LA HELIGION DANS L ÉTERNITÉ
nous la verrons sans milieu, non pas dans un miroir; mais face à face et sans voile; nous la verrons en elle-même et dans le secret de tous les événements. Admis aux conseils de Dieu, nous saurons pourquoi le monde a été créé; nous verrons couler devant nos yeux ce fleuve du temps qui réjouit la cité du Très-Haut, en montrant dans chacun de ses flots un de ces événements innombrables qui composent les annales du monde et dont notre esprit essaya tant de fois de pénétrer le mystère. Nous connaîtrons la cause de toutes ces révolutions du giobe qui étonnent la science en la défiant. Nous verrons les ressorts secrets par lesquels la Providence a dirigé toutes choses à ses fins ; et dans les transports d'une admiration toujours nouvelle nous nous écrierons :
Seigneur, vous êtes admirable dans vos œuvres; vous avez tout fait avec nombre, 'poids et mesure *. Qu'en pensez-vous, hommes de la science; le ciel sera-t-il un séjour ennuyeux? Mais si vous vous épuisez pour l'ombre, d'où vient que vous ne faites rien pour la réalité?
Qu'est-ce que l'homme désire pour son cœur? Aimer et être aimé. Qui dira ce qu'il fait pour contenter cet impérieux besoin de son être ! Rien ne lui coûte pour être aimé :
1 Sap, XI, 21.
veilles, sacrifices, travaux, dangers, privations, la vie même, tout lui paraît doux, pourvu qu'il soit aimé. Il offre son amour à tout ce qui se présente, à l'or, à l'argent, aux honneurs, à ses semblables, aux animaux même. Il est heureux quand on veut bien l'accepter et lui rendre cœur pour cœur . Eh bien! le ciel est le complément, la satisfaction pleine, entière, éternelle de ce désir. Là nous aimerons la Beauté, le Bien infini, océan de toute beauté, source éternelle de tout bien, et en lui toutes les beautés et tous les biens créés.
Et puis, ce qui fait surtout le charme de ; de l'amitié est cette secrète sympathie, cette : liaison des âmes, magie merveilleuse qui ; produit entre certains cœurs un attrait si puissant qu'ils semblent faire effort pour se détacher de leur place et aller se joindre l'un à l'autre. Mais qu'est-ce en comparaison de la sympathie qui lie Dieu avec l'âme et une âme avec son Dieu ? Elle est si grande du côté de Dieu que c'est le désir de se joindre à elle qui l'a attiré du ciel sur la terre.
Elle est si forte du côté de l'âme qu'il lui est impossible d'être contente ni heureuse si elle n'est unie avec Dieu. Or, dans le ciel cette sympathie sera si puissante et si délicieuse qu'elle ira pour ainsi dire jusqu'à nous transformer en Dieu ; en sorte que nous
serons, suivant l'expression de l'apôtre saint Jean, consommés en lui, semblables en lui *. Consommés en Dieu, semblables à Dieu, concevez-vous un pareil bonheur? Qu'en pensez-vous , hommes qui brûlez d'amour, le ciel sera-t-il un séjour ennuyeux? Mais si vous vous épuisez pour l'ombre, d'où vient que vous ne faites rien pour la réalité ?
Cherchez encore quels sont les autres désirs de l'homme. La gloire, la puissance. Pour parvenir à la gloire, tous les chemins, quelque difficiles qu'ils soient, lui sont bons. Demandez au savant qui se consume dans de pénibles labeurs, au soldat qui va verser son sang- sur le champ de bataille, à l'ambitieux qui veille nuit et jour pour saisir le moment de la fortune : Que cherchez-vous ? Tous vous répondront : La gloire, la gloire! Sans elle la vie ne nous est rien. Eh bien! quelle gloire dans le ciel! Etre connu, estimé, aimé de Dieu même, des anges et des saints *. Sur la tête des martyrs, des docteurs et des vierges je vois briller une auréole immortelle, diftérente suivant les degrés du mérite et la distinction des vertus ', et sur la tête de tous les saints une couronne éblouissante qui ne sera pour personne un
1 Johan., XVII, 23.
'2. Clara cuui. lande uotitia.
3 S. Thomas, p. II, q. xcvi.
sujet de jalousie et qui fera la g-loire de ceux dont elle ornera le front immortel.
Et la puissance ! Impossible de dire avec quelle ardenr, dans ce siècle surtout, l'homme la désire. Interrogez les ruines, les fleuves de sang, les bouleversements dont nous som- | mes les témoins et les victimes, une voix en i sortira pour vous dire : Voilà ce que l'homme 1 fait pour arriver au pouvoir. L'histoire est pleine d'exemples qui montrent à quelles extrémités se porte la passion de dominer. On sait que Jules César avait souvent dans la bouche ce vers d'Euripide : Si jamais on peut fausser son serment, il faut que ce soit i pour régner; dans tout le reste comportez- * vous en homme de bien. Agrippine, mère de Néron, ayant consulté les augures sur la destinée de son fils, en reçut, dit-on, cette réponse : Votre fils sera empereur ; mais il fera mourir sa mère. N'importe, s'écrie-telle avec transport ; qu'il m'ôte la vie, pourvu qu'il règne.
