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CHAPITRE IV

LE PROPHÉTISME

L'un des traits les plus extraordinaires du iahvisme est assurément révolution qui du voyant devin et sorcier, de l'enthousiaste délirant, a fait le prophète des derniers temps de la monarchie, juge des rois, défenseur des pauvres, prédicateur de justice, toujours préoccupé de l'avenir par tradition d'état, mais coordonnant ses prédictions à un enseignement moral. La prophétie devient l'interprète d'une religion où tous les moyens de divination proprement dite sont condamnés.

Cependant la marque d'origine subsistera jusqu'à ce que les derniers vestiges de la nationalité juive aient péri. L'idéal religieux ira s'épurant ; mais la perspective d'un avenir dont on croit pouvoir déterminer l'échéance survivra dans le judaïsme irnmobilisé par la Loi, et jusque dans l'Évangile, . qui secouera le joug du légalisme. La préoccupa-

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tion impérieuse de Favenir tombera seulement lorsque le judaïsme et le chi*istianisme, devenus des établissements religieux sans cadre national, auront transporté le principal de leurs espérances dans une immortalité qui est censée contenir la juste et immédiate rétribution de la vie présente, la compensation de ses douleurs et de ses injustices. L'apogée de la prophétie en Israël correspond au temps des invasions assyriennes et ne s'étend guère au delà de la destruction du royaume judéen i>ar Nabucliodonosor. C'est le temps des prophètes écrivains, et le commencement de la Loi.

L'intervention de l'Assyrie dans les affaires .des peuples palestiniens obligea les prophètes à regarder bien loin au delà des frontières d'Israël, et à concevoir du monde et de l'humanité, par conséquent de Dieu, une idée plus large et plus profonde. Leur horizon politique s' étendant indéfiniment, leur conception du gouvernement pro-

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videntiel, de ses lois et de ses desseins, se dilata en proportion, et lahvé continua d'y garder la primauté qui lui appartenait auparavant. D'où vient ce peuple conquérant? Qui lui donne fortune? Pourquoi prévaut-il coiltre Israël? C'étaient là des questions poignantes d'actualité, qui réclamaient une prompte réponse, et que les prophètes ne pouvaient résoudre que dans le sens du mono-^ théisme moral, sous peine de renier leur propre tradition d'un dieu puissant et juste, de ravaler lahvé au niveau des baals qu'il avait toujours traités avec tant de mépris. C'est lahvé qui sus* cite le roi d'Assur, parce que tout ce qui arrive dans le monde se produit par la volonté de lahvé. C'est lahvé qui donne succès au roi d'Assur, et non les dieux de son pays, parce que lahvé est le ,vrai maître du ciel et de la terre. Si lahvé laisse le roi d'Assur opprimer Israël, c'est que lahvé Jui-même est irrité contre son peuple, et trop justement irrité. On ne l'a pas servi comme il veut : on a adoré d'autres dieux, malgré sa défense ; on a cru l'honorer suffisamment par des sacrifices, lui qui demande avant tout la pratiqué du bien, le respect du droit, la fidélité à sa Loi. Mais, bien qu'il soit devenu le souverain du ciel et de la terre, et le maître de l'histoire, le dieu des prophètes antérieurs à la captivité n'est pas

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encore le dieu unique et absolu. Il n*est toujours que le dieu d'Israël ; il ne s'occupe que de son peuple, et il ne s'intéresse aux autres nations que pour en faire les instruments de ses desseins sur lui. Et quand, après le terrible jugement qu'ils annoncent sur ce peuple coupable, les prophètes entrevoient une restauration, c'est toujours d'Israël qu'il s'agit, non de l'humanité. Sans doute lahvé se dégage des autres dieux au point de ne pouvoir plus être mis sur la même ligne qu'eux, et de ne leur laisser à peu près aucune influence dans le gouvernement de l'univers. Mais ces dieux ne sont pas réduits encore à la condition d'esprits subalternes, ou déclarés néant : ce sont des dieux qui ne servent à rien.

