‹ La religion dans la société aux États-UnisChapitre 15 sur 67 · LA REUOION AUX ÉTATS-UNIS. O · texte numérisé non relu

LA REUOION AUX ÉTATS-UNIS. O

enfer, et Dieu vous demandera compte de notre sang. Elle le pressa de commencer tout de suite, dans & maison et devant sa famille. Elle sortit et rameni quatre personnes, qui furent le premier audiloin (1766). Quand Embury eut assez d'auditeurs, on bâtil une salle avec un foyer et une cheminée, pour éluder la loi qui mettait les chapelles sous la juridiction de rÉglise anglicane; Embury, qui était bon charpentier, travailla au gros œuvre et fît lui-même sa chaire. Peu après, Wcsley envoya d'Angleterre quelques prêcheurs. Les livres de la fabrique portent encore inscrites les dépenses qu'elle fit pour eux : un chapeau de castor, une capote, une malle, un compte de barbier, des affranchissements de lettres : ces Églises naissantes étaient des administrations scrupuleuses; c'est ainsi que dans les premiers registres de Boston le nombre des verres de liqueur bus aux Conciles est noté, avec le nom des membres qui les ont bus.

Les groupes de méthodistes évitaient la juridiction de l'Église anglicane, pour garder toute liberté d'action ; mais ils en menaçaient si peu les dogmes qu' Baltimore le plus éloquent d'entre eux, Kirg, fut invité à prêcher dans la cathédrale. Mais il « se servi avec toute sa force de sa voix de Stentor » et « fi voler la poussière des vieux rideaux de velours ». fut la seule cause, semble-t-il, qui empêcha de Tin viter de nouveau, et Wesley averti lui écrivit : « N criez plus; il est dit de notre Seigneur : Il ne crie pas. » Lee, l'historien méthodiste, définit bien la posi tion de son groupe : « Nous n'étions qu'une société religieuse, non une Église. N'importe quel memb de n'importe quelle Église, s'il voulait se conforma à nos règles et joindre notre classe, était libre

ut MORALE SANS DOGMES DO UETHOniSHE 67

rester dans sa propre Eglise. Couime beaucoup des nôtres avaient été élevés dans l'Eglise anglicane, surtout ceux du Maryland et de la Vii^inie, ou leur recommandait d'aasisteraux ollîces de cette Église et de recevoir les sacrements des mains de ses prêtres; car l'Ëglise était alors officiellement établie dans ces provinces, et les minisires soutenus par des taxes publiques. Sur beaucoup de points il n'y avait, à cent milles à la ronde, personne pour baptiser, qu'un ministre de l'Église établie. »

Les méthodistes étaient cortimc une flanc-grarde des autres Églises. Ils avaient plus de prise que lesmiais- 1res réguliers sur les classes qui sont un peu en marge de la société. On leur savait gré d'épouvanter les endurcis. Ceuxd'entre eux qui prêchaient dans les prisons recevaient accueil, pendant leurs tournées, des Presbytériens et des Quakers. Ils formaient une sorte de police spiritueUe, mobile, alerte, dont les Églises appréciaient les services. Les esprits sages excusaient les extravagances de leurs n réveils " par les conversions qu'elles obtenaient dans les milieux grossiers, » Des gens sans égards pour Dieu ni hommes, jiireurs, menteurs, ivrognes, suppôts de combats du coq, de jeux de cartes, de courses de chevaux, sont ■ changés jusqu'à devenir des hommes, et pleins des louanges de Dieu. » Il ne s'agissait guère, avec cette clientèle, de subtilités théologiques. On se servait des méthodistes pour les efTets de terreur qu'on jugeait rois à propos de produire. Un jour, à un enterre'

quelques centaines de personnes assistaient, (tre angbcan venait de prêcher un sermon

È, et doux; mais un orage s'était amoncelé, nuages lourds pesaient sur Tégliso, et la foule

s'y réfugia de la rue, s'écrasant jusque dans les recoins ». Devant une telle occasion de haranguer les profanes, le ministre offrit la parole à Abbott, qui monta sur un banc; dès qu'il parla, des coups de tonnerre terribles se succédèrent, et des éclairs incessants illuminaient la salle. Pendant une heure qae dura l'orage, il interpella les assistants, qui criaient et se cramponnaient les uns aux autres dans une terreur mortelle. Beaucoup se convertirent.

Il ne fut question qu'en 1778 de faire du méthodismc une Eglise. Parmi les méthodistes, les uns étaient favorables, les autres hostiles à la mesure; mais les uns comme les autres s'inspiraient de rai* sons toutes pratiques. Une conférence réunie dans le Sud prit sur elle de nommer un comité dont les membres s'ordonneraient eux-mêmes, de façon à pouvoir conférer ensuite l'ordination à d'autres; ses élus furent les premiers ministres du méthodisme, qui n'avait jamais eu que des prêcheurs. Celle ordination par génération spontanée n'était, au point de vue dogmatique, guère orthodoxe; elle passa comme une mesure d'utilité publique; la Révolution aval dépeuplé le Sud de ses pasteurs anglicans; les fidèl étaient privés de la communion et du baptême; oaj traversait une crise sociale; les méthodistes improvi sèrent des ministres comme un gouvernement i salut public improvise des fonctionnaires.

Leurs coreligionnaires du Nord s'alarmèrent, no par scrupule théologique, mais par crainte de heurl TEglise établie, qui leur faisait plus d'avances qu' jamais, et dont le recteur le plus en vue venait leur faire bâtir une chapelle. Les méthodistes d Nord, à la conférence de Baltimore, avaient répond

par ie vole " oui " à celle question : « Devons-nous mainlenir nos relations élroîtcs avec Tliglise [anglicane] el exhorter nos fidèles à une plus intime communion avec elle. » Us trouvaient de lels avantages ù celle enleule qu'ils aimèrenl mieux se séparer do leurs frères du Sud que de rompre avec les Anglicans; et cette séparation allait se faire, quand la journée de jeûne qui précédait les actes graves fit descendre en eux l'esprll de temporisalion; ils remirent la scission à l'année siiîvanle; et dans l'intervalle les gens du Sud se laissèrent ramener à l'ancienne conception d'un méthodisme sans clergé. C'avait été si bien le besoin matériel de ministres qui les avait poussés à en faire, que Wcsley, cinq ans plus tard, reconnut la privation des sacrements dont ils soulTraient, et se déclara n providentiellement appelé n à ordonner pour eux quelques pasteurs. L'Église anglicane ne leur en tint pas rigueur, et invita à prêcher l'envoyé même de Wesley.

Le méthodisme ne discuta jamais les credos : il discutait les mœurs. Il fui une morale, non une doctrine. Li'i fut la cause de son triomphe.

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