or, nous le savons, le souvenir est ce qui crée la 'personnalité ; si demain je ne me rappelle plus de ce que j’étais hier, je suis littéralement fou, fou à lier, car je ne reconnaîtrais plus ni mon père, ni ma mère, ni mon enfant ; je ne saurais plus si je suis marié ou non... Si donc nous revenons sur la terre, sans nous rappeler que nous y avons déjà vécu, peu nous importe ce retour, ce n’est plus moi qui reviens, puisque la perte de la mémoire a réellement détruit mon moi.

Cette observation suffît à elle seule pour faire sentir toute l’absurdité de cette idée, qui jadis, chez les Grecs, s’appelait la Métempsy chose. Si la matière n’est pas éternelle, si l’homme lui-même n’est pas son propre créateur, il faut donc absolument que le monde ait été créé par un être qui était avant lui. Or cet Etre précédant tous les êtres, est précisément l’être que nous appelons Dieu, et la non-possibilité de l’éternité de la matière, et la nécessité d’une loi morale, prouvent ainsi l’exis-

PRÉLIMINAIRES

tence incontestable d’un Père n’ayant point eu de Pë re, c’est-à-dire d’un Dieu Éternel, Infini et Tout- Puissant.

§ 6. Que le Créateur a laissé dans la Création des traces visibles de son existence et de son action.

Dieu est, mais quel est-il? Comment arriver à la connaissance de cet Être éternel, tout-puissant, infiniment élevé au-dessus de tous les autres êtres, père absolument père, Dieu vrai et vivant, Créateur et Seigneur de tout ce qui est, cause de toutes les causes? Où le trouver, qui me parlera de LuiL.. Indica mihi , quem diligit anima me a, ubi cubes in meridie , ne vagari incipiam (Cant. C., i, 6). « Ditesnous, ô Père, où vous reposez pendant que nous, vos enfants, nous sommes encore perdus à travers les obscurités de la terre, ne nous laissez pas nous égarer, montrez-nous les traces que vous avez dû laisser de vous dans vos œuvres, afin que nous puissions vous y reconnaître. »

« J’ai découvert quelques vestiges de Lui dans les choses créées, a écrit Linnée en tête de ses Œuvres , et j’ai admiré quelle force, quelle sagesse, quelle perfection insondable il avait mises dans les plus petites, dans celles qui sont presque comme rien, in minimis ut ferè nvliis , et je l’ai aperçu passant près de moi, ce Dieu éternel, immense, possédant toute science et Tout-Puissant, et j’ai été épouvanté... Experge foetus a ter go transeuntem vidi et obstupui ! »

Nous allons donc nous en aller, frappant à toutes

les portes, interrogeant tout ce qui peut nous parler de vous, ô mon Dieu. Nous demanderons aux créatures quel est Celui qui leur a donné cette beauté qui nous attire et nous charme, et peut-être qu’en les étudiant avec un cœur docile et aimant, nous pourrons nous élever jusqu’à vous connaître et enfin vous aimer.

§ 7. Que le Créateur doit lui-même nous avoir parlé de lui.

Mais ce que nous devrons surtout chercher, c’est si Dieu n’a pas voulu se faire connaître à nous par des moyens plus clairs et plus directs que par la simple vue de ses œuvres. Quel est donc, en effet, le père qui ne fait pas tout ce qu’il peut pour être connu de son enfant? Comment supposer dès lors que l’Être infini Dieu, qui nous a assez aimés pour nous créer, ne nous aime pas assez pour s’efforcer d’être aussi connu de nous?

En effet, si nous jetons un regard sur le monde, si nous en consultons l’histoire, les monuments, les lois, les mœurs, les collèges, les bibliothèques, les traditions et les coutumes, partout nous trouverons un enseignement religieux se transmettant de père en fils à travers les siècles. Et ce n’est pas tout; nous trouverons aussi des livres sacrés, des livres, ces témoins et ces dépositaires fidèles de la pensée, de la sagesse et de la science des ancêtres.

Parmi ces livres, au premier rang se présente la Bible. Son antiquité est incontestable, et il n’est pas besoin de donner des preuves de son origine sur-

PRÉLIMINAIRES

naturelle, car elle en porte d’authentiques en elle-même. Sa simple lecture suffit pour en convaincre.

