‹ La religion d'IsraëlChapitre 50 sur 62 · Is. XLIX · texte numérisé non relu

Is. XLIX

LE judaIsmb Sdl

Ézéchiel séparait Israël des peuples dans sa cité de -Fa venir, et la Loi le séparera d'eux véritablement dans le monde. Le second Isaïe rassemble païens et Israélites, et même il prévoit, un peu témérairement, la conversion de Cyrus. Un privilège cependant reste au peuple de Dieu ; il régnera sur les nations converties.

Ce qui arriva ne pouvait manquer d'être fort au-dessous d'un si beau rêve. Mais peut-être ne fallait-il pas moins qu'une telle ardeur d'espérance pour décider à une émigration nouvelle et volontaire ces exilés qui avaient pris racine dans le pays de leurs ennemis, et qui avaient fini par s'y bien trouver. Quand Cyrus leur octroya la faculté de retourner dans leur pays, ils n'en profitèrent pas tous, et quantité de Juifs, restés fidèles à leur Dieu et en communion avec leurs frères de Palestine, continuèrent à séjourner près des fleuves de Babylone. La situation du judaïsme hiérosolymitain resta longtemps précaire; ce fut la colonie babylonienne qui le soutint de ses encouragements, de ses convictions, de son appui auprès des princes, et même de son argent. Les déportés qui revinrent, sous la conduite de Zorobabel, s'établir à Jérusalem et relever la ville, puis le temple, étaient peu nombreux, et ils furent Mçntôt compie isolés au milieu d'une popula-

a» LA RELiaiON D ISRAËL

tion qui n'avait pas reçu les leçons de la captivité. Le menu peuple des campagnes, qui était resté dans le pays, n'avait pas oublié lahvé, mais sa religion était celle d'avant l'exil; il n'avait ni l'enthousiasme ni l'esprit légaliste des Juifs qui arrivaient de Babylone. Grâce aux secours qui lui vinrent de là, l'établissement hiérosolymitain se fortifia peu à peu ; et lorsque sa ferveur piétiste s'inquiétait ou semblait décroître, les fidèles de l'exil pourvoyaient à son besoin. C'est de l'exil que fut importée, par Ësdras, et sous le patronage de Néhémie, la Loi qui donna au judaïsme sa forme définitive.

Si les derniers chapitres d'Ézéchiel (xl-xlviii), où est réglé le statut de l'Israël à venir, n'avaient point été rattachés à l'œuvre d'un prophète connu, et que leur auteur les eût placés sous le nom de Moïse, en les présentant comme une révélation faite à Israël dans le désert, ils auraient pu figurer dans la Loi. D'autres héritiers de la tra-

ditîon sacerdotale, travaillant dans le même esprit, élaborèrent un rituel qui a été incorporé au document de rHexateuque dit Code sacerdotal. Ce rituel a été appelé par les critiques Loi de sainteté * , à cause de l'idée qui le domine t faire d'Israël, par la pratique d'un culte réglé jusque dans ses moindres détails, un peuple saint et digne du Dieu qu'il sert. Le point de vue du prêtre s'accuse dans cette préoccupation, car la sainteté ne consiste pas uniquement dans la perfection morale, mais aussi, on pourrait dire d'abord, en une pureté rituelle qui procède des conceptions primitives sur la pureté et l'impureté des choses, dont on conçoit tout matériellement le rapport avec la divinité. De vieilles superstitions, d'ailleurs inoffensives en elles-mêmes, prennent ainsi l'apparence deprohibitions divines : par exemple, la défense de semer deux sortes de grains dans le même champ, ou celle d'employer deux matières différentes dans le tissu d'une étoffe ; ou bien ce sont des coutumes familières aux cultes païens qui sont interdites, comme les tatouages, que l'ancien iahvisme paraît avoir connus 2 . Tout

i. Cf. supr., p. 31.

2. Ex. xm, 9, 16, y fait allusioii. II semble que les anciens prophètes aient porté un signe au front. Cf. I Rois, xx, 41. Allusion au tatouage de la main dans Is. xuy, Si. •

S^ LA RELIGION d'iSRASL

cela se mêle à des prescriptions on défenses d'ordre moral et proprement religieux. Et tout se justifie de la même manière : « Vous serez saints pour moi, parce que moi, lahvé, je suis saint, et que je Vous ai séparés des nations pour que vous soyez à moi i. » Cette séparation même est an élément de la sainteté dont il s*agit.

Le même point de vue domine le Gode sacerdotal tout entier. Ce recueil présente ses prescriptions encadrées dans un récit qui fait de Tensemble comme une histoire liturgique de Thumanité, histoire, il faut bien le dire, qui ne garde à peu près nul contact avec la réalité. Mais Fauteur trouvait avantage à relier l'origine du sabbat à la création du monde, la prohibition du sang au déluge, la circoncision à Abraham, comme il en trouvait à rattacher la liturgie du second temple à Moïse et à la révélation du Sinaî. Car il ne craint pas de rapporter l'institution des sacrifices au temps de Moïse, sauf à supprimer de l'histoire patriarcale tout ce qui contredit cette vue systématique. Par le Code sacerdotal, cfs même esprit idéaliste et ritualiste a pénétré la compilation dernière de la Loi et le Pentateuque tout entier.

i. Lév. XX, S6.

. I.E JUDAÏSME aaiS

On peut voir, dans le livre de Néhémie, que la promulgation de la Loi par Esdras se fit dans des conditions analogues à celle du Deutéronome au temps de losias, et que la législation sacerdotale n'était pas, dans son ensemble, connue d'avance par la communauté qui s'engagea solennellement à l'observer. De même que Josias déchira ses vêtements en signe de profonde douleur, quand il eut entendu la leoture du Deutéronome, épouvanté qu'il était de la colère de lahvé pour l'inobservation de cette Loi par les générations antérieures, qui l'avaient ignorée, le peuple convoqué par Esdras fondit en larmes quand on lui donna connaissance du nouveau code. Et comme Josias et le peuple avaient juré d'observer la Loi d'Helcias, Néhémie et les Juifs réunis jurèrent d'observer la Loi d'Esdras. Cette fois même on rédigea l'engagement par écrit ; Néhémie lesigna, ainsi que les prêtres et les notables ; la masse suivit les chefs et promit, « avec imprécation et serment, de marcher dans la Loi de Dieu, qui avait été donnée par Moïse, le serviteur de Dieulrt. De même- enfin que l'auteur des Rois observe à bon droit que l'on n'avait jamais célébré depuis le temps des Juges (ni même auparavant)

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