CHAPITRE VI
La morale contre le dogme dans rÉglise
presbytérienne.
« Nous les connaîtrons à leurs fruits. »
{Actes des Synodes rétmis de PhUadelphie et de New York,)
Tandis que les Puritains, avec Boston pour centre, semaient la Nouvelle-Angleterre d'Églises congrégationnalistes, c'étaient, immédiatement au sud d'eux, autour de New York et de Philadelphie, les Églises presbytériennes qui se multipliaient.
A vrai dire les Puritains, avant leur exil, n'avaient été que des Presbytériens rigoristes. Mais la vie à l'étranger les groupa en petites républiques, où tout le pouvoir, religieux comme civil, résidait en tous, et où le pasteur, élu de tous, ne recevant son caractère sacré que du fait de l'élection, n'en était revêtu que; dans les limites de sa localité, et ne relevait pas plusj d'un Synode que sa communauté elle-même ne relevait d'une communion plus large; ce fut cette exis tence en soi, par soi et pour soi de chaque congréga-|
tion qui prit, dans les coloi
rilair
s de la Nou-
lonies p vel le- Angleterre, le nom de congrégalionnalisme.
Du côté de New York et de Philadelphie, les plantations étaient plus isolées encore que du côté de Boston; les races y étaient mêlées; chaque commuoauté vivait pour soi; aucune n'avait qualité pour grouper les autres. Mais là le hasard seul les isolait : elles ne prirent pas conscience de ce morcelleraeut de la souveraineté; elles vécurent au jour le jour, et comme elles ne posaient pas de principe nouveau, l'ancieQ nom de Presbytériens leur resta : tandis que les Purilains du Nord avaient très vile fait de l'indépendance locale le fondement même de leur constitution religieuse, avaient formulé, dans des actes et des livres, la théorie de la décentralisation et avaient assis un ordre nouveau, qui leur avait valu le nouveau nom dcCongrégationnalistes.
Les communautés presbytériennes du centre furent d'abord quelque chose d'assez amorphe. Elles avaient si peu l'esprit de secte qu'elles faillirent se laisser convertir, presque sans s'en douter, en communautés anglicanes. Quand l'Assemblée de l'État de New York, en 1693, avait décrôlé le maintien d'un clergé sur les fonds publics, les questions de secte étaient si peu à l'ordre du jour que le décret n'avait même pas stipulé si ce clergé serait presbytérien ou anglican; îous les membres de l'Assemblée sauf un étaient Presbytériens; mais le gouverneur, en bon fonction- Iftire anglais, regardait l'Église anglicane comme un i'moyen de gouvernement, et il se mit à ta substituer 'en souH-main aux Églises presbytériennes; ce n'était tour de passe-passe aisé; le premier succès fut lat d'un des ministres de New Nork : on l'envoya j
passer les vacances en Angleterre; Tévêque de Londres l'y ordonna; à son retour le gouverneur changea le titre et les administrateurs de son église; c'était la seule de langue anglaise dans la ville : les fidèles continuèrent d'y aller, et se trouvèrent anglicans sans le vouloir, mais sans s'en fâcher. Les difficultés pratiques tenaient beaucoup de place dans Tesprit des colons, et ce n'était pas seulement les ministres, mais les congrégations, que le gouverneur séduisait parfois par des avantages d'argent. A Jamaïca, l'installation de l'Église officielle se fit sans trop de peine; c'est un Anglican qui nous la raconte: « M. Hobbart, leur ministre presbytérien, revint à Jamaïca le samedi où j'y arrivai et m'envoya demander si je prêcherais le lendemain ; je dis que oui. Le dimanche matin la cloche sonna comme d'habitude, mais avant le dernier coup M. Hobbart était entré dans l'église et avait commencé son service.... J'allai droit à son banc, croyant qu'il céderait la place puisque j'avais l'ordre du gouverneur d'offi^ cier, mais il refusa de s'interrompre. L'après-midi j© pris les devants, et commençai le service anglican avant sa venue; il fut si surpris de me voir en chaire qu'il tourna les talons et s'en fut dans un verger prè^ de là, puis fit dire dans l'église qu'il prêcherait souB un arbre. Je remarquai des chuchottements, un^ gêne, des gens qui sortaient, d'autres étonnés qui nO savaient que faire. 