D’abord elle contient des préceptes d’une telle sagesse qu’ils ne peuvent pas être l’œuvre d’un homme, mais, de plus, elle annonce des choses futures; elle annonce surtout la venue d’un Sauveur ou Messie ; et qui peut douter que ce Sauveur ne soit Jésus-Christ dont l’existence est incontestable et qui remplit l’histoire de son nom?

Ce n’est pas tout; elle annonce qu’à la venue de ce Sauveur tout changera dans le monde, qu’il s’y créera une société d’hommes chargés d’y répandre la vérité, d’enseigner à tous la charité, l’humilité, l’amour de la pauvreté et de l’obéissance, le respect des faibles, et de mettre l’humanité en rapport avec Dieu par une vie nouvelle, et la Bible entre à ce sujet dans des détails si précis, si exacts, que, dans certains passages, l’écrivain semble voir les événements futurs qu’il décrit.

Or toutes ces prédictions se sont réalisées. Cette Société ou Église existe sans interruption depuis bientôt deux mille ans. Elle vit, suscitant de partout le bien, combattant sans cesse le mal, allant toujours en avant, défiant le temps et le mouvement naturel des choses, et conquérant ainsi la preuve la plus convaincante de sa divinité.

Dans notre désir sincère de trouver la vérité,

nous écouterons donc ce que nous dira cette Eglise ; c’est elle qui sera notre lumière et notre guide dans ce long voyage à travers les mystères de l’infini et

de l’éternel . Ce qui ne nous empêchera cependant pas de corroborer son enseignement par nos propres réflexions, car elle-même nous invite à nous rendre compte de ce qu’elle nous dit ; elle ne demande pas des hommages aveugles, mais au contraire des hommages raisonnables et raisonnés, Désirez une nourriture raisonnable pour votre Intel l içjencc , dit-elle en s’adressant aux catéchumènes qu’elle vient d’admettre dans son sein (1).

Seulement, semblable à la mère qui guide les pas de son enfant, tout en le laissant livré à lui-même, elle nous empêchera de nous égarer. D’un mot, d’un signe, elle nous remettra dans le bon chemin, dès que nous semblerons nous en écarter... et sa tutelle, bien loin d’arrêter nos élans et de nous rendre timides, nous enhardira au contraire dans nos aspirations à la possession complète du vrai, étant bien assurés que nous serions immédiatement relevés de nos erreurs par cette sage mère et maîtresse.

(I) Quasi modo geniti infantes, rationabile sine dolo lac concupiscite. (I. Ep. Petr.,2. Dom. in albis.) Rationabile sit obseq uium vestrum.

DE DIEU

§ 8. Que Dieu est un être réel et distinct de tout

autre être.

Ce que nous devons d’abord nous persuader au sujet de Dieu c’est qu’il est un être réel, subsistant, ayant sa vie à lui, distinct de tout autre être, c’està-dire un être pensant, voulant et aimant, comme nous pensons, voulons et aimons nous-mêmes, et non point seulement un être idéal ou collectif, c’està-dire un nom représentant la vie, la puissance,

comme par exemple les mots de Nation , à' Etat, de Chemin de fer représentent des êtres déraison , résultant de l’activité, du travail et des soins de nombreux employés.

Rien n’est plus important que de bien nous persuader de cette réalité et personnalité de Dieu, car il en est beaucoup de nos jours qui, séduits par les beautés de la nature , admirent ces beautés infîni-

(1) Concile du Vatican , 1870. — Nous croyons en un Dieu vrai et vivant, Créateur et Seigneur du ciel et de la terre, tout-puissant, éternel, immense, incompréhensible, infini par l’intelligence et par la volonté, et par toute perfection; substance spirituelle, unique, absolument, simple et immuable, réellement et par essence distincte du monde; très heureux en soi et de soi, et indiciblement élevé au-dessus de tout ce qui est et peut se concevoir en dehors de Lui.

ment plus qu’il ne le faut, et vont jusqu’à en faire en quelque sorte leur Dieu. On les voit s’extasier (levant elles, les décrire avec amour, faire tous leurs efforts pour les représenter exactement par la peinture ou la sculpture. Les forces végétales, animales et chimiques leur semblent être la cause de la vie du monde, et Dieu n’ètre que l’ensemble de ces forces, ou leur soutien, leur architecte... Passionnés pour l’œuvre ils en oublient l’ouvrier, de sorte que ce qu’ils appellent leur religion n’est autre chose qu’un vrai paganisme, c’est-à-dire une déification de la matière.

