CHAPITRE XXV
La coopération des Églises.
« Diversité de croyance, uninimité d'action. »
FÉLIX Adler.
Comme l'a forlemeot dit M. Adler, le dogme divise, la morale unit. Quand les Églises se soucient plus de la vertu que de la doctrine, elles sentent que leur cause est commune et qu'elles mènent la même caml)agne contre le mal : elles ont Tinstinct de se serrer entre elles et de faire corps pour la lutte. Le Parlement des Religions de l'Exposition de Chicago ne fut pas une bizarrerie d'exception : ce fut le symbole de la tendance permanente qui rapproche toutes les Églises. Il se perpétue dans le « Congrès des religions libérales », tenu chaque année dans une ville de l'Ouest, et composé de protestants, de catholiques, de juifs, de déistes.
La Conférence religieuse de l'État de New York est une Organisation permanente, qui compte se réunir chaque année, et donner aux autres États l'exemple de confédérations semblables. La session de 1900 a" réuni des représentants de onze sectes, y compris des
Juifs; les séances de jour se tenaient dans le « 1 ment des Charités réunies », qui est un bâtiment laïque, el celles du soir, dans diverses églises à tour s rôle. Dans une même journée, la conTérence discuta les sujeLs suivants : « Religion, vie de Dieu dans l'âme de l'homme », « Les possibilités d'un culte commun », « Les idéals politiques delà Bible », « Les devoirs d'un peuple conscient d'une mission morale », a Les classes dangereuses dans une République », « La religion, principe vital d'une démocratie ». Parmi les orateurs inscrits, il y avait dix pasteurs, cinq présidents d'Universités, un membre du bureau de recensement, un contrôleur des finances, deux autres laies. Un court service avait lieu aux séances du soir : comité, formé de deux pasteurs et d'un rabbin, avait préparé un petit « manuel de culle en commun m : il se composait de prières tirées des offices juifs, de fragments de la liturgie cbrélienne, ancienne et moderne, d'extraits de l'Écriture adoptés par les Juifs, les Chrétiens et les Sociétés morales. Les services ressemblaient à ceux des navires Iransallantiques, où les pasteurs présents conduisent pour tous les passagers des offices d'un caractère neutre, et où parfois un prêtre catholique préside aux prières d'une assemblée surtout protestante.
Le secrétaire général parla « de l'idéal, de la propagande et du but de la conférence ». « La distinction entre la religion et la théologie, dit-il, est reconnue par tout le monde. La religion unit ce que la théologie divise. La vraie religion n'est que la lumière d'en haut, et tous ceux qui aiment dévotement leur créair peuvent croire dans l'unité de toutes les religions. Là est le but auquel la Conférence incite tout j
le monde à coopérer. » m Le but, dit un autre orateur, c'est Tunité sans le moindre effort vers Tuniformité. Il n*y a qu'une religion.... Les murs qui nous divisent sont déjà si bas que nous pouvons voir pardessus et remarquer la fertilité des champs de Fautre côté. »
L'esprit d'association, d'organisation et de centralisation, si puissant en Amérique, a inspiré, dans les derniers jours de 1900, une entreprise encore plus vaste. Le 3 décembre, une réunion privée de méthodistes, baptistes, presbytériens, congrégationnalistes, réformés, anglicans, arrêta le plan d'un grand mouvement national d'évangélisation en l'honneur du début du XX* siècle. L'organisateur, M. Hall, qu'on nomme « Tévangéliste homme d'affaires », avait reçu l'assentiment des autorités les plus éminentes en matière de coopération religieuse; le président du Bureau américain des missions, le secrétaire général du Bureau presbytérien des missions, le secrétaire général de l'Union baptiste américaine de jeunes gens, le président de la Société Internationale de l'efTorl chrétien, un représentant du Comité international de l'Union chrétienne des jeunes gens, la présidente de la Société des « King's Daughters » étaient présenfs ou avaient promis leur coopération. La nouvelle organisation compte agir par le moyen de celles qui existent, en en stimulant et en coordonnant les efforts; elle désire entrer en rapport avec toutes les œuvres religieuses du pays. Elle se constituera sur le modèle d'un grand parti politique national. Un comité national siégera au quartier général, et nommera des comilés| ?^ d'Etat, puis des comités pour les subdivisions moin-l^c dres. Elle sera neutre entre toutes les doctrines. Ellcl"!,