LA RELIGION CIVIQUE DBS PURITAINS
riSpondil elle. Il n'en fallut pas plus pour un revirement de la cour, la tournure du proct'-s changea : » Le cas est inainlenaal tout autre, ■> dit le gouverneur; l'illustre Collon fut mis au défi do défendre sa protégée; quand il essaya de l'excuser, lo gouverneur l'interrompit en lui criant : » Vous me lassez. » L'idée d'un individu préféré de Dieu exaspérait ces fanatiques de la solidarité sociale. Le même gouverneur, au même moment, dans les mêmes termes que Mrs IlutchiDson, invoquait le même secours divin : « Le cas, disail-il, ne dépend plus de nous, je découvre UD miraculeux effet de la Providence dans le tour que Tiennent de prendre les choses » : il semblait tout simple que Dieu intervint en faveur de l'Assemblée, qui représentait la colonie, mais scandaleux que l'accusée le fit intervenir à son profit. 11 était le Dieu d'Israël, le Dieu de tous et non le Dieu de chacun. Le danger social des révélations individuelles était présent k l'esprit des juges. « Cela renverse tout, dit le gouverneur : les désordres d'Allemagne ont tous eu pour point de dépari des révélations; ceux qui les ont propagées ont excité leurs auditeurs à prendre les armes contre leur prince et à se couper la gorge les uns aux autres, n La condamnation de Mrs Hulchinson ne fui pas une persécution religieuse : ce fut une mesure politique.
Leur politique avait d'autant plus besoin de leur rdigion que l'exil les alTranchissait de toute autorité Ou loi établie. Quand ils partirent, leur pasteur Robinson, que la maladie retenait à terre, mais qu'ils écoutaient comme un saint, leur expliqua dans son message d'adieu la nécessité d'investir leurs magistrats d'une sorte de droit divin. <■' Vous voici devenus,
disait-il, un corps politique, pratiquant entre vous k gouvernement civil, sans aucune personne d'une éminence spéciale pour occuper les postes; montrez donc votre sagesse et votre piété (les deux mots sont inséparables, car la dévotion ici est de la prudence) en accordant à vos élus tout Thonneur et toute Tobéissance qui leur sont dus, considérant en eux non la médiocrité de leurs personnes, mais Tinvestilure qu'ils ont reçue de Dieu pour votre bien. Car, vous le savez, cette image du pouvoir et de Tautorité de Dieu que le magistrat porte en lui est vénérable* quelque humble qu'il soit. » La démocratie d'Am** rique s'est consciemment servie de la religion pour affermir la discipline sociale; de son origine lui est resté son caractère pieux.
On a dit du régime puritain que c'était une théocratie : c'en est une dans le sens de gouvernement de Dieu, non de gouvernement des prêtres : c'est derrière les magistrats que se tient Dieu. C'est la religion qui est au service de l'État, et non l'État au service de la religion. Le pouvoir civil a la suprématie, ou plutôt il est le seul. Le régime est une théocratie laïque. Le clergé ne forme même pas une classe. « La doctrine de la Nouvelle-Angletere était qu'un homme n'était pasteur dans aucun sens, soit avant son élection par une Église particulière, soit après qu'il avait quitté cette fonction spéciale; et que, môme durant sa charge, il restait un laïque pour tout le monde, sauf pour sa propre congrégation, et n'avait le droit d'exercer autre part aucune fonction ecclésiastique. Il n'était pas ordonné par d'autres ministres, mais par les administrateurs de son Eglise. » Devant la Cour, investie de la souveraineté nationale, chaque pasteur
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niilail qu'un cîtoyea; quand elle voulait se sorvir do Sun aulorilé personnelle, elle le faisait comparuilic I deTanlelte et lui demandait sod concours. Elle était le senllribuDal religieux, et jugeai! toutes les dissensions liéoloHiques, qui au fond en effet n'en étaient guère que de politiques.
Comme la vie politique et militaire, la vie écouonii(]ue elle-môme tire parti de la religion. Dès l'origine l'aulorilé religieuse appuie les mesures sociales, finaDcières, douanières. C'est que la vie morale et la ' ïie malcriclle semblent inséparables : « Dieu, dit I Johoson aux gens de Boston, vous enseigna â scnicr, j i moissonner, à rentrer en grange, à filer. >■ C'est lui •lui a appris à son peuple à « labourer avec deux I lœufB » et à u planter trente acres au lieu de quatre ». Comme c'est Dieu qui dispense la richesse publique, U religion doit veiller aux finances et au commerce. l' Si les (■ impies « vendent à un trop haut bénéfice, le [synode leur inflige un blâme. 11 discute les prêts à I inWrét, et en fixe les règles : » Toutes les lois, sauï ] la papiste, conclut-il, justifient le prôt à intérêt : ■d'ahord, la loi de l'utilité et delà néces.sité. La société I bumaine, dans son état actuel, s'effondrerait, si tout I prit à intérêt était impossible. >> C'est bien le lanliSsge d'un clergé soucieux de la réalité, et dédai- Uneux de cette loi papiste qui néglige les intérrêls d'ici-bas. La limite fixée à l'usure ne repose I sur aucun principe métaphysique, mais sur l'intérêt 'social : elle ne devient coupable que quand elle dis- I Pense l'usurier du travail, n C'est un péché, déclare 'e sjoode, que de vivre de rentes dans l'oisiveté sans rendre utile d'autre façon au public, » En 1039, un laoe fut pris à vendre Irop cher quelques objets
importés; on avait essayé de bien des lois pour Umil^^ le bénéfice des revendeurs, mais aucune n'avait duf^J aussi lui accorda-t-on des circonstances atténuantes,' mais quand la Cour Teut censuré, TÉglise de Boston le fit comparaître, et le pasteur Cotton prononça, en matière de vente au détail, des règles plus minutieuses et plus sévères que la Cour n'en pouvait émettre sur une question si délicate. M. Cotton déclara faux les principes suivants : qu'un marchand peut élever ses prix pour se couvrir d'un naufrage, qu'il peut régler son prix de vente selon son prix d'achat si le prix d'achat a été trop fort; et il établit ces règles : qu'on ne doit vendre qu'au prix courant; que si on encourt des pertes par maladresse, on ne doit pas se rattraper sur d'autres ventes, et que si on subit un naufrage, ] c'est un décret de la Providence dont il faut souffrir à soi seul. L'intervention de l'Église, qui faisait d'une vente au détail un cas de conscience, était utile dans, une société sans commerce, sans concurrence, où l'importateur parfois était le seul à connaître la valeur de ce qu'il vendait.
La colonie puritaine, comme la tribu juive, était une société en raccourci ; les contre-coups des affaires sur les mœurs s'y distinguaient comme en un diagramme; l'Église était ainsi amenée à s'instituer en chambre de commerce, et le petit nombre des habitants, en rendant les mesures plus aisées, les rendait plus tentantes. En 1630, à Boston, le pasteur pourvut aux moyens d'occuper, l'hiver, les hommes, les femmes et les enfants, parce que « l'oisiveté eût mené l'Église et l'État à leur ruine ». La naissance de leurs communautés en miniature a été pour les Américains une leçon de choses d'économie politique : ils en ont gardé