‹ La religion dans la société aux États-UnisChapitre 11 sur 67 · CHAPITRE IV UindifTérence dogmatique des Puritains · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV UindifTérence dogmatique des Puritains

« Nous ne nous séparons des Eglises (l'outre-mer qu'en matière (le constitution ecclésiastique. »

{Déclaration du. Synode de f648.)

Dévots de la religion en ce qu'elle a de social, les Puritains négligent ce qu'elle a de dogmatique. Quand ils quittent TAngleterre, leur pasteur Higginson répète avec insistance qu'ils ne se détachent pas de l'Eglise- [ïûère, qu'ils n'en repoussent par les dogmes, qu'ils Ine veulent que la liberté de leurs mœurs : ci Nous [ne disons pas, écrit-il : adieu Babylone! adieu Rome! [Nous disons : adieu chère Angleterre; adieu, Église Dieu en Angleterre; adieu, tous nos amis chré-

îDsde là -bas! Nous n'allons pas en Nouvelle-Anglecomme des schismaliques de l'Église anglaise,

loique nous ne puissions que nous séparer de ses cor-

)iions : non, nous allons mettre en pratique la partie

LA RELIOIOlf AUX ÉTAST-UNIg. 3

positive de la Réforme et propager V Évangile en Améri(jue ». Le souci des Américains ne fut jamais 1^ dogme; ce fut toujours « la mise en pratique », ei dès le premier document puritain la nature positive de leur esprit s'exprime par le terme même de « positif ».

Les premiers colons n'eurent pas de dogmes. A- Plymouth TÉglise ne reposait que sur ce symbole: « Nous reconnaissons solennellement et religieusement que le Seigneur Jéhovah, le seul vrai Dieu, est notre Dieu et le Dieu des nôtres; nous promettons de suivre en tout la règle de TÉcriture, en sincère conformité avec ses saintes ordonnances, dans un esprit d'amour mutuel et de surveillance réciproque, attendant de Dieu Notre-Seigneur qu'il nous en donne la force par sa grâce. » Le symbole de Boston est presque le môme. Ils se souciaient plus de la paix que du dogme : en 1636 un nouveau-venu soutint que l'Esprit saint était « en personne » dans les croyants : l'Église tomba d'accord sur la présence de l'Esprit dans l'âme, « quant à savoir, conte Winthrop, s'il y réside par ses effets seulement ou par quelque autre genre de présence, comme l'Écriture n'établit rien, il sembla désirable d'omettre le mot de « personne », comme un terme d'invention humaine, et qui provoquait des discussions incertaines. »

Le premier synode, celui de 1648, ne rédigea qu'un « Programme de discipline » ; c'étaient des règles de morale et d'administration : elles tendaient à protégei la colonie centre le Long Parlement. Les délégués n« songèrent môme pas à une profession de foi; quani ils apprirent que les Églises anglaises en attendaien une de leur part, sans s'attarder à la discuter il

IHDIFFËltENGE DOGUATIQUB DES PURITAINS 35 déclarèrenl adhérer à celle de la dernière Assiimbléo d'Angleterre : co n'était qu'une complaisance, envers leurs rrèreBd'ouUe-ruer, pouriîcarler de soi, discal lea Acles, le soupçon d'hérésie et surtout de scliisnae : surtout de schisme, parce que la cohésion en une seule Église leur semblait importer plus que la communion en une seule foi. <> Nous ne nous en référons à noire programme, déclara le synode, qu'en ce qui louche le gouvernement et la discipline des congrégations; nous ne nous séparons des Églises d'outremer qu'en matiiTC de constitution ecclésiastique. » Pour le dogme, docilité faite d'indifférence; maiadaus l'action, indépendance : telle est l'attitude des Puritains envers les Églises anglaises, comme telle sera celle des catholiques américains envers Home.

En iG'iH, les Anglais reprochèrent encore au synode de ne pas publier ses principes: il se contenta do réinsérer dans ses Acles la confession de 1648; il avoua modeslemcnt que si peu de membres do la communauté « la charmaient par une déclaration de principes ■> c'est que peu étaient gens instruits ; et la Préface de la Confession, comme pour en justifier la brièveté, raconte tout au long cette anecdote: Un philosophe païen avait rejeté , dans une dispule publique, tous les arguments que venaient d'avancer les plus savants des chrétiens; enfin un vieillard, si au-dessous des autres que ses frères s'effrayaient do J son intervention, entreprit de le réduire au silence<J Cet honnête homme dit è, l'adversaire : n Au nom d^ Notre Seigneur Jésus-Christ, je te somme d'entendi 'ia vérité : il n'y a qu'un Dieu, Créateur du ciel et del la terre.... » Il récita tout le Crudo et reprit: « Crois- \ la en celii. Ci Philosoplie! ". L'autre se sentit comme

frappé de la foudre et s'écria : « Je crois en celai J^ le proclame! » Le saint homme dit : « Alors, viens, et sois baptisé. » Le philosophe reçut le baptême et (W à ceux de son parti : « Tant que j'ai eu affaire aux mois des hommes, j ai pu y opposer des mots; mais quand j'ai senti un pouvoir venu de Dieu, je n'ai pu résister. »

