IL, V
(2) Hymn. XXIV : Aux Muses et à Apollon.
(3) Odys , XIX, 279: 0" i^yi^to^ Yeyàaffiv.
Dès le début de Vlliade, on voit Jupiter, suivi de tous les dieux, aller chez les Ethiopiens pour un repas (i). Du haut de l'Olympe, Jupiter surveille tous les peuples. S'il détourne un instant ses regards des Grecs et des Troyens, c'est pour les reporter sur les Thraces, les Mysiens, les Hippomolgues et les Abiens (2). Quelqu étmcelante que soit sa vue, elle ne saurait cependant s'étendre à tout l'univers à la fois.
Corinthe est dite spécialement « ville de Jupiter » (3), sans doute à cause de la piété de ses habitants.
Jupiter confia à Mercure le soin de présider au commerce et aux échanges des hommes (4).
ies hommes ne payèrent pas toujours les dieux de retour pour leurs bons offices.
Nous avons vu Apollon prévenir Diomède qu'il eût à éviter de se mesurer avec les dieux. Le guerrier pouvait d'autant plus facilement s'y méprendre qu'il venait précisément de blesser une déesse dans la mêlée. C'était Vénus qui alla en pleurant trouver sa mère Dionée. Celle-ci lui dit pour la consoler: « Nous autres, habitants de l'Olympe, nous avons eu beaucoup à souffrir de la part des hommes. Mars souffrit quand les deux fils d'Aloé, Otos et le vigoureux Ephialte,
(2) Id., XIII, 1, etc.
(3) Id., II, 538.
(4) II Hymn. à Mercure, 516.
l'enlacèrent dans des liens que rien ne pouvait rompre. Durant treize mois, il resta enchaîné au fond d'un cachot d'airain. Peut-être alors eût péri l'insatiable dieu de la guerre, si la marâtre des deux héros, la belle Eribée, n'eût envoyé Mercure qui le délivra clandestinement, n'ayant plus que le souffle, tant l'avait épuisé cette dure captivité. Junon souffrit quand le fils d'Amphitryon lui perça le sein d'une flèche à triple pointe qui lui causa d'insupportables douleurs. Pluton, grand entre les dieux, souffrit quand le même guerrier, à la porte des Morts, lui lança un dard rapide dont il fut cruellement torturé. Alors, le cœur gémissant, il vint au palais de Jupiter, le trait enfoncé dans sa puissante épaule et l'affliction dans l'âme. Paeon le guérit avec des baumes salutaires, car la mort n'a point de prise sur un dieu. Telle était l'audace du fougueux Hercule qui sans respect aucun blessait de ses dards les immortels habitants de l'Olympe. Minerve maintenant a suscité contre toi cet autre héros. L'insensé fils de Tydée ne se souvient pas qu'il ne vit pas longtemps celui qui combat les dieux, et que ses enfants, à son retour du combat ne lui donnent pas le nom de père, en se jouant sur ses genoux. » (i)
Les dieux se mêlent constamment des affaires des
hommes, soit pour leur avantage, soit autrement. Minerve protégeait Ulysse, mais elle avouait que d'autres dieux « lui nuisaient dans son chemin » (i).
La même déesse apparaissait souvent à son favori et se rendait en même temps invisible pour tout autre. Lorsqu'elle vint dans la cabane d'Eumée, en l'absence du pâtre, Ulysse et les chiens l'aperçurent, mais non Télémaque.w C'est que les dieux, observe le poète, ne sont pas visibles pour tous les hommes. » (2) Il dit ailleurs que « les dieux sont difficiles à reconnaître pour les mortels » (3).
Aussi Noémon, le fils de Phronios, se demandait si c'était bien Mentor qu'il avait vu s'embarquer avec Télémaque, ou une divinité qui avait emprunté ses traits, ce qui lui paraissait d'autant plus vraisemblable que Mentor était présentement devant lui (4).
D'ailleurs, « qui pourrait voir de ses yeux un dieu dans ses allées et venues, s'il ne le veut pas? » (5) Et surtout, qui le pourrait reconnaître sous son déguisement ?
Minerve elle-même, qui se plaisait à secourir visiblement Ulysse, ne se faisait pas toujours reconnaître
(1) Odys., I, 195.
(2) Id., XVI, 161.
(3) IV, Hymne à Cérès, 111.
(4) Od., IV, 653.
(5) Id., X, 573.
ouvertement de lui (i). Le plus souvent, elle se laissait voir sous les traits de Mentor. De même, elle se montra sous les dehors de son frère Déiphobe à l'infortuné Hector pour le perdre plus sûrement, en le déterminant à lutter contre Achille à qui elle venait d'apparaître, au moment même où Apollon qui l'avait jusqu'alors secouru abandonnait son rival à sa destinée (2).
Il semblait qu'il répugnât aux dieux de se montrer à découvert. Quand Mercure se présente à Priam pour le conduire à la tente d'Achille, où il allait réclamer le corps de son malheureux fils, il le fait sous l'aspect d'un jeune homme, tout en lui apprenant qui il est. En approchant de la tente dont il lui facilite l'accès, il refuse d'aller plus loin, alléguant qu'il ne sied pas à un dieu de sembler favoriser un mortel ouvertement (3).
Minerve avait accompagné Télémaque chez Nestor, sous la forme habituelle de Mentor ; elle le quitta sous celle d'un aigle, en présence du vieillard qui reconnut alors une divinité dans cette subite métamorphose. Nestor dit au fils de son ancien frère d'armes :
« O mon ami, je ne crois pas que tu sois jamais un méchant, ni un homme sans valeur, puisque, tout jeune
(1) Od., XXII, 210.
(3) Id., XXIV, 463,
que tu es, les dieux se font tes compagnons. » (i)
Quand la même déesse, lors de la lutte suprême d'Ulysse contre les prétendants, feignit de s'éloigner en échangeant les dehors de Mentor contre ceux d'une hirondelle, les insensés s'y trompèrent : « Voyez, se dirent-ils, déjà Mentor est parti après ses vaines bravades. » Ils n'avaient pas reconnu la déesse (2).
Minerve cependant favorisa toujours Ulysse ouvertement comme le disait Nestor à Télémaque, en présence même de Minerve-Mentor : « Je n'ai jamais vu divinité s'occuper aussi manifestement de quelqu'un », lui avouait-il (3).
Jupiter, ayant permis aux dieux d'entrer directement en lice et de se battre les uns contre les autres, dans les rangs, qui des Troyens , qui des Grecs, Junon engagea Neptune et Minerve à secourir Achille; autrement, leur fit-elle observer, « il craindra de se rencontrer en face d'une divinité, au milieu des combats ; car les dieux sont redoutables quand ils se montrent à découvert » (4).
A l'aspect de son père qu'il ne connaît pas, et que, de mendiant vieilli, déguenillé, Minerve d'un coup
(1) Orf., III, 375, TtOfJLTTTÎtÇ.
(3) Id., V, 221.
de baguette magique a transformé soudain en guerrier plein de jeunesse, de beauté, et richement vêtu, Télémaque troublé détourne ses regards, dans la crainte qu'il ne soit en présence d'un dieu :
« Certainement, tu es un habitant du vaste ciel, lui dit-il ; sois-nous favorable, que nous te donnions des offrandes qui te plaisent, des présents d'or ciselé ; épargne-nous. — Je ne suis pas un dieu, lui répond Ulysse ; pourquoi m'égaler à un Immortel ? Je suis ton père... — Non, tu n'es pas mon père, réplique Télémaque ; un mortel ne change pas ainsi de forme à son gré. » (i)
(1) OfL, XVI, 179.