Rejetant toutes ces erreurs ou illusions, qui tendent en réalité à supprimer Dieu tel qu’il faut l’entendre, nous croirons fermement que Dieu est un Être réel, véritable, pensant, aimant et voulant; souverainement libre dans ses déterminations, souverainement indépendant, et nullement soumis à une fatalité ou nécessité des choses, comme on le pense encore souvent.

§ 9. Que Dieu est un pur esprit.

Dieu est une personne réelle, un être réel, mais qu’est-il, est-il un être visible? a-t-il un corps? Évidemment non, la matière est quelque chose d’inférieur, de limité, d’impuissant, et de localisé qui ne peut se trouver en Dieu, source de toute perfection et de toute vie. On ne comprend Dieu que comme une vie ou intelligence infinie dégagée de toute matière, de toute forme visible qui pour-

DE DIEU

rait le limiter et l’arrêter dans son expansion et dans son activité, Dieu est donc un Esprit pur.

Seulement, qu’est-ce qu’un Esprit? 11 est impossible de le dire exactement, car la nature de notre intelligence ne nous permet pas de comprendre les êtres qui ne peuvent être ni vus, ni touchés, ni entendus, ni sentis... Cependant, nous pouvons avoir quelque idée de ce qu’est un esprit, par notre âme , par cette force invisible qui donne la vie à notre corps, qui pense en nous, par laquelle nous voulons* nous sentons et nous aimons.

Or, lors même que nous ne voyons pas notre

âme, nous ne doutons cependant pas de son exis-

tence, car nous sentons très bien que notre corps ne vit pas par lui-même et qu’il reçoit la vie de quelque chose qui est en lui, mais qui n’est pas lui* et que ce quelque chose c’est Came.

On peut donc dire qu’un Esprit pur est un être semblable à une âme; mais à une âme n’ayant pas besoin d’un corps pour agir, et pouvant dès lors agir avec la rapidité et l’indépendance de la pensée, En effet l’esprit n’est arrêté ni par l’espace ni par le temps; il transporte son activité et sa force d’un lieu à l’autre, sans passer par les milieux ou espaces qui séparent ces lieux. 11 pense et exprime sa pensée sans employer le moyen si lent des mots; il embrasse d’un seul acte toute la profondeur des choses, et toutes leurs conséquences, et ses volontés sont rapides comme 1 éclair qui paraît et disparaît.

Telle est à peu près l’idée que nous pouvons nous

faire d’un esprit : seulement quand il s’agit de Dieu*

il faut augmenter à l’infini toutes les perfections que nous venons d’énumérer.

Nous croirons donc que Dieu n’a rien de matériel en lui, qu’il est un pur esprit, invisible il est vrai, mais n’en ayant pas moins force et puissance, vivant, subsistant, et étant une personne, tout comme notre père est une personne ; tout comme notre mère est une personne , tout comme je suis moi-même une personne , c’est-à-dire un être pensant, voulant, aimant, se déterminant librement.

§ 10. Que Dieu est par lui-même, c’est-à-dire Celui

qui est.

Le premier caractère ou attribut essentiel de Dieu, c’est d’exister par lui-même, d’être sa propre vie. Tous les autres êtres ont été créés; lui seul est incréé, Il se définit : Je suis Celui qui suis ; tandis que nous, créatures, nous pouvons dire, en vérité, que nous ne sommes pas, puisque notre existence ne dépend pas de notre volonté.

La mère qui assiste désolée à la mort de son premier-né, peut-elle dire quelle est maîtresse de la vie?... Non, puisqu’elle ne peut la conserver à cet être pour lequel elle donnerait cent fois la sienne. Aussi, quelle qu’elle soit, chrétienne ou païenne, pieuse ou impie, recourt-elle alors à ce Dieu, à cet Etre invisible, qu’elle sent bien être le seul qui possède la vie, le seul qui en dispose; elle lui offre des prières, lui fait des vœux, lui consacre des fleurs et des cierges... et sa seule consolation est l’espérance

DE DIEU

de retrouver un jour, auprès de Lui, l’enfant qu’elle a perdu. Apprends que je suis Celui qui est , et que toi , tu es celle qui n est pas , disait souvent Dieu à sainte Catherine de Sienne.