11 en revint s'asseoir qui étaient sortis; on remuait et on passait les sièges, de maiOj en main, on les sortait et on les rentrait.... Enfin il resta à peu près moitié delà congrégation.... Le goi verneur me remerda... défendit à M. Hobbart d( prêcher dans cette église, qui ayant été bâtie par ui
taxe publique appartenait à l'Église officielle, el le menaça des sévérités de la loi pour avoir Iroulilô le service divin, mais lui pardonna sur sa promesse de rester en paix. » A East Chesler ce fui plus simple. « Sur Tordre du gouverneur, écrit le même minisire anglican, j'y allai prêcher, mais quoique je fusse là de bonne heure, le ministre presbytérien avail commencé le service et ne s'interrompit pas: l'après-midi on me laissa conduire le service anglican : M. Moruan (le ministre presbytérien) était là, et ni lui ni les gens ne parurent mécontents. Après quelque temps ils me demandèrent de venir plus souvent, et je décidai d'y officier une fois par mois : je l ai fait depuis trois ans, et maintenant M. Morgan s'est retiré dans la Nouvelle- Angleterre. » La facilité même du changement en montrait la vanité : si les colons l'accep- L laient de si bon gré, c'est que ce n'était pour eux qu'un changement de nom; par eux, l'esprit local i entrait dans TÉglise anglicane, plutôt que Tosprit i anglican n'entrait dans la colonie; l'Eglise métropo- . lilaine se surajoutait des branches où coulait une sève coloniale; elle finit par être, outre-mer, « vaincue par sa conquête », et tandis qu'elle avait cru anglicaniser TAmérique, c'est elle qu'on avait commencé d'américaniser.
L'opposition au gouverneur de New York ne commença que vers 1706, après la formation du « prcskylère de Philadelphie ». De là date l'Église presbytérienne des États-Unis : jusque-là il n'y avait eu ÎDe des communautés isolées, qui n'avaient con- •cience ni de leur force ni de leur principe. La 'feislance au gouverneur fut d'ailleurs la suite mais «On le motif de la fédération presbytérienne de
1706 : celle-ci ne fut d'abord qu'une mutualité, dont le but n'était que l'échange de bons offices entre des ministres voisins. Elle n'avait pas de juridiction sur ses membres, elle ne se rattachait à aucune Église, à aucun synode d'Europe. Les premiers documents qui en parlent la nomment seulement « une réunion de ministres ». La première séance ne comprenait que trois ministres (29 décembre 1706). « Notre dessein, écrit l'un d'eux, est de nous réunir une fois l'an, et plus s'il le faut, pour discuter les meilleurs moyens de faire progresser la religion dans nos communautés respectives, et pour établir des relations qui développent notre talent professionnel en nous fixant un texte sur lequel deux d'entre nous prêcheront à chaque séance, après quoi leurs confrères feront la critique de leur discours ». Cet embryon de synode devint le point de ralliement de tous les ministres presbytériens dans les États du Centre • sans souci de dogme ou de secte, par simple esprit de solidarité et de perfectionnement mutuel, l'Église presbytérienne des États-Unis était fondée.
La période typique de son histoire est celle de 172? à 1758 : c'est, au dedans de l'Église presbytérienne, la lutte de la religion américaine, toute pratique et toute conciliante, contre les tendances, sectaires et dogmatiques, qui s'infiltrent d'Europe; c'est le. triomphe, après tant d'années, de l'esprit social du Nouveau-Monde sur l'esprit scolastique du Vieux Monde.
