CHAPITRE VII
Puissance divine
Homère ne fut jamais un philosophe dans le sens spéculatif du mot. Il ne décrit pas la divinité, il la fait agir, et c'est peut-être la meilleure description qu'il en pût faire.
Je traiterai d'abord des dieux en général, puis de Jupiter et de ses comparses (les autres divinités ne furent jamais autre chose à son égard). Je prendrai mes citations dans V Iliade d'abord, à moins de raison grave. Ceux qui veulent que les deux poèmes ne soient point du même auteur, ni surtout de la même époque, seront plus à portée de juger de la diversité des idées, s'il en existe. Dans ce paragraphe, il s'agit surtout de la puissance des dieux par rapport à celle de l'homme.
Paris allait succomber sous les coups de Ménélas, lorsque Vénus l'enleva du champ de bataille; elle le
fit aisément, en sa qualité de divinité, observe le poète, qui nous laisse entendre qu'il n'en coûte aucune peine à un dieu de faire ce qu'il veut (i).
De plus, les dieux font ce que d'autres ne sauraient faire, et rien ne leur est impossible. D'une pierre énorme, Hector venait de briser les portes du camp ennemi dans lequel il se rua d'un bond. « Nul, hors les dieux, n'aurait pu l'arrêter. » (2)
Les objets divins participent, en quelque sorte, à leur puissance. Enée frappe de sa lance le bouclier d'Achille, sans pouvoir l'entamer, c'est que son armure provenait de l'atelier de Vulcain, d'où sa mère Thétis la lui avait apportée, et que les présents des dieux ne sont point d'une capture facile pour les mortels (3).
Hector exhortait les siens à ne point redouter Achille ni ses menaces : « Moi aussi, leur disait-il, je pourrais lutter contre les immortels en paroles, mais avec la lance ce me serait mal aisé, car ils sont de beaucoup les plus puissants. Achille, non plus, ne fera tout ce qu'il dit. » (4)
On ne se lasse point de nous le répéter : « Les dieux sont plus forts que les hommes. » (5)
(2) Id., XII, 466.