W., XIX
parlait à la reine du fâcheux démon qui avait retardé ■- Ta navigation d'Ulysse (i).
Voilà toute une série de passages qui se suivent et ^
où le poète se sert exclusivement du terme Sat'awv pour / /^ a/j exprimer le sort, la volontê-des di^iix, le destin, II ne
l'avait pas employé auparavant, il ne l'emploiera plus désormais qu'une fois ou deux, cela sans que l'on en puisse, à mon avis, rien conclure.
La conversation se prolongea quelque temps encore entre les deux époux. Avant de congédier son interlocuteur qu'Euryclée venait de reconnaître à la cicatrice de sa jambe, et qu'elle-même ne reconnaissait touiours point, Pénélope Jui rappela que les dieux ^ ont assigné à chacun, ici-bas, sa moira, sa part, sa destinée (2).
Pénélope disait encore :
« Jupiter sait tout, la bonne part et la mauvaise '^ part réservée aux hommes. » (3)
Les deux expressions que je rends de la sorte sont usSi^x. la part, la destinée que nous connaissons, et àu.uLopt'a, que le lexicographe Alexandre traduit ainsi : « part non obtenue, qui n'est pas accordée par le destin : infortune, malheur ».
Je ne sache pas avoir déjà rencontré cette der-
(1) Ihid., 201.
(2) 7i)td.,592.
(3) Od., XX, 75.
nière expression ; elle m'a paru digne d'être relevée.
A la vue des cadavres des prétendants dont il était entouré, la nourrice d'Ulysse, la vieille Euryclée, ne put retenir un cri de joie. Le héros lui dit : « Il n'est pas séant de se réjouir de la mort de guerriers domptés par la Moira des dieux et aussi par leurs mauvaises actions. » (i)
Il ne saurait être question ici de bonne part ; le terme est pris dans son sens générique et signifie le lot, la destinée de chacun.
Pénélope ayantenfin reconnu Ulysse qu'elle revoyait après vingtans d'absence, se plaignait que les dieux leur eussent fait un sort cruel, eux qui ne leur avaient point permis de passer ensemble leur jeunesse dans le bonheur et d'atteindre ainsi le seuil de la vieillesse (2).
Plus triste encore était celui d'Agamemnon que Jupiter, à son retour, destinait à périr de la main d'Egisthe avec la complicité de son épouse Clytemnestre (3).
Amphimédon racontait à l'Atride qui lui demandait pourquoi lui et ses compagnons descendaient ainsi à la fois dans les enfers, comment, après avoir été par un mauvais démon ramené dans sa patrie,
(1) Od., XXII, 412.
(2) Cf. id., XXIII, 210.
(3) Cf. irf., XXIV, 96.
Ulysse les avait massacrés tous, pour les punir de leurs assiduités auprès de son épouse (i).
Dans son épigramme contre les habitants de Cyme^T le poète, tout en se plaignant du sort (xlsoc) que lui faisait Jupiter, dit que cette destinée (xf.p) qui lui avait été ainsi réservée dès sa naissance, il la supporterait courageusement (2).
(1) Cf. Od., XXIV, 149.
(2) IV, Epig.