‹ La religion d'IsraëlChapitre 21 sur 62 · Dbut. XXXIV · texte numérisé non relu

Dbut. XXXIV

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précise pour exclure la seconde. Peut-être a-t-on cru d'abord, et d'après une bonne tradition, posséder son tombeau, et les prophètes, pour ne point favoriser le culte de Baal-Peor, auront-ils nié que Moïse ait reposé à l'endroit indiqué. Toujours est-il que son nom reste attaché à la religion du désert.

Une ère nouvelle commençait pour le culte de lahvé par l'établissement en Canaan. La conquête ne se fit pas dans les conditions systématiques indiquées au livre de Josué : pays occupé en quelques années, après extermination des habitants. Elle se fit peu à peu, par une sorte de pénétration lente et continue, où les luttes armées, sans être exceptionnelles, n'ont pas été constantes ni générales. Il y eut mélange et assimilation des populations antérieures et des nouveaux venus. La prépondérance définitive d'Israël est acquise, au

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temps de David, par la conquête de Jérusalem. Alors seulement lahvé devient roi du pays tout entier. Mais, à cette époque, le culte du désert avait déjà subi Tinfluence des cultes cananéens. Cette influence dut être plus forte dans les premiers temps et avaut Tinstitution de la royauté ; elle était contenue par le sentiment national, le culte de lahvé étant synonyme de patriotisme Israélite ; plus tard elle fut combattue et refoulée par les prophètes ; et sans doute y avait-il eu, depuis le commencement, une tradition puritaine, gardée dans certains clans plus rigoristes, surtout dans les familles sacerdotales qui avaient hérité de la tradition de Moïse, et par des individus qu une ferveur spéciale préparait à être les inspirés de lahvé et les défenseurs de son droit. L'influence du polythéisme ambiant ne fut vaincue définitivement que par la ruine de Jérusalem et par l'exil à Babylone ; liteds elle avait duré assez longtemps, et elle avait été assez profonde pour laisser des traces ineflaçables jusque dans l'institution du judaïsme légal.

L'interprétation deutéronomiste des légendes relatives aux Juges suggère une idée très fausse de l'histoire religieuse d'Israël au temps de la conquête : ce n'eût été qu'une série d'apostasies complètes, alternant avec des périodes de fidélité

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non moins absolue ; on aurait abandonné lahvé pour les baals de Canaan ; lahvé se vengeait en envoyant un dominateur étranger ; Israël opprimé criait vers son dieu, et lahvé suscitait un libérateur qui présidait à une période de religion parfaite. Jamais lahvé ne fut abandonné comme dieu propre des tribus Israélites, et c'est même un fait des plus significatifs, que son culte se soit maintenu après l'entrée en Canaan, parmi des populations plus civilisées qu'Israël, et à qui Israël empruntait leur civilisation : rien ne montre mieux la force extraordinaire de l'empreinte religieuse que lés tribus avaient reçue au désert. Mais, dalis les temps de paix, et dans les endroits où les clans Israélites se trouvaient mêlés aux populations cananéennes, le culte des dieux locaux s'associait presque nécessairement à celui de lahvé : d'après les idées reçues, ces dieux étaient les maîtres du sol et les dispensateurs des biens de la terre ; on ne pouvait les négliger. Avec le temps, ils s'assimilèrent à lahvé, absorbés par lui i mais, avant l'assimilation, il y eut la juxtaposition et le mélange des cultes. C'est seulement dans les périodes de guerre, lorsque le sort des tribus élait en jeu, que le dieu d'Israël reprenait les siens tout entiers, et que son culte était pratiqué avec rigueur. Le vieux lahvé-sebaoth»

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le dieu des armées 1, reparaissait à la tête de ses bandes et les menait à la victoire. Le succès final de l'invasion fut son triomphe, et le coup de mort pour les dieux cananéens. Ils n'avaient plus qu'à s'éclipser dans la gloire du dieu vainqueur.

Debout ! Tahvé ; que tes ennemis soient dispersés, Et que tes adversaires s'enfuient devant toi !

Tel est le chant belliqueux dont on saluait l'arche de Silo, lorsque l'armée d'Israël se mettait en mouvement pour attaquer l'ennemi. Et quand on s'arrêtait pour camper, après la bataille :

Halte ! lahvé,

Avec les bataillons d'Israël 2.