§ 11. Que Dieu est éternel.

Dire que Dieu a la vie par lui-même, c’est dire qu’il n’a point eu de commencement, qu’il est éternel, car nul ne peut se donner la vie, puisque pour se donner la vie il faudrait d’abord la posséder; il y a donc là un cercle vicieux dont on ne peut sortir qu’en reconnaissant que Dieu n’a point eu de commencement et que, par la même raison, il n’aura point de fin.

L’idée d’une existence éternelle est certainement un abîme pour notre intelligence. Cependant cette même intelligence nous dit que l’éternité existe, car s’il y avait eu un temps où rien n’existait, rien n’aurait jamais existé, et il n’y aurait pas eu un seul être pour savoir que rien n’existait... C’eût été le* néant, le rien éternel; dès lors, il n’y aurait jamais rien eu... ce qui ne se comprend pas, et est cent fois plus mystérieux que l’existence éternelle de Dieu.

§ 12. Que Dieu est Tout-Puissant.

Dieu éternel est aussi Tout-Puissant, c’est-à-dire qu’il peut faire tout ce qu’il veut.

L’univers démontre cette puissance, et qu’est l’univers pour la puissance de Dieu? Un rien, un

atome, car d’un mot il pourrait créer mille mondes, aussi grands et aussi beaux que le nôtre ; d’un autre mot il pourrait les détruire. Pour créer, comme pour détruire, il n’a besoin de rien, tandis que les plus grands savants ou les princes les plus puissants ou les ouvriers les plus habiles et les plus forts, ne pourraient pas seulement créer un grain de sable. Pour faire il suffit à Dieu de vouloir. Il dit et voici que la terre se montre avec ses rochers, ses montagnes, ses fleuves et ses mers ; des arbres et des plantes innombrables la couvrent ; chaque brin d’herbe produit en son temps sa fleur, ses fruits et la semence pour se perpétuer. Enfin, s’avancent les animaux, depuis le ver de terre jusqu’au lion et à l’éléphant; depuis la mouche jusqu’à l’aigle qui fend les airs; depuis le plus petit poisson, gros comme une épingle, jusqu’à la colossale baleine ; et chacun de ces êtres vivants possède des organes particuliers, son genre de vie, ses instincts, ses moyens de se nourrir, de se défendre, d’élever ses ' petits. Le nombre de ces plantes, de ces animaux est si considérable, leur manière de vivre si variée, que ceux qui veulent consacrer leur vie à les étudier, voient arriver la vieillesse avec le désespoir de n’en avoir pu classer ou décrire qu’une fort petite partie... Et toutes ces choses immenses n’ont coûté à Dieu qu’une parole, qu’un signe. Ils les a faites en se jouant, comme dit l’Écriture Sainte : Ludensin orbe terrarum .

Il n’est, en vérité, pas besoin de grandes réflexions pour admettre la toute-puissance de Dieu, car le

DE DIEU

moindre insecte est un monde de merveilles, qu’une puissance infinie pouvait seule créer et peut seule faire vivre. Notre propre corps porte lui-même mille signes de cette toute-puissance de Dieu, et enfin, si nous levons les yeux au ciel, calculons la grandeur des corps célestes, et observons leur nombre et leur évolution à travers les espaces, nous reculerons frappés devant l’immensité de la puissance qui a créé tous ces corps, qui les maintient en ordre et dirige leurs évolutions.

§ 13. Que Dieu est infiniment grand et infiniment

beau.

Dieu éternel et Tout-Puissant est encore infiniment grand. Dieu est si grand qu’il remplit de sa présence tous les lieux possibles ; de quelque côté que l’on se tourne, Dieu est là, sur la terre, tout aussi bien qu’au ciel. C’est lui qui veille sur le brin d’herbe et sur le vermisseau, en même temps qu’il veille sur la marche des étoiles ou sur la foudre qui fend les airs. David , songeant à la grandeur infinie de Dieu, s’écriait : « Où irai-je, ô mon Dieu, pour me cacher de vous; si je monte au ciel, vous y êtes; si je descends aux enfers, vous y êtes encore... » [Ps. 20.)