L'Eglise presbytérienne du Centre, depuis sa naissance de hasard, se complaisait dans la même indifférence dogmatique que les Églises congrégationna listesdu Nord. En 1718 les Presbytériens d'Angleterre,
SS
divisés par le dogme de la Trinité, se séparèrent en deux camp?, les uns pour, les autres contre l'adhésion écrite des minisires à chaque article de foi. Le Synode américain siégeait alors à Philadelphie ; soucieux de ne pas prendre parti dans un conflit dogmatique, il choisit pour correspondant à Londres le plus neutre des pasteurs anglais, l'arbitre des deux factions, le docteur Calamy. La question de la signature des articles par les ministres, souvent soulevée en Angleterre, ne l'avaUjamais été en Amérique. Le seul désaccord de l'Église américaine avait été un débat de morale, sur l'indulgence du Synode envers un ministre fornicateur; il s'était conclu par un vole de conciliation, qui ne réglait que la question de discipline en litige et accroissait non l'autorilé dogmatique mais les droits disciplinaires du Synode.
Jusqu'en 1127, on ne s'avisa pas de demander aux lainislrcs autre chose qu'une adhésion générale à la Profession de Westminster « comme contenant la somme el substance de la doctrine » : formule qui laissait place à toutes sortes d'interprétalions, sans que d'ailleurs l'idée vint à un seul Américain d'en introduire de nouvelles.
U fallut un nouveau venu d'Ecosse, J. Thomson, pour proposer qu'on signât les articles. Tous les Américains du synode déclarèrent sa demande « impolitique et tendant aux divisions ». Ils en empêchèrent deux ans la mise à l'ordre du jour, et, en 1729, Dichinson exposa les motifs do leur libéralisme. « On aurait peine à rencontrer, dans la primitive Église, une demande el moins encore un ordre de signerJ aucune formule, quelle qu'elle fût. On avait d'autrem moyens de découvrir les hérésies et de se défendtel
des adversaires. Le Concile de Nicée imposa une profession de foi; qu'en résulla-t-il? des schismes, des convulsions, des désordres, jusqu'à ce que l'Église s'émietlâten parcelles, qui s'anathémisaienl entre elles. Les Églises de la Nouvelle-Angleterre, depuis leur première fondation, n'ont rien signé; elles n'en gardent pas moins leur foi et leur charité. La signature ferme l'Église aux plus scrupuleux, sans démasquer les hypocrites. La Confession de Westminster reconnaît que Dieu est le seul maître de la conscience, et je dois vous dire que de souscrire à cet article et d'imposer ceux qui le suivent est une éclatante contradiction ». Dickinson, ici, contre un dogmatique écossais, invoque l'exemple des Puritains de la Nouvelle- Angleterre ; contre un membre de sa propre Église il se sert de l'expérience d'une Église voisine; c'est le signe que déjà toutes les sectes d'Amérique sentent entre elles quelque chose de commun, plus proches parfois l'une de l'autre que chacune ne l'est de soa Église-mère d'Europe : l'esprit propre de la religion nationale est déjà né.
Dickinson tenta de détourner du terrain dogmatique sur le terrain moral le rigorisme du Synode. U proposa, au lieu delà signature, un examen strict des candidats, des mesures de rigueur contre les pasteurs scandaleux, et une formule qui ferait une obligation aux ministres de la vigilance, du dévouement et du travail. Tous les Américains du Synode furent avec lui. Mais le manque de ministres dans les colonies en avait amené beaucoup d'Irlande et d'Ecosse: pleins des superstitions dogmatiques d'Europe, ils se rangèrent avec Thompson. Le groupement se fit par nationalité ; l'Américain Andrews soupçonnait le parti
iiropéen de vouloir « recracher » le clergé indigène;
nomme les non-signalaires « nos compatriotes ». \\. avec le sens pratique qui rendra toujours les sectes d'Amérique si tolérantes l'une de l'autre, il ajoute : « N'était le scandale, je ne serais pas trop contre la scission, car les gens de môme race semblent se plaire plus entre eux et faire mieux quand ils sont laissés à eux seuls. Ma congrégation .se compose de diverses nations et c'est une grande difficulté pour moi. » Au fond du schisme il va y avoir une incompatibilité de tempérament entre Européens et Américains; si ceux-ci prennent leur parti de la brouille, c'est qu'en gens d'action ils se soucient peu d'une unité factice de croyance entre des caractères qui divergent; et si la scission prend l'apparence dune controverse dogmatique, ce va être malgré eux, par l'obstination théologique des nouveaux-venus d'Europe.