Il y eut chez les Puritains des persécutions. Mais elles étaient politiques plus que religieuses. Les conflits étaient d'ordre social et non d'ordre dogmatique. Le premier schismatique, Roger Williams, refusait aux magistrats le droit de punir un manquement au culte : il renversait par là la société puritaine, où la religion relevait du pouvoir civil parce qu'elle était un moyen de gouvernement. La Cour, menacée dans son pouvoir religieux, invoqua le secours de la religion môme, pour garder la force de la protéger à son tour : elle consulta officiellement les minisires, qui la soutinrent. Aucun dogme n'était en question. Il s'agissait de laisser ou d'ôter à la Cour la surveillance de l'ordre religieux, qui semblait la garantie de l'ordre social.

La plus grave dissension, celle des Antinomiens,nc fut que par le dehors une querelle théologique. Le chef de la coterie, Mrs Hutchinson, menaçait la hiè rarchie sociale en critiquant les ministres ; au-dessoui de la Cour, c'étaient eux qui figuraient l'autorité: li sévérité de leur costume et leurs citations de la Bibl n'importaient pas moins à la sécurité publique qu les robes et le latin des magistrats. Mrs Hutchinsor qui amplifiait d'abord leurs sermons dans ses cause ries, les y commenla bientôt; à la fin elle prit Thab tude de sortir quand le pasteur se mettait à prêcher

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rtlailun outrage à un pouvoir conslilur, cl presque un crime de lèse-majesté. Dans ces colonies minuscules, une brouille entre une paroissienne et le pasteur devenait une scission dans la paroisse, et une scissioii paroissiale devenait une dissension civique. L'influence religieuse donna à Mrs Hutchinson de Tambition politique; elle vit en imagination son mari sur le siège de gouverneur, et se vit elle-m<>mc assise à son côté, comme une prophétesse, que Dieu avait fait naître pour quelque œuvre proche. Sa doctrine même Q*était pas sans danger politique : dans une ville où la discipline sociale reposait sur la surveillance muluelle, elle soutenait que l'intégrité de la foi ne peut se déduire de la conduite de la vie. Celait le renversement du principe puritain, qui réduisait la religion à la vertu. La querelle était si bien politique, qu'à la lOte des deux factions se mirent tout de suit<* le gouverneur sortant et le gouverneur élu; celui-ci, Vane, n'était que depuis deux ans dans le pays: on lui reprocha en plein conseil d'avoir été la seule cause du trouble de l'ÉgHse, et il semble bien qu'il eût importé d'Anglolerre l'esprit de controverse et de discorde. « 11 était né agitateur ; un de ces hommes dont les pays neufs ont le moins besoin. 11 était d'esprit destructeur; VVinthrop (son rival), d'esprit constructeur. » Son lépart après son échec suffit à rendre la paix à la îolonie. « 11 était hors de sa place dans la Nouvclle- Vngletcrre, tandis qu'en Angleterre il trouva un impie champ de controverse. » Winthrop, au conraire, « était en sympathie avec son milieu; qu'il ciU ort ou raison, le Massachuscts pouvait mieux se •asser de Vane que de lui. » 11 était Thommc de ordre et de la cohésion.