Dans ces occasions, lahvé combat pour les siens, moins ostensiblement que les dieux d'Homère, mais à peu près comme faisaient le dieu Ashur avec les Assyriens, et Amon de Thèbes

1. lahvé'Sehaoth est un nom divin composé comme lahvéshalôm, lahvé- nissi ; il désigne lahvé en tant que dieu d'un sanctuaire particulier, qui doit être celui de Silo, où était Tarche, lahvé- des-armées s'entend sans doute du dieu chef des hordes isfaélites. Le nom est ancien, et c'est plus tard seulement qu'on a pu songer aux armées célestes.

2. Littéralement : « avec les myriades et les milliers d'Is*^ raël ». NoMBR. x, 33-36. Au v. 36, le texte porte : shubd « reviens » ; mais il faut lire plutôt : shebâ « repose ».

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avec les Ramsès. A Gabaon, il tue plus d'enneink avec sa grêle que les guerriers d'Israël avec leurs épées.

Le livre des Guerres de lahçé devait concerner les exploits merveilleux accomplis par IsrJ^l sous la conduite de son dieu, depuis le temps du désert jusqu'à l'établissement définitif de la monarchie. S'il ne nous est parvenu de cette légende grandiose que de maigres extraits, c'est sans doute qu'on avait fini par être plutôt scandalisé qu'édifié de son contenu. Il n'en reste pas moins que lahvé était « vaillant dans le combat 1 ». Il était bien plus fort et plus redoutable que tous les baals de Canaan, petits seigneurs pacifiques de populations agricoles. On doit noter d'ailleurs que les histoires des Juges se rapportent à des invasions qui menaçaient aussi bien l'indépendance et la sécurité des populations parmi lesquelles Israël était en voie de s'établir, que les Israélites eux-mêmes : on nomme les Moabites, les Ammonites, les Madianites, les Philistins. Le cas de Sisara est obscur ; mais il s'agit toujours d'un souverain qui veut étendre sa domination sur le pays de Canaan.

Les victoires de lahvé sur les ennemis du dehors

!• PsÀUM. xxiy, 8.

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le recommandaient donc au respect et au culte des Cananéens.

Ceux-ci ne semblent pas avoir été très belliqueux. Ils concluaient d'ordinaire arrangement avec les envahisseurs, et ainsi se mêlaient peuples et religions. Le cas du fils de Gédéon, Abimélech, proclamé roi à Sichem, par une population non Israélite, est caractéristique de cette situation. Cependant il y eut aussi des résistances, quelques villes qui se fermèrent devant les nomades envahisseurs, de petites coalitions formées contre eux. Ces hostilités durent se produire surtout dans les premiers temps. Alors lahvé se montrait impitoyable. Si une ville assiégée tenait jusqu'à la dernière extrémité, on prononçait le chérem, un vœu d'extermination qui pouvait impliquer la destruction complète des habitants et même du butin. Jéricho fut traitée de la sorte, et on ne la rebâtit qu'au temps des rois. On avait tué gens et bêtes, brûlé la ville entière, et les maisons avec leur mobilier, sauf les objets d'or, d'argent, d'airain et de fer, qu'on réserva pour lahvé.

Le terrible interdit n'était pas un trait spécial au iahvisme, et l'on aurait tort d'y voir une manifestation extraordinaire d'intolérance religieuse. Ce qui tombait sous le chérem n'était pas voué à lahvé, mais plutôt ce qui n'y était pas compris ;

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et la destruction des hommes et du bétail li'est pas à prendre pour un gigantesque holocauste. Le chérem, dans les anciens temps, n'est pas autre chose qu'une malédiction solennelle, enveloppant d'une influence pernicieuse, comme par la vertu d'une incantation magique, tout ce qu'elle embrasse. lahvé, comme ses fidèles, a horreur de ce qui est frappé du chérem, et il ne l'agrée pas. On racontait même, à propos de cette prise de Jéricho, que l'expédition- suivante manqua parce qu'un Israélite avait dérobé quelques objets à la destruction ; le camp d'Israël étant souillé, lahvé n'allait plus avec les guerriers ; les choses ne seraient rentrées dans l'ordre qu'après qu'on eut brûlé le coupable avec son butin, ses enfants, son bétail, sa tente, et recouvert leurs débris d'un grand monceau de pierres 1. lahvé se faisait ainsi le gardien d'une pratique plus ancienne que lui. 11 traitait l'objet du chérem comme une chose impure ; et le chérem n'était impur que pour avoir été sacré, mais de la pire façon, étant comme pénétré d'un esprit de mort. Les tribus avaient connu le chérem avant d'entrer en Canaan, avant d'être à lahvé ; elles

i. JOS. TII.