Le schisme ne se fît pas tout de suite; on fit une sorte d'accord, qui allait durer sept ans. Les Américains en prirent l'initiative, et leur chef Dickinson en rédigea la formule, dans VActe d'Adoption (1729). Ce n'était pas qu'ils se souciassent, par des articles de foi marchandés, d'échafauder une croyance commune; beaucoup, comme Andrews, auraient vu sans ^fop de regret la scission; s'ils se mirent en peine pour garder l'Église une, ce ne fut point par des motifs Religieux, ce fut par politique et par patriotisme. Us Églises d'Amérique, dès l'origine des colonies, ivaient accueilli les émigrés pour les enserrer dans Sur discipline, et les accoutumer à leurs mœurs ; Iles faisaient d'eux des fidèles pour faire d'eux des iloyens. L'Église avait toujours été aux États-Unis,
comme elle Test encore, Toi^ne d'assimilation. EU s'élail toujours servie de la parole divine pour donne réducatiou civique. Un schisme, excluant de la communion presbytérienne les derniers venus de ses membres, en aurait interrompu la mission, qui était de les transformer; en s'amputant de ses adhérents étrangers pour préserver ses traditions nationales, elle aurait renoncé à la plus nationale d( toutes, celle d'assimiler les étrangers. Pour protégei son esprit, elle aurait paralysé son action : c'était s( détruire, en un pays où chaque secte ne se légitime que par ses services publics. Souffrir un schisme pai nationalité, c'était morceler l'Église américaine ec Eglises anglaise, écossaise, irlandaise, galloise; etec morcelant l'Église, c'était préparer le morcellemenl de l'État. La croissance des Colonies était si brusque que c'en était comme la naissance qui se prolongeait, et dans les colonies grandissantes comme dans les colonies naissantes, la cohésion ne se maintenait que par la subordination de la religion à la cause de l'unité nationale.
Ce fut pourquoi le parti de Dickinson fit tant d'ef* forts pour empêcher la scission. L'Acte d'adoption de 1729 eut pour modèle l'acte de paix de 1720 qui avail évité le schisme en Angleterre, et tous deux reposenl sur la confession de Westminster : mais ce que l'Acte d'adoption a en plus, c'est un préambule, et le préam* bule, glissé là par les Américains, n'est là en quelque sorte que pour détruire ce qui le suit, et pour dénie! au Synode ces fonctions de tribunal dogmatique ei vertu desquelles il avait rédigé l'acte. « Bien que 1 Synode ne prétende à aucune autorité en matière de /oî et soit disposé à admettre dans les ordres sacrés tou
LA MORALE aKCTRE LE DOGME 59
ceux dont nous avons lieu de croire que Christ les r»''vrr»i dans le royaume du ciel,.. », celte sorte de parenihèso recooDaîtropinion publique, au lieu du Synode, comme juge des fidèles; et la moralité visible, au lieu de la doctrine abstraite, comme signe d'orthodoxie. ApK*s avoir fait au parti dogmatique la concession d'un acte de foi, le parti américain affirme, jusque dans le préambule de Tacte même, le vieux dédain national du dogme.
La teneur même de l'acte de 4729 engage moins les consciences que ne les engageait Tac le anglais de 1720. Il ne confirme la confession de Westminster que « dans tous les articles essentiels et nécessaires », qu'il ne spécifie même pas. 11 ne lie pas d'avance, par une formule, les générations à venir. Il leur peroiettra plus de rigueur ou plus de relâchement selon 'intérêt de TÉglise; par là Tesprit en est tout pratique; il « recommande à tous les membres les instructions annexées à la confession de Westminster, ifin qu'ils les observent d'aussi pt^ès que les civcousances le permettront et que la prudence chrétienne le Conseillera, »
Sept ans plus tard, en 1736, les ministres d'origine riandaise ou écossaise eurent la majorité au Synode, H cassèrent Tacte de 1729, qu'ils ne jugeaient pas issez dogmatique. Le chef du parti américain était ibsent; mais la prudence de ses partisans évita le ichisme. Avec beaucoup de sens pratique, ils se conentèrent de ne pas tenir compte de la décision de eurs adversaires et d'attendre les événements. La orce d'inertie qu'ils opposaient à toutes les provocaions théologiques eût sans fin reculé le schisme s'il l'avait surgi des divergences d'ordre moral. Il fallut,
H 60 LA REUdtON DANS Li. SOCIÂTÂ AUX ÊTATS-imiS I pour scinder l'Église presbytie ricnne, la naissance du f mélhoditime, qui était moins une doctrine qu'une
■ discipline.
