FIN
Quelques observations bienveillantes nous ayant été faites sur les termes trop simples que nous avons employés en parlant de Dieu, sur les sentiments trop humains que nous lui prêtons, ou encore sur les comparaisons familières à l’aide desquelles nous avons essayé de nous faire une idée intelligible des vérités les plus essentielles de la Religion, nous ferons peut-être bien de donner ici quelques pages d’explications, et de citer les autorités sur lesquelles nous avons cru pouvoir nous appuyer.
D’abord, il faut bien observer que l’on ne peut être compris, si, en parlant de Dieu, l’on ne veut pas employer des termes correspondant à des sentiments humains, car nous ne pouvons juger des choses que par analogie, et où trouver l’analogie des sentiments du cœur de Dieu, si ce n’est dans les sentiments de notre propre cœur? « C'est ainsi, » est-il dit dans l’excellente petite Revue ascétique des PP. Rédempioristes de 1891, «c’est ainsi qu’étant hommes, nous sommes réduits, quand nous parlons de Dieu, aux faiblesses du langage humain. Mais il est entendu que nos expressions s’adressant à Dieu, ont un autre sens dont nous ne comprenons pas nous-mêmes toute la portée... Ainsi, par exemple, lorsque S1 Thomas appelle le Saint-Esprit impressio Dei , Vimpression de Dieu , il est évident qu’il emploie un terme humain auquel il donne une signification divine, inaccessible... Car Dieu n’est pas impressionnable , dans le sens où nous prenons ce mot... Il est, au contraire, infiniment tranquille et immuable », non pas parce qu’il estinsensible, mais, au contraire, parce qu’il est infiniment vif,
vivant, animé, de sorte que, ses impressions étant infinies, ne peuvent changer, puisqu’elles ne peuvent être plus grandes qu’elles ne sont. « En effet, Dieu ne peut pas être insensible, car plus un être est intelligent et moral, plus il est sensible. Le grossier homme de peine sent moins les procédés bons ou mauvais; l’homme éclairé et délicat les sent plus; or qui est plus intelligent et plus moral que Dieu? »
Dans un autre numéro, le pieux auteur de la même Revue ne craint pas de dire : « Dieu est grand, mais il a une faiblesse, Il est sage, mais II a une folie; cette faiblesse, cette folie de Dieu, c’est l’amour qu’il a pour nous... Dieu, par l’amour qu’il porte aux hommes, paraît comme hors de Lui... Et ceci est de S* Denis... Et ailleurs : Dieu, ce père des pères, n’a pas pu supporter de nous voir malheureux. Allant encore plus loin, S1 Liguori dit que Dieu aime l’homme , comme si l’homme était son Dieu , comme si Luimême, privé de sa créature , ne pouvait pas être heureux. »
Au reste, comme nous l’avons déjà remarqué en note, page 60, l’Écriture justifie parfaitement ce langage, ainsi ( Gen . VI), elle nous dit que Dieu se repentit d’avoir fait l’homme q t (Gen. VIII) Que Dieu se rappelle de Noé. Or, il est bien clair que Dieu ne peut pas se repentir de ce qu’il a fait, puisqu’avant d’agir, il connaît toutes les conséquences possibles de l’acte qu’il va poser... Qu’il ne peut pas davantage oublier, puisqu’il voit tout à la fois, le présent, le passé et l’avenir, mais si l’écrivain sacré n’avait pas voulu employer ces expressions imparfaites, on ne voit pas comment il aurait pu nous faire le récit du déluge et nous expliquer la pensée de Dieu.
Il en est encore ainsi lorsque, dans la destruction de Sodome et de Gomorrhe, Dieu se parle à lui-même, comme s’il hésitait, comme s’il craignait d’avoir à se reprocher quelque chose envers Abraham. Rien de plus humain que cette conversation de Dieu avec lui-même, mais en même temps, rien de plus touchant. Est-ce que je pourrais cacher à Abraham ce que je vais faire? se dit Dieu. Num celare possum Abraham quæ gesturus sum?
Or, qu’avons-nous fait en divers passages, qui ont semblé
inquiéter, si ce n'est précisément employer ce langage imparfait qui seul pouvait nous aider à expliquer la pensée divine, et nous verrons tout à l’heure ce qu 'osaient les saints, lorsqu’ils parlaient des œuvres de l’amour divin.