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S en servent maintenant, et lahvé avec elles, pour rhonneur du dieu et le bien de sa cause.

Cependant un régime de vie commune devait s'établir et s'établit bientôt entre Israël et la population cananéenne, à mesure que des groupes Israélites se fixaient parmi les Cananéens ; et dans cette vie il était impossible que n'entrât pas la religion. On sait déjà ce qu'était la religion d'Israël. Le culte de Canaan était un polythéisme vulgaire, qui recouvrait assez superficiellement un fond d'animisme et de fétichisme, héritage des anciens temps, et peut-être aussi, pour une part, des vagues peuplades qui vivaient dans le pays avant que le^ Cananéens s'en fussent emparés. Chaque localité a un dieu particulier, son baal, dont le culte s'associe à celui d'une source, d'une pierre, d'une caverne, d'un arbre sacrés. Les autels sont taillés dans le roc, ou faits de pierres taillées, ordinairement sur une hauteur. Près de l'autel sont la stèle et le pieu sacrés, la masséba et Yashéra, legs des religions primitives, maintenant accessoires indispensables du culte, et toujours signes de la présence divine; ils figurent le baal du lieu, et Yashéra ou Yashtarté, sa compagne. Dieux et déesses peuvent avoir des noms particuliers, et il est aisé de les distinguer par l'adjonction du nom de leur chef-

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lieu : le baal de telle cité n'est pas plus à confondre avec celui de la cité voisine, que les cités elles-mêmes ne peuvent se confondre entre elles* Le morcellement du pays en petites seigneuries plus ou moins indépendantes explique cette multiplication des dieux.

,Le culte est en rapport avec la vie agricole de la population. Les grandes fêtes célèbrent la récolte des moissons et des fruits. C'est un culte ordinairement joyeux, car les baals sont presque toujours bienveillants et ne refusent pas les fruits du sol. Cependant les sacrifices de nouveaux-nés étaient fréquents et ne provoquaient sans doute pas la moindre répulsion ; le plus souvent les corps n'étaient pas brûlés, comme plus tard en Juda, sous les derniers rois, mais déposés dans des vases de terre autour des autels. On ne saurait dire si c'était l'offrande des premiers-nés. En tout cas, la pratique est plutôt une survivance des vieux cultes animistes et magiques, qu'un produit du polythéisme sémitique. L'on peut en dire autant de la prostitution, qui était associée à la religion des baals cananéens. Les hiérodules des deux sexes étaient qualifiés de saints et de saintes, et ce n'était point par dérision ; ils étaient personnes consacrées, vouées aux dieux, et non seulemei^t livrées à leurs adorateurs. On sait que

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tout ce qui concerne la génération était sacré pour les peuples primitifs. La prostitution religieuse est souvent rattachée au culte des déesses de la fécondité; mais il parait invraisemblable qu'elle procède de la mythologie, la moralité des dieux n'étant, après tout, qu'un reflet de celle des hommes ; l'institution résulte plutôt de ce que la tradition religieuse a gardé, en les modifiant plus ou moins, des coutumes antérieures, dans certains milieux, à l'organisation régulière de la famille, lahvé supplanta peu à peu les baals dans leurs propres sanctuaires, et ils lui furent identifiés. Le baal de Sichem, Ël-berith, « dieu du pacte », le dieu de Béthel, le dieu de Beersabée, « crainte d'Isaac », le dieu d'Hébron, dont le nom était peut-être El-Shaddaï, cédèrent la place à lahvé, qui fut censé avoir consacré les anciens lieux de culte par des apparitions aux ancêtres d'Israël. Mais ces prétendus ancêtres n'étaient pas autres que les dieux mêmes, à la fois identifiés à lahvé, qui les remplaçait comme divinité tutélaire, et transformés en héros, serviteurs de lahvé, premiers fidèles de son culte : c'était lahvé qui avait été adoré sous d'autres vocables, avant que son nom fût prononcé en Canaan. Les vieilles légendes locales furent corrigées, autant que besoin était, pour former la légende de .

