I. Ez. n
LE judaïsme aif)
le règne de Menasse qu*on se serait fait, dàtis le temple de Jérusalem, une sorte de gnose syncrétiste que la réforme deutéronomique n'aurait pas atteinte, ou qu'elle aurait seulement corrigée, sans la détruire. Le récit iahviste du déluge, qui n'est pas fort ancien, pourrait être de cette •époque.
Avec l'anonyme désigné ordinairement sous le nom de second Isaîe, l'on retrouve la ligne tout idéaliste de Jérémie. Mais la décadence du prophétisme apparaît en ce que l'auteur ne se fait pas connaître. Son œuvre n'a plus rien d'ime prédication, ni même d'une prophétie originale. ' Elle consiste en développements éloquents sur la prochaine délivrance d'Israël ; et si remarquable qu'elle soit par le sentiment qui l'animé et par l'harmonie du style, elle dépend beaucoup, pour le fond, des écrits prophétiques du passé.
L'auteur ne dit jamais rien de son inspiration, quoiqu'il parle souvent au nom de lahvé. Il est prophète, puisqu'il annonce et interprète les desseins de Dieu, mais il est très peu visionnaire. Au lieu d'être, comme Ézéchiel, l'homme de la Loi à venir, il est seulement l'homme de l'espérance, et il exploite librement tous les thèmes qui peuvent exciter et entretenir la confiance.
Chez lui enfin l'on rencontre la formule du mo*
ât8 LA RELIGION d'iSRAEL
nothéisme absolu : lahvé seul a fait le monde et gouverne Thistoire ; lui seul est Dieu, et les dieux étrangers, que Tauteur identifie à leurs images, sont un pur néant. Cette- dernière idée ne prévaudra pas, du moins pas complètement, sur celle d'Ézéchiel. Les dieux resteront à l'état d'esprits subordonnés au Dieu unique. On admet" tra que,
Quand le Très- Haut pourvut les nations, Quand il sépara les enfants des hommes, Il fixa les frontières des peuples Selon le nombre des fils de Dieu; Car la part de lahvé, c'était Jacob, Et son lot Israël I .
Puis les deux idées s'amalgameront, et Ton dira que les dieux des nations n'existent pas^ mais que ce sont des esprits que Dieu avait chargés ou qui se sont chargés eux-mêmes de conduire les peuples, et qui se sont mal acquittés de leur fonction.
Tout en insistant sur la création du monde par lahvé, le second Isaïe n'a pas l'idée philoso* phique de la création, la notion du monde tiré du néant. lahvé a organisé le chaos, il en a niême
i. Deux, zxxu, 8-9, d'après le grec.
LE JUDAÏSME aig
triomphé. Bien qu'il n'ait pas l'esprit teinté de mythologie, comme Ézéchiel, l'Anonyme a connaissance 'd'une lutte de lahvé contre la puissance ténébreuse que le démiurge a dû vaincre pour organiser le monde actuel :
Lève-toi, lève-toi, revêts-toi de force,
Bras de lahvé ! Lève-toi comme aux premiers jours.
Au temps jadis!
N'est-ce pas toi qui as fendu Rahab,
Transpercé le monstre ? 1
Rahab est la redoutable Tiamat, que le démiurge babylonien Marduk a coupée en deux pour faire le ciel et la terre. Ce mythe a pu être connu des Juifs avant la captivité. On en retrouve des traces dans Job et dans quelques psaumes. L'écrivain sacerdotal de l'Hexateuque a voulu l'ignorer dans sa desciiption systématique de la cosmogonie, bien que lui non plus n'ait pas l'idée de création, et qu'il place d'abord le démiurge en face du chaos à organiser.
De même que le second Isaïe a l'idée du Dieu unique et universel, il s'est fait de la vocation d'Israël une conception plus haute que ses devan-