‹ La religion d'IsraëlChapitre 30 sur 62 · II Rois, IX · texte numérisé non relu

II Rois, IX

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tout cas, Jéroboara, le chef de la rébellion, fut plutôt appuyé que désavoué par les prophètes. Le culte organisé dans le nouveau royaume, indépendamment du temple qui venait d'être construit à Jérusalem, ne différa guère de celui qui avait été pratiqué dans le pays avant David, sous le règne même de ce prince et sous celui de Salomon. Le culte de lahvé sur les hauts lieux de Gilgal, de Sichem, de Béthel, de Dan, était traditionnel et passait pour aussi légitime que celui qui se pratiquait au sanctuaire de Tarclie. Jusqu'au temps d'Amos et d'Osée, les prophètes n'ont pas protesté contre ce culte. Même la représentation de lahvé sous la forme d'un taureau ne semble pas avoir provoqué le scandale et ropposilion qu'elle rencontra plus tard. Sans doute elle n'était pas dans la tradition du iahvisme ancien, et c'est pourquoi le mouvement de réforme qui se déclare vers le milieu du viii® siècle l'a condamnée. Mais on peut douter qu'elle ait été inaugurée par Jéroboam. L'intention que lui prête le compilateur deutéronomiste du livre des Rois, d'empêcher son peuple d'aller à Jérusalem pour les fêtes, est un pur anachronisme, les sanctuaires du nord ayant été fréquentés beaucoup plus anciennement que le temple salomonien, qui p.'était centre de culte que pour la maison de

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David et pour la ville où il était construit. Et il' n'était pas davantage nécessaire d'inventer des images de lahvé pour remplacer TarchcLes symboles de la présence divine existaient partout. Celui du taureau avait pu être adopté aussi bien que la pierre de Bétliel, et il n'avait rien en soi de plus répréhensible que le serpent d'airain. Le reproche d'avoir affecté au servi<;e divin des hommes qui n'étaient point lévites n'est pas mieux fondé, vu que le sacerdoce n'était pas encore un privilège héréditaire pour les descendants réels ou supposés des anciens prêtres de Lévi. Toutes ces accusations n'ont été formulées que plusieurs siècles après l'événement, pour discréditer les anciennes formes du culte et un schisme que les puritains du iahvisme avaient été loin de blâmer en son temps.

Ce fut, à ce qu'il semble, l'introduction officielle d'un culte étranger, qui brouilla les prophètes, ou du moins une partie d'entre eux, avec le roi de Samaric. Achab était, autant qu'on en peut juger, un prince courageux et un politique assez habile. Pour se défendre contre le roi de Damas, son trop puissant voisin, il s'appuya sur la Phénicie, et il avait épousé la fille du roi de Tyr. Une consé.quence de cette alliance, qui amenait des étrangers à Samaric, fut la construction d'un temple à

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Baal-M elkart. La protestation du iahvisme s'incarna dans Élie, qui avait aussi réclamé contre le oneurtre juridique de Naboth. L'affaire de celui-ci n'avait rien d'extraordinaire en pays d'Orient; mais la conscience d'Israël, formée par la thora de lahvé, possédait déjà un idéal de justice qui ne permettait pas une telle violation du droit. L'intrusion du baal tyrien était chose beaucoup plus grave \Elle faisait injure à la majesté du dieu d'Israël sur son propre territoire, bien que lahvé restât dieu national, et qu'il n'eût pas cessé d'être honoré comme tel par Achab et les deux fds qui régnèrent après lui. Ce qui prouve que l'opposition d'Élie ne se fondait pas sur les principes d'un monothéisme rigoureux, c'est que, d'après sa légende, il vécut sans scrupule à Sarepta, en terre païenne, chez une veuve qui pratiquait certainement le culte de son pays. Mais toute la politique d' Achab, sage pour qui n'aurait considéré que l'avantage du royaume, n'en paraissait pas moins condamnable aux zélateurs du iahvisme, leur dieu refusant tout partage d'honneur avec d'autres. Et lahvé, qui était seul maître légitime d'Israël, ne suffisait-il pas aussi à le protéger?

Âchab cependant était populaire, et tous les prophètes n'étaient pas contre lui. Ce fut seulç-

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ment sous Joram, son Qls et son second successeur, qu'une conjuration militaire, encouragée ou même provoquée par Elisée, porta Jéhu sur le trône. Jéhu était l'homme des prophètes, et le mot d'ordre de la rébellion était la rupture avec Tyr, et Texpulsion de son Baal. La réaction iahviste, souillée par les meurtres les plus odieux, fut, en effet, limitée à Textirpation de ce culte étranger. Jéhu fut assisté dans sa besogne sanglante par Jonadab, le chef des rékabites. S'il ne se fit alors aucune réforme du culte national, c'est que les iahvistes les plus fervents n'en voyaient pas l'utilité. Le royaume éphraïmitc n'en était pas moins affaibli, et ce fut seulement sous le petit- fils et r arrière-petit-fils de Jéhu qu'il put quelque temps se relever, quand la puissance de Damas fut brisée par les conquérants assyriens. Tant qu'il vécut, le vieil Elisée soutint la maison de Jehu. On disait que, de soii lit de mort, il avait annoncé les victoires d'Israël sur les Syriens. Le roi Joas, petit-fils de Jéhu, l'était venu voir, et le nabi, — dans cette occasion l'on pourrait dire encore le devin, — lui avait ordonné de tirer des flèches contre terre ; Joas obéit et en tira trois ; « et l'homme de Dieu se fâcha contre lui et dit : « 11 fallait frapper cinq ou six fois ; alors tu aurais battu le Syrien jusqu'à exter- .

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minatîon f maintenant tu ne le battras que trois fois » 1.

Dès ce temps-là pourtant, il est clair que prophétie et royauté ne pourront s'entendre, si la royauté consulte ses intérêls, si elle cherche au dehors les alliances nécessaires, et si elle ne tient pas compte du sentiment des hommes de Dieu.

La force de la tradition religieuse, qui renversa parles prophètes la dynastie d'Achab en Israël, rétablit par les prêtres la dynastie de David à Jérusalem, après l'usurpation d'Athalie. Partout la question religieuse allait se poser, devenir de plus en plus aigûe et rendre impossible l'œuvre normale d'une monarchie séculière. Le iahvisme a préparé la ruine des États hébreux. L'on peut faire valoir à sa décharge que ces petits royaumes auraient toujours péri, comme leurs voisins, et que les prophètes ont assuré la perpétuité d'Israël par sa religion.

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