Les jugements que le gouverneur Winthrop obW contre les dissidents prouvent qu'on les poursuivait comme révolutionnaires et non comme schismaliques. « Ils auraient dû savoir, dit-il, qu'on n'échauffe pas sans «langer les gens contre leurs adversaires. » lltraduisit un de leurs chefs devant la justice civile comme coupable de sédition éventuelle, et la Cour rendit celle sentence : « M. John Wheelwright étant formellement convaincu de mépris et de sédition, et persistant à soutenir son attitude, qui tend à troubler la paix publique, il est par la Cour privé de ses droits el banni. » Quand on jugea Mrs Hutchinson, rien ne lui fit tort comme son affront aux anciens de la colonie, quand elle demanda qu'ils prêtassent serment avant de déposer contre elle. On la condamna parce qu'elle s'obstinait à se dire inspirée; c'est que les inspirés semblaient des révolutionnaires; « les révélations mènent aux révoltes, » dit un des juges; elle-même avait prophétisé que la Cour serait ruinée, avec la postérité de ses membres : c'est là-dessus que s'appuya la sentence. La même année on désarma soixantequinze « opinionistes » dont la faute était de croire aux révélations d'Underhill : « Il y a lieu de craindre, disait leur arrêt, que, comme d'autres ont fait jadis en Allemagne, ils fassent quelque soudaine attaque en s'appuyant de quelque révélation; » on leur défendit sous peine d'amende d'acheter ou d'emprunter aucunes armes ou aucunes munitions; et Winthrop, expliquant l'exil de quelques-uns, dit qu' « une seule raison le justifiait : c'est qu'ils différaient trop du reste du pays par leurs jugements et leur conduite pour que leur présence dans la communauté fût compatible avec la paix publique ».

I L'ihDIPFÉRENCE DOSHAnQUE DSS PCHITAINS 39

Au fond de la question religieuse il y avnit une question agraire : lees premiers colons gardaient pour eux et pour leurs enfants la côte; ils rejetaient les nouveaux-venus vers Je désert, entre eux et les Indiens. En même temps qu'ils leur refusaient le sol par la « loi contre les étrangers ", qui leur défendait plus de trois semaines de séjour sans permis, ils leur fermaient la cité en leur fermant l'Eglise ; on ne niait leur état de grâce que pour leur refuser les droits civiques. Les derniers venus d'Angleterre, qui avaient à se faire leur place, étaient par intérêt les plus révolutionnaires, et sortis de la veille d'un pays en discorde, ils étaient par nature les plus controversistes ; rap;îtatton théologique recouvrait, dans leur tactique, l'agitation sociale. Dans une colonie patriarcale, qui avait cherché la solitude outro-mcr, dont la concorde faisait la sécurité, que les épreuves dn tous les jours avaient distraite des disputes de mots, leur esprit de dissension était un danger et un scandale. Ce qui semble contre eux de la persécution religieuse n'était qu'une mesure, à demi, de défense privée, et, à demi,

' de. salut public. Ce fut le premier conflit entre l'esprit local et les tendances importées, entre l'originalité du

I Nouveau-Monde et les traditions du Vieux.

Dans toutes les autres persécutions, contre les presbytériens ou les quakers, le dessein politique est évident'. L'exiguïté même des colonies rendait le dogmatisme impossible : on ne juge pas son voisin par sa métaphysique, mais par sa conduite et ses

, manières : Torthodoxie suppose une centralisation, et ce n'est que de loin qu'on juge dans l'abstrait.

LA HELICION DAMS LA SOCIÉTÉ AUX ËTATB-DmS [ Chaque colonie élait comme une ramille; exclure un L membre c'était comme chasser un parent : il Tallait, [ pour rompre tant de liens, plus qu'une divergence I Ihéologique. Quand on rejeta Mrs llutchinson, « ce r fut comme si chez nous une fille, amenée devant ses I frères et sœurs, était solennellement censurée par un l|>ëre vénéré, et chassée du foyer où elle a passé son ^enfance. »

On a comparé l'inquisition puritaine à l'inquisition I espagnole, pour prouver que l'homme est partout le 1 même; les Américains eux-mêmes croient à l'intolé- I de leurs ancêtres. Mais on s'expliquerait mal I qu'une nation maintenant si tolérante ait été si fana- 1 tique. Il y a eu de l'égoïsme dans les persécutions; îl [n'y a guère eu de fanatisme; elles se sont faites par [ zèle conservateur, plus que par zèle orthodoxe. ) L'Amérique ne se comprendrait pas s'il était vrai

qu'on s'y fflt battu pour de.s formules mélaphysiques.

11 y a deux qualités qu'elle possède Iropà fond pour ne Y les avoir pas toujours possédées : l'une qu'elle pousse I quelquefois jusqu'au défaut, c'est le sens pratique, L Vautre qu'elle a élevée à la perfection et à la beauté ' d'une vertu : c'est le bon sens. Dès que les colonies

cessèrent de craindre les révolutionnaires, elles ces- I aèrent de poursuivre les hérétiques. La force fut \ pour elles le commencement de la tolérance. Une I quarantaine d'années après leur fondation, le pasteur J, Mather écrit : » Depuis que notre Jérusalem a pris KjiSBcz de solidité pour que les moindres renards qut

ferimpent nos murs de pierre ne les effondrent plus, " s'est jamais inquiété d'eux ? >■

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