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Tunique lahvé et de son unique peuple. Le dieu cananéen, censé père de ses fidèles, passe comme dieu en lahvé ; et comme ancêtre il entre dans la généalogie d'Israël. lahvé ne laisse pas de se multiplier un peu comme les anciens baals, selon les sanctuaires-: on adorait lahvé-sebaoth à Silo, lahvé-shalôm à Ophra, lahvé-nissiàCadès. Mais la personnalité du dieu reste indivisible dans laconscience nationale, et Ton peut dire qu'il se multiplie seulement pour la commodité de ses adorateurs. La substitution de lahvé aux anciens dieux fut parfois très rapide : avant la fin du règne de David, le dieu d'Israël avait pris possession des lieux saints de Jérusalem. Avec les sanctuaires, leurs rites et coutumes passaient au culte de lahvé. Même la prostitution sacrée continue d'y être en honneur ; la légende de Juda et de Thamar 1 montre qu'on n'y trouvait aucun scandale ; le Deutéronome est obligé de l'interdire dans le temple de Jérusalem, où elle s'était maintenue jusqu'à la réforme de Josias, bien qu'elle ait dû être combattue parles prophètes, au moins depuis Amos et Osée.

lahvé, sans se détacher encore du Sinaï, devient habitant de Canaan et de ses sanctuaires ; il en est

i. GeN. XXXVIII.

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le seigneur (baat) et le roi (mélek). C'est lui qui préside à Tagriculture et qui donne la pluie en son temps ; il reçoit les prémices des fruits de la terre ; il adopte les fêtes cananéennes de la moisson et de la vendange, probablement aussi les sabbats, que le prophète Osée 1 citera parmi les coutumes des baals, en réalité parmi les coutumes cananéennes introduites dans le culte de lahvé.

Les plus simples relations d'Israël avec ses voisins entraînaient une certaine communion de culte. La participation au même repas créait un rapport religieux. La légende de Joseph observe que les Égyptiens ne mangeaient pas avec les étrangers, mais les Israélites ne s'en faisaient pas scrupule. Le moindre contrat réclamait l'intervention des dieux pour les serments, les sacrifices, les repas qui l'accompagnaient. Les 'mariages entre Cananéens et Israélites introduisaient au foyer domestique les usages des deux cultes.

Ainsi tout contribuait à rendre la fusion inévitable.

Si le résultat de ce syncrétisme ne fut pas ime religion polythéiste, avec un panthéon présidé par un dieu suprême, c'est que le sentiment religieux et patriotique d'Israël, qui se résumait dans

. Os. II. 13.

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la foi à lahvé, fut assez puissant pour empêcher le maintien des dieux cananéens à côté du dieu d'Israël ; l'unité religieuse marcha de pair avec l'unité nationale ; et comme celle-ci se fit par Israël et à son profit, celle-là se fit par lahvé et à son bénéfice. Les anciens dieux représentaient l'autonomie locale^ qui devait disparaître par l'unification politique sous les chefs d'Israël ; lahvé représentait l'unité du peuple conquérant et sa domination. Avec son oracle et la thora de ses prêtres ; avec son tempérament guerrier, qui faisait de lui le vrai capitaine des armées Israélites; avec le régime des guerres sacrées, qui transformait pour un temps les combattants d'Israël en une espèce d'ordre militaire, soumis à deà règles religieuses fort étroites, qui étaient sa discipline ; avec ses enthousiastes, dont on parlera bientôt, qui, sous le nom de nazirs et de nabis, lui servaient de témoins devant des populations sensibles à toutes les manifestations de la foi, même et surtout aux plus extravagantes, lahvé s'imposait partout où Israël prenait pied. S'il eût été déjà le dieu du ciel et de la terre, on aurait pu lui subordonner les dieux locaux, en qualité d'esprits célestes, comme on fit plus tard pour les dieux des nations. Mais, en ces premiers temps, lahvé n'était pas assez transcendant pour qu'une

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telle combinaison fût possible. Sa paissante jalousie sufAt à supprimer ses rivaux. L'Israélite qui Tadorait selon les rites de Canaan n'en restait pas moins son homme; mais le Cananéen qui adorait lahvé subissait l'exclusivisme de ce nouveau dieu, bien plus exigeant et plus redoutable que les anciens.