Dieu est si grand qu’il embrasse le monde entier dans ses bras, comme un père embrasse ses enfants dans les siens. Il est si grand qu’il est partout à la fois. 11 sait tout, il voit tout, il connaît tout et il

pénètre jusque dans nos plus secrètes pensées. Rien ne peut lui être caché.

Si Dieu est infiniment grand, il est aussi infiniment beau. 11 possède au suprême degré la beauté, cette merveilleuse qualité ou manière d’être, qui rend les créatures agréables et ravit si facilement notre cœur. Et qui dira la Beauté de Celui qui possède nécessairement, à lui seul, toutes les beautés et toutes les amabilités que nous admirons séparément dans les êtres ?

Repassons dans notre esprit toutes les beautés de la création, et nous n’aurons encore qu’une idée bien imparfaite de la Beauté de Dieu et cependant quelle beauté dans la lumière, dans ses irradiations, dans les couleurs merveilleuses qu’elle communique aux fleurs ; quelle variété de nuances ; quel étincellement! Puis, c’est la beauté des formes, au premier rang desquelles il faut mettre la forme humaine, la forme du visage, depuis la beauté de l’enfant jusqu’à celle du jeune homme et de la jeune femme, jusqu’à celle du vieillard blanchi par l’âge. Quelle admirable beauté dans le regard, dans le sourire, dans la fraîcheur des lèvres et de toute la face!... Ajoutons à cette beauté perçue parle sens de la vue, la beauté des sons, les harmonies ravissantes. Et enfin toutes les autres qualités que peuvent apprécier les trois autres sens : les parfums, le goût des choses, leurs douceurs diverses... Réunissons enfin toutes ces sortes de beautés et toutes ces merveilleuses qualités dans un seul être, cet être serait certainement si beau, si parfait, que nous serions ravis

DE DIEU

à sa vue... Eh bien, cet être ne nous donnerait encore qu’une idée très imparfaite de la Beauté de Dieu, qui, Lui, possède toutes ces beautés non comme nous les voyons, mais à un degré

infini...

C’est pour cette raison que ceux qui connaissent Dieu sont si heureux qu’ils oublient tout pour Lui, et estiment toutes les choses terrestres comme rien, parce que l’espèce de vision intérieure qu’ils ont des perfections divines et l’impression qu’ils en reçoivent fait qu’ils restent insensibles aux pâles relie ts que les créatures leur en envoient.

§ 14. Que Dieu est par-dessus tout infiniment bon.

Mais Dieu éternel est-il seulement infiniment grand, infiniment beau et puissant? Non. 11 possède encore une perfection qui est la perfection par excellence, et qui les prime et les comprend toutes, la perfection sans laquelle toutes les autres ne sont rien. Il possède la Bonté.

La bonté, cette qualité qui consiste à aimer autant que nous-mêmes des êtres qui ne sont pas nous, à leur vouloir du bien, à ne vivre que pour eux, à nous oublier et à nous sacrifier tout entiers pour eux. La bonté, qualité si précieuse qu’on peut dire qu’elle est, à elle seule, la raison et l’essence de la vie, et que les êtres n’ont quelque valeur que par la parcelle qu’ils peuvent en posséder.

Supprimons la bonté, il n’y a plus dans la vie ni

relation, ni conversation, ni amitié, ni amour, ni rien. Le monde n’est plus qu’un amas d’êtres inconscients, se dévorant les uns les autres.

Que sont, en effet, le génie et la science d’un homme ou sa force et sa richesse? Ce sont là des dons qui me blessent plus souvent qu’ils ne me charment; tandis qu’au contraire, la bonté m’attire, me plaît, me console. On va naturellement à l’être bon, comme le fer à l’aimant, on s’attache à lui, on se repose en lui; on ne demande rien au delà, car on sait qu’il est aimant, indulgent, miséricordieux, humble1, dévoué, sacrifié; on sait qu’on trouvera toujours auprès de lui l’accueil le plus bienveillant; qu’il nous consolera et nous rendra, s’il le faut, tous les services qui sont en son pouvoir. Aussi quand on a dit d’un homme qu’il est bon, absolument bon, on a tout dit : les cœurs ravis s’inclinent et se taisent.