I Le mélhodisme, c'était la réforme des mœurs. 11
■ eéduisit du coup l'esprit moral des Ani(^rîcains. Un I seul mélhodisle avait proche en Amérique, dans I rÉglisc hollandaise du New Jersey, et déjà un minisire ►■ presbytérien, touché de son rigorisme, TaisaiL voter r par le Synode une règle ecclésiastique plus sévère ;
■ « Le Synode exhorte toutes les congrégations à prendre ^ des soins spéciaux pour n'admettre au ministère sacré ft aucune personne relâchée, négligente ou irréligieuse; B à s'informer minutieusement des conversations, de la C conduite et des mœurs des candidats; à examiner les m cas où ils ont éprouvé dans leur cœur l'efTel de ta p grâce sanctifiante..,. Et le Synode recommande sérieu- Isemcnt et solennellement à tous les ministres un zèle l profond, constant, actif, pour mériter l'approbation f'de Dieu, celle de leur propre conscrence et celle de E leurs auditeurs, en fidèles propagateurs des mystères I divins et des conversations saintes et exemplaires, o F Si l'Église presbytérienne n'avait compté que des l:Âméricains, elle eût glissé entière et intacte dans lo W méthodisme. Mais le parli irlando-écossaia, au rebours I du parti américain , afTocIait autant d'indulgence I pour les mœurs que de sévérité pour les croyances.
■ Il prolita des excès mystiques de quelques illuminés I pour condamner l'enthousiasme moral de tous les I méthodistes ; il dénonça leur relâchement dogmatique ■'pour déconsidérer leur rigorisme de conduite; et en ■4741, ayant la majorité au Synode, il vota leur exclursion de l'Église.
r Sur les il mîni.streB presbytériens, 22 seulement
avaiesL assisté au concile. Déjà en 173C l'absence du parti américain avait permis un vole de rupture. Le peu d'assiduité aux séances des prêtres indigènes marque chez eux plus de souci des devoirs paroissiaux que des débats Ihéologiques,
Cette foison attaquait les Américains dans ce qu'ils avaient de plus à cœur, dans leur discipline. En face du Synode presbytérien de Philadelphie ils formèrent celui de New York, qui fut le commencement de l'Église méthodiste, lia déclarèrent, dans l'acte de constitution,» quequiconqueaurait les connaissances nécessaires et serait orthodoxe do doctrine, réglé dans sa vie, vigilant dans ses efl'orts pour le progrès delà sainteté qui vivifie et so soumettrait â la discipline, serait cordialement accueilli parmi eux. « Le terme d'orthodoxe souffrait une large interprétation et l'acte était un libéral appel à tous les gens de bonne volonté. Avec la largeur d'esprit des gens pratiques, ils mirent l'intérCt commun des deux factions au-dessus de leurs rancunes et nommèrent deux de leurs membres pour s'entendre avec le Synode adverse u sur les mesures les plus propres à servir les précieux intérêts du royaume de Christ ».
Le Synode irlandais et écossais de Philadelphie était la première Église qui tentât d'importer le dogmatisme en Amérique : il eut bien de la peine à se recruter, faute de minisires dans le pays qui se souciassent de signer leurs articles et il échoua dans l'établissement d'un collège, tandis que les métbodisles qu'il avait exclus ne cessaient de développer j leur séminaire cl quadruplaient en quinze ans \&M nombre de leurs pasteurs et de leurs lidèlus. I
Le Synode de Philadelphie, menacé d'extinction J
62 LA RELIGION DANS LA SOCIÂTé AUX ÉTATS-UNIS
fil toul pour ramener à lui ceux qu'il avait rejetés. I consentit en i758 à un « Plan d'Union » plus toléran encore sur le dogme que celui de 1729; non seulement il rétablissait la distinction des articles facultatifs et des articles indispensables, dont il laissail juges les conciles à venir; mais il stipulait qu'en cas de dissentiment trop grave le dissident, après une discussion modérée, se séparerait en paix, et substituait le retrait volontaire à l'exclusion.