A la suite de David, lahvé s'installe en maître sur le mont Sion et à Jérusalem. On racontait que l'arche de Silo, prise par les Philistins au temps du prêtre Éli, avait été renvoyée par eux sur un chariot sans conducteur, et qu'elle était arrivée ainsi à Bethsémès ; les gens du lieu n'avaient pas osé la garder, à cause de morts qui s'étaient produites à l'entour, et l'avaient oflerte à ceux de Kiriat-iearim en Juda ; elle avait été déposée là chez un certain Abinadab, dont le fils fut délégué au culte de lahvé en son coffre sacré. C'est là que David serait venu la prendre.

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On pourrait suspecter l'identité de Tarche de Kiriatiearim avec le meuble de Silo. Cependant David parait avoir eu le plus grand intérêt à faire la translation de cette arche à Jérusalem, ce qui ne s'expliquerait guère si l'objet sacré n'avait eu un passé connu. A Silo, l'arche appartenait aux tribus de Joseph. Si sa fortune l'avait amenée en Juda, elle avait pu y être un peu négligée, d'autant que les endroits où elle séjournais demeurèrent plus ou moins, à ce qu'il semble, sous l'autorité des Philistins jusqu'au règne de David. Celui-ci pouvait la reprendre comme symbole de l'unité réalisée entre les tribus du nord et Juda. Son prêtre Abiathar, descendant d'Éli, devait avoir souci de l'arche de Silo.

« Et David s'en vint avec tous ses gens à Baal de Juda (l'endroit s'appelait Kiriat-tearim « ville des bois », ou Kiriat-Baal, « ville de Baal », et l'on peut se demander si la dernière appellation n'aurait pas quelque rapport avec le séjour de l'arche), pour en amener l'arche de Dieu qui est désignée sous le nom de lahvé-sebaoth. Et ils mirent l'arche de Dieu sur un char neuf, et ils l'enlevèrent de la maison d'Abinadab, sur la hauteur. Uzza et Achio, fils d'Abinadab, conduisaient le char. . . Et David et toute la maison d'Israël dansaient devant

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lahvé, de toutes leurs forces et en chantant, avec cythares, harpes, tambourins, sistres et cymbales. » A un certain endroit, le chariot menace ;'^^A. de verser; J^hi^, qui marchait devant, étend la main pour soutenir Tarche; il tombe foudroyé. David a peur et renonce provisoirement à introduire Tarche dans la cité ; il la laisse chez on étranger, Obédédom, de Geth; trois mois après seulement, aucun accident n'étant arrivé à Obédédom, et lahvé le bénissant, le roi se décide à loger l'arche auprès de lui *. Ces détails sont loin d'être insignifiants ; on dirait que David n'est pas autrement familiarisé avec le culte de l'arche, et qu'il ne l'adopte pas sans hésitation.

Désormais l'alliance était scellée entre lahvé et la maison de David, et elle fut avantageuse au dieu comme à la dynastie. David y gagna le prestige qui maintint ses descendants sur le trône de Juda jusqu'à la ruine de Jérusalem par les Chaldéens. lahvé y gagna d'être désormais assuré de son triomphe sur les dieux de Canaan, la monarchie d'Israël étant le règne de lahvé sur le pays unifié et soumis. Néanmoins, si le roi est vicaire de lahvé, la religion a vécu trop longtemps avant la fondation de la monarchie pour que le

1* II Sam. VI, 1-19.

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prince devienne en Israël, comme il pouvait Têlré ailleurs, l'incarnation du dieu national et Tautorité suprême en matière de culte. Le iahvisme se sert de lui; il lui donne du prestige,' et ce n'est pas pour lui un médiocre avantage que d'être l'oint delahvé; il est personne sacrée. Mais il n'est pas le grand pontife de son dieu, et la thora de lahvé n'est pas dans ses mains. Jamais roi d'Israël ou de Juda ne 'recevra, comme Hàramurabi, la révélation d'un code à promulguer. La Loi de lahvé a d'autres interprètes. Le sacerdoce et le prophétisme, deux institutions qui ne procèdent pas de la royauté israélite et qui lui survivront, sont les organes de la tradition religieuse. 11 convient d'en parler maintenant.

Les origines du sacerdoce lévitique ne sont pas sans obscurité. Il a existé une tribu de Lévi, étroitement liée à Siméon, et qui a perdu comme . celle-ci, et plus encore, sa signification territoriale. La bénédiction de Jacob * attribue la ruine des deux tribus à un acte violent que lahvé aurait puni. La légende concernant la prise de Sichem par les deux frères 2 peut être en rapport avec cette tradition. Mais

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