‹ La religion dans HomèreChapitre 1 sur 64 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

J'écarte délibérément de cette étude toute discussion sur l'auteur de ces deux poèmes, car je ne pense pas qu'ils se soient formés tout seuls, comme on serait tenté de le croire, après avoir lu certains critiques de l'école de Wolf, qui, poussant à l'extrême .les principes du maître, ne sont pas loin d'admettre qu'il s'agit de fragments d'origine diverse, réunis et, qu'on me passe l'expression, collés les uns aux autres, on ne sait par qui, ni quand, ni comment. Jusqu'à ce que ces hypercritiques se soient mis d'accord et qu'ils aient cessé, l'un de juger manifestement faux ce que l'autre estime évidemment vrai, je m'en tiens à

l'Homère traditionnel, celui en qui toute l'antiquité a cru. Que toutefois l'on vienne à démontrer le bienfondé de la thèse des Wolf, Lachmann, ou celle des Hermann, Grote, Kœchly et Maurice Croiset : que \ Iliade et X Odyssée ont été composées en collaboration par des poètes multiples qui se sont succédé à travers plusieurs siècles, je n'aurai aucune peine à me ranger du parti de la vérité, et mon travail ne perdra rien sans doute de l'intérêt qu'il peut avoir.

Je prends donc ces deux poèmes tels qu'ils nous sont parvenus, depuis leur premier éditeur connu, Pisistrate, qui fit établir le texte définitif et complet et en ordonna la lecture à la fête des Panathénées. Cette édition fut revisée plus tard par les critiques alexandrins, tels qu'Aristarque, et par ceux de l'école de Pergame. Une division plus ou moins factice fut établie et chacun de ces deux poèmes compta autant de chants qu'il y a de lettres dans l'alphabet. Une nuée de glossateurs s'abattit sur eux, témoignant ainsi de l'importance qu'on leur attribuait. Parmi les plus renommés, on a coutume de citer Porphyre, Zénodore, Eustathe, etc. Chaque mot, pour ainsi dire, fut passé au crible de la critique ; on le commenta de cent façons, procédé qui ne contribua pas médiocrement à maintenir et sauvegarder l'intégrité du texte dont la moindre mutilation eût passé pour une impiété. Les admirateurs d'Homère ne

furent pas seuls à collaborer à cette œuvre de conservation, mais ses détracteurs aussi, et sous ce rapport nous devons réserver pour Zoïle et ses pareils une part de notre reconnaissance.

Depuis l'époque lointaine de ces premiers admirateurs ou détracteurs, \ Iliade et \ Odyssée n'ont subi ni remaniement, ni interpolation notables, supposé qu'auparavant elles fussent exposées, sans défense, à ce genre d'altération, ou, si l'on veut, de profanation.

L'on a beaucoup écrit sur ces poèmes et même sur les idées religieuses qu'ils renferment, mais, en ce qui concerne ces dernières, on s'est le plus souvent borné à des aperçus plus ou moins généraux, à des sortes de synthèses plus ou moins complètes.

Dans les pages qui suivent, je me suis efforcé, en suivant la méthode analytique, de donner une idée adéquate et exacte des traditions religieuses dont l'auteur quelconque de ces antiques épopées s'est fait l'écho et qui, l'on n'en saurait douter, étaient celles de son temps et des temps antérieurs. Il nous les dira lui-même ou nous les apprendrons de la bouche des personnages qu'il met en scène.

Comme pour une autre publication de ce genre, où j'étudiai l'idée religieuse de l'Inde brahmanique, d'après le Bhâgavata-Purâna, j'étudierai, dans les

pages qui suivent, la divinité en elle-même, puis dans ses rapports avec l'homme et la nature, division qui m'a toujours paru la plus rationnelle, je dirai même, la seule possible.

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