On a trouvé que nous humanisions trop Dieu, et tombions dans une espèce à' anthropomorphisme, en prenant la famille et les sentiments qui sont sa vie, pour donner une idée du mystère de la T. S. Trinité. D’abord, selon que nous l’avons déjà remarqué dans la Préface, l’insistance que met l’Écriture à nous enseigner que Dieu a créé V homme à son image et ressemblance et l’Incarnation du Verbe, paraissent suffisamment autoriser cette assimilation de la vie divine à la vie de famille, en mettant, bien entendu, toute proportion de côté, car il n’y en a aucune possible entre l’infini et le fini, entre le créé et l’incréé; entre ces deux termes, il est un abîme sans limites que rien ne peut diminuer, et la meilleure des comparaisons employées pour expliquer les choses divines est toujours infiniment imparfaite. Au reste, comparaison n est pas chose , et toute comparaison cloche, nécessairement, comme on dit. Seulement il ne faut pas laisser d’en employer, et d’employer celles qui peuvent être saisies le plus facilement.
Ainsi, par exemple, nous n’ignorons pas les autres comparaisons moins matérielles, qui peuvent se faire pour donner une idée de la T. S. Trinité: pendant plus de vingtcinq ans, nous avons employé avec les enfants la comparaison de Sfc Augustin, qui voit une image de ce mystère dans les trois facultés essentielles de lame, la mémoire, l’intelligence et la volonté. Cette comparaison est, en effet, moins matérielle, mais, comme elle repose sur une pure abstraction où le cœur ne peut rien saisir, nous avouons qu’elle ne nous a jamais semblé laisser une idée réelle et pratique, pas plus dans les jeunes intelligences qui nous écoutaient que dans la nôtre : il est certain que celui qui ne consent pas à se faire une idée de ia vie divine par la vie humaine reste absolument sans pensées devant Dieu, à moins qu’il ne soit élevé à un état surnaturel , comme dans une extase plus ou moins prononcée, et dans la Revue citée
plus haut, Revue très autorisée, on trouve à chaque instant d’ingénieux et longs apologues qui humanisent peutêtre aussi beaucoup Dieu, mais qui ont au moins cet immense avantage de le faire comprendre et aimer, ce que Dieu préfère par-dessus tout, car, pour se faire connaître de nous, il s’est réduit à l’état d 'esclave et de ver de terre.
Il nous semble que ces observations suffisent également pour repousser le moindre soupçon de panthéisme, dans tout ce que nous avons pu dire, car nous nous sommes même appliqué, d’une manière particulière, à établir fortement la réalité personnelle et distincte de Dieu, comme l’a si expressément défini le Concile du Vatican. Ajoutons que nous nous y sommes d’autant plus appliqué que, pour notre compte, nous sommes persuadé que les tendances panthéistes de notre époque, sont bien plus grandes qu’on ne le croit généralement. La vie est devenue si facile, qu’on ne serait pas fâché de croire qu’il n’y a pas à s’inquiéter d’une autre vie, et que la mort n’est qu’une disparition momentanée. Quoi de plus dangereux?
Page 121 et suivantes, on a cru devoir constater quelques opinions erronées dans le tableau que nous traçons de la formation du monde, mais, comme nous l’avons dit, page 114, ce tableau est une simple hypothèse, faite au reste, avant nous, et qui, d’un autre côté, n’a aucune importance au point de vue religieux. Peu importe que nous attribuions la formation de la houille à des extravasions volcaniques, ou à des forêts englouties; les hommes les plus compétents diffèrent d’opinion sur ce point, et la nature des anthracites ne fait que compliquer le débat.
Il en est de même du système de l’attraction générale, nous ne croyons pas nous tromper, en disant qu’il ne supprime pas la nécessité d’une force immobile soutenant tout le système... etc., car le premier moteur est nécessairement immobile, a dit Aristote... Et, laissant de côté toutes ces discussions purement scientifiques et inutiles, nous n’avons pas hésité à dire, avec Linnée, page 129, que ce que nous appelons la nature n’est autre chose que la volonté active de Dieu , et Dieu aurait aussi bien pu établir le système du
monde sur la répulsion , qu’il l’a établi sur Y attraction, le résultat eût été le même; n’est-ce pas, chaque jour, au reste, que de nouvelles découvertes, faites le plus souvent par hasard, viennent renverser nos systèmes scientifiques, nos nomenclatures, etc...? Nous ne devons donc, quand il s’agit de religion, attacher qu’un intérêt très secondaire à ces questions de simple curiosité. Gomme le dit S1 Thomas d’Aquin, Dieu agit plus principalement dans tout ce qui existe , que toutes les autres causes , Il est l’unique cause de tout mouvement, de toute croissance; S1 Augustin n’a-t-il pas écrit que l’existence du monde était une création continuelle de Dieu. In ipso vivimus , movemur et sumus.