Dieu, source et vie de tous les êtres, est donc avant tout bon, infiniment bon; 11 possède à un degré infini cette qualité suprême devant laquelle toutes les autres pâlissent, comme les lumières terrestres pâlissent devant le soleil. En un mot, Il est le Bon Dieu , c’est le nom que nous lui donnons tout

i. Il semble impossible que Dieu soit humble, et cependant rien n’est plus vrai; d’abord l’amour est toujours humble devant ce qu’il aime; il est reconnaissant d’un rien, craint toujours de ne pas faire assez; pardonne tout, ce qui est de l’humilité vraie. Au reste, N. -S. le dit dans l’Évangile : Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur. Mais c’est J.-C. qui parle, dira-t-on; c’est vrai. Mais un peu plus loin, Lui, J. -G., le Verbe égal à son Père dit : Qui me voit , voit mon Père; et c’est absolument vrai.

DE DIEU

naturellement, et que la voix des siècles lui assure. Les anciens dédiaient tous leurs temples au Dieu très bon et très grand : Deo optimo maximo. Ils faisaient passer la bonté avant la grandeur et la puissance.

DE LA VIE INTIME DE DIEU

§ 15. Que Dieu ne peut pas être un être solitaire.

Dieu existe, Il est lTnfîni, le Tout-Puissant, le superéminemment Bon. « Mais que fait-il? Quelle est son action? Quelle est sa vie? C’est la question qui se présente immédiatement à l’esprit. En effet, dès que j’ai reconnu l’existence d’un être, je me demande comment il vit; à plus forte raison me le demanderai-je de Dieu, qui, étant le principe des êtres, excite en nous un besoin de sa connaissance d’autant plus ardent et juste, que son action est le modèle de toute action et sa vie l’exemplaire de toute vie. Qu’est-ce donc que Dieu fait? Quelle est encore une fois sa vie, sa vie intime, cette vie de cœur qui est la seule véritable vie, et dont la vie extérieure n’est que comme l’enveloppe ou la manifestation1... »

Dieu est-il un Etre solitaire, vivant par delà les espaces éternels, se complaisant en ses propres perfections, et jouissant de son bonheur dans le silence de l’Infini? C’est impossible. L’esprit se refuse même à comprendre une telle vie se perdant à travers des siècles innombrables.

i. P. Lacordaire, 46e cunfér.

DE LA VIE INTIME DE DIEU

Que pourrait être, en effet, la vie d’un être n’ayant personne autour de lui, personne à qui communiquer ses pensées, personne à aimer ? Solitude effroyable, mille fois plus effroyable que ne serait celle d’un homme habitant seul sur la terre. En effet, cet homme aurait encore la création entière pour l’occuper : les animaux, les arbres, les plantes; il aurait surtout la pensée de son Créateur et la conscience de ses devoirs envers Lui. Mais si Dieu était solitaire, sa solitude serait au contraire absolue; sa pensée ne pourrait se porter que sur Lui ; nulle voix, nulle intelligence ne répondrait à sa voix ni à son intelligence; une telle vie serait en vérité la négation même de la vie.

D’ailleurs nous avons dit que Dieu était essentiellement bon. Or, si Dieu était de toute éternité un Être solitaire, sur qui se serait exercée sa bonté, « car nul n’est dit avoir de la charité pour lui-même. La charité ou la bonté ne peut s’exercer entre moins de deux personnes1». S’aimer soi-même, n’est pas de la charité, c’est au contraire de l’égoïsme, c’està-dire le contraire de la charité, et tout ce qu’il y a de plus odieux.

§ IG. Que la Création et le gouvernement des créatures ne pouvaient suffire à Dieu.

Mais, disent beaucoup, la Création est l’objet de l’amour et de la sollicitude de Dieu ; sa vie, c’est de

1. Minus quam inter duos charitas haberi non potest, nemo enim proprie ad semetipsuni liabere charilatem dicitur. (Hom. 17 S. üregorii P., inEvang.)

gouverner le monde et de conduire les êtres au bonheur.

Parler ainsi, c’est oublier complètement ce que

comportent les deux notions d’ Eternité et d’ Infini . En effet, ce qui est créé a eu un commencement et par conséquent n’a pas toujours existé... Avant la Création, il y a donc eu un temps immense, infini, pendant lequel Dieu eût été seul..., temps éternel, sans commencement ni fin ; en un mot toute une éternité aussi grande que l’Éternité qui suit la Création...