Lorsque les prophètes du viii® siècle, Amos, Osée, Isaïe, Michée demandent que l'on se conforme à la Loi de lahvé, ils ne se réfèrent pas à une loi écrite. Il semble qu'une partie seulement, non la moins significative, mais la moins considérable par le volume, des prescriptions qui sont entrées dans le Pentateuque ait été rédigée de leur temps. Si l'un ou l'autre de ces premiers recueils se trouve correspondre plus ou moins à ce que les prophètes considéraient comme le devoir religieux, moral et social de tout fidèle Israélite, ils &e constituent pas toute la Loi de lahvé, qui est

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aussi bien renseignement donné parles prophètes eux-mêmes au nom du dieu d'Israël. On admet volontiers que le déealogue iahviste, que Ton extrait du chapitre xxxiv de TExode, et la partie du même livre qu'on désigne sous le nom de Liçre de l Alliance, représenteraient, pour le ix' et le viii^ siècles, les préceptes écrits de la Loi divine. Le décalôgue aurait été ainsi conçu :

Tu n'adoreras aucun dieu étranger.

Tu ne te feras pas de dieux en fonte.

Tu observeras la fête des Azymes.

[Tu] me [donneras] tonales premiers nés.

Tu célébreras la fête des semaines, Et la fête de la vendange à la fin de l'année. Tu ne mêleras pas à du pain levé le sang de ma victime. il ne doit rester jusqu'au matin rien de la victime de la

[Pâquô, Tu apporteras les prémices de ta récolte à la maison de

[lahvé ton Dieu.

Tu ne cuiras pas le chevreau dans le lait de sa mère i.

i. Ex. XXXIV, 14-26. Le texte a été largement glosé, et la reconstitution des dix préceptes est hypothétique. On a omis ici la prescription relative au sahbat, v. 2i, qui n'est pas à sa place entre les indications relatives aux trois grandes fêtes, et qui contient moins un précepte qu'une glose sur le sabbat. On a maintenu la prescription relative aux premiers-nés, qui n'est pas sans rapport avec la victime pascale ; mais, le texte paraissant altéré, on a ajouté, pour le parallélisme : « tu donneras », d'après Ex. xxii, 28. La portée originelle de ce précepte sera - indiquée plus loin.

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Cette petite thora est purement cultuelle ; on peut croire qu'elle est d'origine sacerdotale, et sans doute elle est antérieure aux premiers prophètes écrivains, qui n'attachent aucune importance au rituel. Mais elle proclame le culte exclusif de lahvé, en recommandant les fêtes qu'on peut dire nationales : la Pâque avec les Az^^mes, la fête de la moisson et celle de la vendange. La prohibition des images fondues doit viser déjà les taureaux de Béthel et de Dan. Si le document n'est pas d'origine hiérosolymitaine, la « maison de lahvé » s'entend de tout sanctuaire où l'on peut apporter les prémices aux prêtres.

Le Livre de l'alliance i établit les principes de la morale domestique et sociale, en même temps que les règles essentielles du culte. L'unité du sanctuaire est formellement exclue. « Tu me feras, dit lahvé, un autel de terre, et tu y sacrifieras tes holocaustes et tes victimes de paix, tes brebis et tes bœufs, en tout endroit où j'aurai établi le souvenir de mon nom ; je viendrai à toi et te bénirai. Que si tu me fais un autel de pierres, tu ne le feras pas en pierre taiUée^ parce que, la travaillant de ton ciseau, tu la profanerais. Tu ne monteras point à mon autel par des degrés, de

1* Ex. XX, 22-xxin, 23.

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crainte qu'on ne voie ta nudité 1. » Prescriptions naïves, pour un culte qui n'a rien de commun avec le somptueux étalage de pierres et de métaux qui caractérisait le temple de Salomon et celui de la restauration. C'est la description du sanctuaire qui pouvait exister dans les plus petits centres de population. Le Livre de railiance réclame aussi pour lahvé tous les premiers-nés et les prémices des récoltes. Il frappe du chérem, Tanathème de sang, quiconque sacrifie à d'autres dieux que lahvé.

Mais on doit sacrifier à lahvé. Les prophètes antérieurs à Amos ne songent à rien moins qu'à prêcher la centralisation du culte à Jérusalem ; et même Âmos et Osée protestent contre les formes du culte, mais non contre la pluralité des lieux d'immolation. Avant eux nul ne soupçonnait que le régime des sacrifices donnât lieu à des abus. Tout se passait comme si le culte était gouverné seulement par une coutume traditionnelle qui autorisait les sacrifices dans toutes les villes et bourgades, avec une préférence marquée pour certains sanctuaires particulièrement vénérés.

Il n'en reste pas moins que les prophètes, depuis le milieu du viii» siècle, condamnent le

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