On a trouvé singulier que nous disions (p. 141 et suiv.) qu’Adam et Ève, loin d’avoir été des sauvages ou êtres grossiers et ignorants avaient au contraire été très intelligents, très instruits, et possédant toutes les connaissances, toutes les bonnes habitudes et même toutes les délicatesses que nous aimons et admirons chez ce que nous appelons les civilisés.
Nous savons que nous allons en ceci contre les théories d’une école qui, de temps en temps, nous bâtit une histoire des hommes préhistoriques, mais nous n’en maintenons pas moins fortement notre opinion, qui nous semble importante, surtout en ce qu’elle affirme la nécessité de rapports directs et surnaturels avec Dieu, nécessité contestée ou peu crue par beaucoup.
Nous ne reviendrons pas sur les preuves péremptoires que nous avons données, nous renverrons à S1 Thomas d’Aquin qui soutient fortement la même opinion dans la xcive question de sa Irc partie, et enfin nous citerons ce merveilleux passage du panégyrique de ce grand docteur parle P. Lacordaire : « C’est une loi, dit l’illustre orateur, que l’intelligence humaine et même que toute intelligence créée doit se former par un enseignement reçu avec respect d’une intelligence supérieure. Nul n’est à lui-même son principe ou son initiation ; il faut que le feu de la vérité, vivant dans un ancêtre spirituel touche l’âme qui s’ignore et y allume l’incendie qui ne s’apaisera que dans la dernière leçon de l’éternité.
LA RELTGION.
Jusque-là, l'intelligence sera comme endormie, ou, si elle s’éveille par l’action sourde de la nature, elle n’aura que des lueurs, des pressentiments, tout au plus de lentes et imparfaites coordinations.
» Dieu a été le premier maître du genre humain ; formé sous lui, l’homme a transmis à sa postérité le dépôt de la parole et de la science, et ce dépôt mystérieux, sans cesse accru par le travail des générations, arrive à chacun de nous, dans un enseignement qui le résume, et élève en quelques jours notre esprit à la hauteur où l’esprit humain est lui-même parvenu. Là commence en nous le règne de notre personnalité; enfants de la lumière, héritiers des âges, il nous est permis d’ajouter à la tradition, sans la détruire, le sable d’or que nos pieds découvriront en foulant les rivages inexplorés du vrai. »
Quant à l’idée générale de notre livre, et aux considérations dans lesquelles nous entrons, au sujet du dessein de Dieu dans la Création, on nous permettra de les justifier par quelques passages des écrits et des lettres d’une des plus grandes saintes de l’Église, de Ste Catherine de Sienne.
Je lis dans sa XVIIe prière, faite à Rome le jour de la Circoncision : « O Dieu souverain, ineffable Amour, Père éternel, qui éclairez les âmes, qui les embrasez du souffle de votre charité, et qui détruisez en elles, autant que vous le pouvez, tout ce qui vous est contraire, Yamour vous a forcé de nous donner la vie , et de vous révéler à nous pour la gloire et l’honneur de votre nom ; ce même amour vous a forcé de revêtir notre mortalité pour nous retirer de nos égarements... Que toute ame se perde et se fonde dans votre amour, ô Créateur, ô Dieu véritable, qui avez tiré l’homme de vous-même pour qu’il vous connût, vous aimât et vous suivît comme son unique fin. Et nous avons résisté à tant de bienfaits, Majesté éternelle, nous avons osé nous éloigner de vous ! »
Et dans la XXIVe : « O mon Amour, je vois que vous nous avez créés à votre image et à votre ressemblance ; je vois que vous, la pureté même, vous vous êtes uni à la fange
de notre humanité, et que c’est le feu de votre ineffable charité qui vous contraint et qui vous force à vous donner à nous en nourriture , ô Vous, la nourriture des Anges... ô adorable Trinité, vous êtes notre table, notre nourriture , notre serviteur . »
Dans une des nombreuses lettres que Ste Catherine écrivit à Grégoire XI et à Urbain VI, elle s’exprime ainsi : « Au nom de Jésus crucifié et de la douce Marie. Très Saint et Très Révérend Père dans le Christ, le doux Jésus! Moi, Catherine, votre indigne et misérable petite fille, la servante et l’esclave des serviteurs de Jésus-Christ, je vous écris dans son sang précieux, avec le désir de vous voir, bon pasteur. Je vois, mon doux Père, que le loup dévore les brebis, et que personne ne s’y oppose. Je m’adresse donc à vous, notre père, et je vous conjure, de la part de Jésus crucifié, d’apprendre de Lui avec quelle ardeur il s’est livré à la mort ignominieuse de la Sainte Croix pour sauver le genre humain. Oui, Dieu, l’infinie bonté, est descendu sur la terre, Il a vu le malheur de l’homme et II a vu qu’il ne pouvait le sauver par la colère et par la guerre, quoique l’homme méritât unejpeine infinie par sa révolte et sa désobéissance; alors l’éternelle Sagesse trouva un meilleur moyen, le plus doux, le plus tendre qu’elle pût trouver. Elle vit que rien ne triomphait du cœur de l’homme comme l’amour, parce qu’il a été fait par amour , et c’est pour cela qu’il est si porté à aimer... Par amour, Dieu l’a créé à son image et à sa ressemblance : par amour aussi, son père et sa mère lui ont donné l’existence.