Il en est qui croient, il est vrai, que le monde a toujours existé, qu’il est éternel comme Dieu et que par conséquent Dieu n’a jamais été seul ; mais nous avons démontré plus haut que l’univers ne pouvait pas être éternel et qu’il avait, très certainement, eu un commencement.

De plus, le monde serait-il coéternel à Dieu, que son gouvernement ne pouvait suffire à la vie divine, Dieu étant Infini et Tout-Puissant, le gouvernement de choses limitées n’aurait été pour lui qu’une occupation insignifiante, un rien ; le fini n’étant rien devant l’Infini.

Comment, en effet, le gouvernement du monde aurait-il pu suffire à l’activité et au cœur de Dieu, puisqu’il ne peut suffire à l’activité et au cœur de l’homme? Sans parler d’Alexandre le Grand, qui craignait que la terre ne manquât à son ambition, nos savants, non contents des innombrables étoiles qu’ils aperçoivent, imaginent mille procédés pour pénétrer plus avant dans la connaissance des

DE LA VIE INTIME DE DIEU

espaces célestes. D’autres, après avoir trouvé le moyen de parcourir la terre avec la rapidité de l’oiseau de proie, aspirent à s’élever dans les airs. Nous savons, d’un autre côté, à quels excès d’imagination se laissent aller ceux qui font du plaisir leur vie ; ils ajoutent les palais aux palais, les jardins aux jardins, les fêtes aux fêtes, et, selon l’expression de l’Écriture, ils se lassent, mais ne se rassasient jamais. C’est que lame de l’homme est plus vaste que l’univers, à plus forte raison en est-il ainsi de Dieu. D’ailleurs, nous allons le voir, la vie extérieure, qui se compose du gouvernement des choses, de la vue des beautés de la nature, des satisfactions personnelles, même de la puissance et de la gloire que procurent la science, le talent, la fortune, les honneurs, n’est pas la vraie vie de l’homme... elle ne peut donc pas être la vie de Dieu.

§ 17. Que pour comprendre la vie divine, il faut d’abord bien comprendre en quoi consiste notre propre vie, la vie humaine.

La Création ne pouvait suffire à la vie divine, d’un autre côté la vie solitaire ne se comprend pas : quelle était donc encore une fois cette vie, source et modèle de toute vie?

Pour répondre à cette question, ou plutôt pour comprendre autant qu’elle peut l’être la réponse que lui donne la Religion, il serait sage, peut-être, de considérer d’abord en quoi consiste réellement notre propre vie, car, nous le savons, nous 11e pouvons

juger ou connaître les choses que par analogie , c’està-dire en allant du connu à l’inconnu, du visible à l’invisible. Ainsi, par exemple, si j’apprécie comme je le dois mon père de la terre, cet être si bon, si dévoué auquel je dois tout ce que je suis, il est clair que je pourrais alors comprendre dans une certaine mesure la bonté de cet être infini qui a voulu que je l’appelle de ce même nom de père. « Comment aimeras-tu ton frère que tu ne vois pas, si tu n’aimes pas ton frère que tu vois? nous dit saint Jean, et à plus forte raison cela est-il vrai du Père. Comment aimerais-je mon Père du Ciel que je ne vois pas, si je n’aime pas mon père de la terre, qui me comble de bienfaits depuis que je suis au monde? »

C’est pour cela que saint Paul nous dit que les choses invisibles ne sont connues de l’homme que par les choses créées1 : Et il a fallu que le Verbe de Dieu se fît homme pour nous faire comprendre la bonté de Dieu invisible2. Telle est la loi de notre nature, et ceux qui ne veulent pas s’y soumettre dans l’étude de la religion, s’exposent à ne rien comprendre à ses plus beaux mystères. On ne s’étonnera donc pas, si, avant de parler de la vie divine, nous plaçons une étude approfondie sur la vie de cœur de l’humanité, sur la bonté de nos pères et de nos mères, sur toutes ces choses admirables dont le but principal, dans la pensée du Créateur, a certainement été de nous donner une idée de Lui-Même. Cherchons donc quelle

1. Invisibilia enim ipsius, a creatura mundi per ea quæ facta sunt, intellecta conspiciuntur.

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