Les méthodistes rentrèrent donc dans l'Église presbytérienne, aux conditions qu'ils avaient voulues. C'était le triomphe du rigorisme moral sur le rigorisme théologique. Cette réforme d'elle-même valut à l'Église une période de progrès. Douze ans plus tard, les congrégations de la Caroline du Sud demandèrenl à s'y unir, et comme elles tenaient à des conditions libérales, on leur répondit qu'on prenait « l'Églisi d'Ecosse pour modèle en général^ mais sans recon naître d'autres actes d'elle que la confession de Westminster et qu'on se réservait d'établir pour son propre compte des règles conformes aux principes presbytériens, à mesure que les circonstances en montreraient l'utilité ». Peu d'années plus tard, le Synode compi^ nait plus de 130 ministres.
La victoire des traditions américaines sur les superstitions européennes était définitive. Quand le grand Synode presbytérien de 1788, sous le titre de Synode de Philadelphie et de New York, revisa la confession de Westminster, il y adjoignit un préambule qui est comme la formule des religions toutes morales du Nouveau-Monde : « Le Synode est d'opinion unanime... que la vérité a pour but la vertUy et que la pierre de touche de la vérité est de servir à la sainteté^
elon la régie de Notre Sauveur, nous les ronnaitrons
i leurs fruits,... Qu'il y a un lien indissoluble entre la
foi et la pratique, la vérité et le devoir, parce qu*au-
Irement il serait sans importance de découvrir la vérité
ou de V embrasser.... Que tout en jugeant nécessaire,
en vertu du principe ci-dessus, que tous ceux qui
enseignent la religion aient une foi saine, il croit
pourtant qu'il y a des vérités et des formes à Tégard
desquelles peuvent différer les hommes de bon caractère
et de bons principes; que c'est le devoir des chrétiens
et des sociétés de pratiquer à cet égard une tolérance
réciproque. »
Dans la formule d'interrogatoire que rédige le Synode, pour les questions à poser aux candidats, un seul article a trait à la foi, et ne stipule qu'une reconnaissance générale de la confession de TÉglise : «Admettez-vous et adoptez-vous sincèrement la confession de cette Église comme contenant le système de doctrine des saintes écritures? » tandis que les cinq autres articles insistent sur des questions de discipline et de caractère. Voici le cinquième : « Avez-vous cherché le ministère par un sincère désir de servir la gloire de Dieu? » Voici le septième : « Vous engagez- Vous à être Adèle et vigilant dans l'exercice de tous Vos devoirs privés et personnels?.... à essayer d'orner par votre conversation la profession évangélique, et à marcher avec une piété exemplaire devant le troupeau Jont Dieu vous fera le pasteur. »
Un adversaire du Synode, membre de l'Église rÉcosse, en juge ainsi l'esprit : « Ce Synode est le :orps le plus nombreux de presbytériens aux États- Jnis; il comprend des ministres et des fidèles de livers pays; aussi diffêrenl-ils de sentiments et d'es-
64 LA RELIGION DANS LA SOaÉTÉ AUX ÉTATS-UNIS
prit en matière de foi. Ce semble un principe admis parmi eux que tout ce qui est contesté entre gens pieux et instruits ne puisse être une condition de communion, et ils vivent en paix ensemble malgré leurs sentiments qui divergent.... Ils ne reconnaissent pas au régime presbytérien un droit divin; aussi admettent-ils dans leurs chaires les ministres des Églises épiscopaliennes, indépendantes ou baptistes, pourvu qu'ils aient un vif éclat de piété. » En 1783, les Synodes unis de Philadelphie et de New York firent cette déclaration : « Comme on a représenté au Synode que T Église presbytérienne souffre grandement dans Topinion d'autres dénominations, par la crainte qu'on éprouve qu'elle ait des principes d'intolérance, le Synode, solennellement et publiquement, déclare qu'elle a toujours abhorré et abhorre encore les principes d'intolérance. »