» Dieu voyant donc qu’il était si porté à aimer, lui jeta l'appclt de l'amour, en lui donnant le Verbe, son Fils, qui prit notre humanité pour faire une grande paix... Le doux Verbe nous a donné la vie, en perdant la vie de son corps, car II a ainsi satisfait la justice, c’est donc par l’amour qu’il nous a gagnés, si bien que tous les cœurs devraient se rendre à Lui. »
Et encore, Prière X : « O Trinité éternelle, Dieu Tout-Puissant, vous vous êtes passionné jusqu’à la folie pour votre créature, vous l’avez sauvée par ce même amour qui vous avait porté à la créer ; vous avez greffé votre divinité sur
l’arbre perdu de notre humanité... Vous avez mêlé votre douceur à notre amertume, la splendeur aux ténèbres, la sagesse à la folie, la vie à la mort, l’infini au fini... »
Et enfin, dans la prière suivante, adressée à la Ste Vierge Marie, le jour de l’Annonciation, 1379, nous trouvons une admirable exposition de la puissance de la liberté et de la volonté de l’homme... « Aujourd’hui, ô Marie, vous êtes le livre où notre règle est écrite. En vous paraît la dignité, la force, la volonté et la liberté de l’homme, car c’est après la délibération de l’Auguste Trinité qu'un Ange vous est envoyé pour vous annoncer le mystère des conseils divins, et pour vous demander votre consentement.
» Avant de descendre en vous, le Fils de Dieu s’adresse à votre liberté ; il attend à la porte de votre volonté, il vous soumet le désir qu'il a d’habiter en vous, et il n’y serait jamais entré si vous ne lui aviez pas dit : Voici la servante du Seigneur , quil me soit fait selon votre parole... N’est-ce pas là une grande preuve de la force et de la liberté de la volonté? Rien de bien ou de mal ne peut se faire sans elle. Le démon ni aucune créature ne la forcent au mal, si elle ne devient pas leur complice; et personne ne peut la contraindre au bien, si elle veut résister. La volonté de l’homme est donc libre.
» O Marie, le Dieu Tout-Puissant frappait à votre porte, et si vous ne lui aviez pas ouvert votre volonté , il n’eut pas pris la nature humaine... Dès que le Verbe fut dans votre sein, il y a trouvé la croix du désir, et toute son ambition a été de mourir pour le genre humain qu’il voulait sauver en prenant notre nature... O mon âme, sois remplie de confiance... tu dois maintenant comprendre que Celui qui t'a faite sans toi , ne peut pas sans toi te sauver. Que l’homme rougisse de se voir tant aimé, et de ne pas aimer son Créateur, sa vie véritable ; oui, nous vous appartenons, car vous avez été notre père , notre frère, notre maître, notre ami , notre compagnon, avec une incompréhensible charité. »
Mais nous nous laissons entraîner trop loin, c’est qu’il nous semble, en vérité, que ces pensées, si magnifiquement exprimées par Ste Catherine de Sienne, ont été notre lumière pendant tout notre travail, comme elles ont été la lumière
de notre vie. Au reste, que sont ces pensées, si ce n’est le développement de cette parole de l’Apocalypse : Voici que je me tiens à la porte , et je frappe, et si quelqu'un écoute ma voix et m’ouvre, j'entrerai chez lui, et je souperai avec lui, et lui avec Moi, et je donnerai à celui qui remportera la victoire (sur ses passions ) de s’asseoir avec moi sur mon trône, de même que moi qui ai vaincu, je m’assoie avec mon Père sur son trône C Ou encore de ce beau passage du Cantique des Cantiques, où le Sauveur, se présentant à la porte de notre cœur, nous invite à lui ouvrir en nous appelant par les noms les plus doux, et en cherchant à nous apitoyer sur son sort. Ouvremoi, ma sœur, ma bien-aimée, mon amie , ouvre-moi, mes cheveux sont tout humides de la rosée des nuits , c’est-à-dire je suis délaissé, chassé de partout, me laisseras-tu aussi dehors? Ah! répond l’âme, j’ai dépouillé mes vêtements, comment les revêterais-je de nouveau ,* je me suis lavé les pieds, comment pourrais-je me les salir encore...2. Et désolé, Jésus-Christ passe... Alors, lame honteuse d’elle-même, effrayée du vide dans lequel la laisse la vie naturelle, se lève, et va de partout, mendiant aux créatures un bonheur quelles ne peuvent lui donner, et elle cherche à ramener à elle son Seigneur par ses prières et ses bonnes œuvres... ce que l’Écriture appelle la myrrhe mélangée avec les aromates 3, et cela nous arrive, lorsque, charmés et préoccupés par le monde ou par la recherche de notre bien-être, nous refusons de répondre à Dieu, nous appelant à une vie surnaturelle et pieuse, soit par les avertissements intérieurs, soit par les déceptions, les chagrins, les maladies, les malheurs. En vérité, ces quelques versets presque ignorés, sont toute
1. Apocal. III. — Ecce sto ad ostium et pulso : si quis audierit vocem meum, et aperuerit mihi januam, intrabo ad ilium, et cænabo cum illo, et ipse mecum. — Qui vicerit dabo ei sedere mecum in throno meo, sicut et ego vici et sedi cum Pâtre meo in throno ejus.
2. Cant. Cant. V. — Ego dormio et cor meum vigilat ; vox dilecti mei pulsantis : aperi mihi soror mea, arnica mea, columba mea, immaculata mea : quia caput meum plénum est rore, et cincinni mei guttis noctium... Expoliavi me tunica mea, quomodo induar ilia; lavi pedesmeos, quomodo inquinabo illos...
3. Ibid. — Surrexi ut aperirem dilecto meo, manus meæ distillaverunt myrrham... atque ille transierat. Anima mea liquefacta est, ut locutus est : quæsivi et non inveni ilium : vocavi et non respondit mihi... Invenerunt me custodes... percusserunt me... etc.
notre histoire, toute l'histoire de l’humanité, et qu’avonsnous voulu, si ce n’est essayer de présenter la Religion sous ce point de vue aimable, qui, après tout est le vrai.
Citons ici quelques lignes qu’un bon prêtre de nos amis a voulu nous écrire pour nous rassurer, car elles nous semblent résoudre la question : « Si quelques esprits rigoureux, nous dit-il, plus soucieux de précision mathématique que des infirmités et des besoins des hommes de leur temps, trouvent dans votre livre à critiquer des détails, à contester la parfaite rectitude théologique de quelques termes, en somme, vous n’en avez pas moins atteint le but que vous vous étiez proposé ; ouvrir le sens de la Religion à des esprits trop distraits pour se livrer à une étude historique, scrupuleuse et approfondie du christianisme... Votre livre est une conversation écrite, émaillée de pensées originales, adaptées singulièrement aux préoccupations de vos lecteurs... L’esprit y saute d’une idée à une autre, butinant comme à l’aventure des documents qui lui sont offerts, moins préoccupé de la précision des termes que du sens général, heureux de comprendre enfin V ensemble des amoureuses attentions de Dieu pour l'homme. »
Nous nous arrêtons sur ce mot, il peint toute notre pensée. Plaise à Dieu qu’il soit la juste expression de ce qu’est ce livre, nous ne désirons rien au delà, et nous nous féliciterions volontiers des critiques dont nous avons pu être l’objet, puisqu’elle nous ont valu si douce approbation et nous ont fourni l’occasion d’offrir à nos lecteurs quelques lignes des trésors contenus dans les écrits des saints, quelques fleurs de leurs grandes et belles âmes.
DÉCLARATION
Quoique nous nous soyons consciencieusement appliqué à n’émettre dans ce livre aucune opinion hasardée, ou idée nouvelle pouvant laisser des doutes, ou soulever des questions imprudentes, cependant nous ne nous dissimulons pas que nous avons souvent pu employer des termes manquant d’exactitude, ou des comparaisons trop imparfaites, nous déclarons donc soumettre humblement ce livre tout entier à la Sainte Église Romaine en qui réside la plénitude de l’autorité divine, et être prêt à condamner tout ce qu’elle-même jugerait devoir condamner.