Or, le ciel est la satisfaction complète et éternelle de ce désir de régner qui tourmente le cœur de l'homme. Associés au monarque des mondes et des siècles, les saints seront rois dans toute l'étendue du mot. Ce que le Tout-Puissant peut par lui-même, ils le pourront par lui ; ils régneront sur leurs ennemis à jamais vaincus, le démon et ses anges, les méchants et leurs propres passions, en-
LA RELIGION DAxNS l'ÉTERMTÉ 219
fin sur tout ce qui existera. Domination, indépendance, honneurs, richesses, plaisirs, sceptre, couronne, tout ce qui est Tapanage de la royauté sera leur apanage, et cela sans contestation, sans crainte et sans limites.
Ainsi, ce qu'est la lumière à l'aveugle qui Ta entrevue et qui brûle de la voir dans tout son éclat, le Ciel l'est à l'homme; ce qu'est la santé au malade qui souffre de cruelles douleurs, le Ciel l'est à l'homme; ce qu'est la paix au malheureux qui, toute sa vie exposé à des embûches, a dû rester nuit et jour les armes à la main et vivre dans de continuelles alarmes, le Ciell'est à l'homme; ce qu'est à un roi déchu le retour sur son trône, le Ciel l'est à l'homme ; ce qu'est à un voyageur brûlé par la soif une source fraîche et limpide, le Ciel l'est à l'homme; ce qu'est à l'exilé le retour dans sa patrie, au sein d'une famille bien-aimée, le Ciel l'est à l'homme; enfin, ce qu'est à l'homme dévoré de désirs insatiables et toujours renaissants, à l'homme brisé de travaux et de douleurs, à l'homme condamné aux pleurs, aux infirmités, à la mort, exposé à des supplices éternels, la jouissance pleine, assurée, parfaite de tous les biens, le repos et l'immortalité du bonheur et de la gloire, le Ciel l'est pour le genre humain, et bien plus encore. Puisse le tableau si imparfait que nous tra-
çons de cette réhabilitation complète de notre nature et de toutes choses exciter dans les âmes le désir efficace d'y participer un : jour, nous faire redire à tous le mot du grand Apôtre : Non, toutes les peines, tous les sacrificices de la vie ne méritent pas d'entrer en comparaison avec le poids im- 7nense de gloire qui nous attend dans les cieuoo ^ !
Ajoutons que, pour conduire l'homme à cette félicité sans mélang-e et sans fin, la Religion ne lui demande que la permission de le rendre heureux sur la terre. Tel est en deux mots le résumé de cet ouvrage et de tout le christianisme dans le temps et dans l'éternité.
1 Rom., VIII, 18.
A LKTUDB
Suivre la religion dans sa lettre, dans son esprit, dans son histoire, dans son dog-me, dans sa morale, dans son culte, dans ses moyens et dans son but, depuis le commencement du monde jusqu'à nos jours et dans l'éternité, tel est le plan que nous avons esquissé dans cette introduction et développé dans les huit volumes du Cathéchisme de Persévérance.
Cette méthode présente, ce nous semble, plusieurs avantages.
4° Conforme à V ordre providentiel d'enseignement, elle rend l'étude agréable et facile en mettant la religion dans tout ce qu'elle a de plus convaincant et de plus aimable à la portée des plus faibles intelligences.
L'histoire est l'enseignement des faits. Or, toute la religion repose sur des faits; disons, mieux, la religion tout entière est un fait étendu comme les siècles, immense comme le monde, durable comme l'éternité. L'enseignement de la religion doit donc être his- ; torique.
De cet enseignement tout historique nous ' ne tirons pas seulement l'avantage d'être ; compris des jeunes chrétiens, mais encore celui de former leur cœur à la vertu en leur faisant faire connaissance avec leurs modèles et leurs pères dans la foi, les Patriarches, et les Prophètes, les Martyrs et les principaux Saints de tous les âges. Est-il un meilleur moyen de nourrir leur tendre imagination d'images gracieuses et pures, leur mémoire de souvenirs salutaires, et de leur tracer sûrement la route de la vie? N'est-ce pas leur faciliter l'intelligence des livres de piété et des instructions pastorales, oii l'on parle nécessairement des grands personnages de l'Ancien et du Nouveau Testament ou de l'histoire de l'Eglise à des gens qui souvent les connaissent moins que les héros de l'antiquité profane ou les divinités de la Fable ?
De là naît un autre avantage, remède efficace au naturalisme de notre siècle. En effet, cet enseignement montre aux moins clairvoyants la place importante qu'occupent dans le plan de la rédemption , par consé-
SUK CETTE INTRODUCTION 223
quent du bonheur même temporel de l'univers, les institutions catholiques, si peu connues, le sacerdoce aujourd'hui si dédaigné; les Saints, qu'on ose accuser de folie, et surtout ces Ordres religieux dont Tutilité si incontestable est néanmoins aveuglément contestée par les hommes d'argent, qui ne connaissent d'autres lois que celle de la mécanique, d'autre vie que celle du comptoir, d'autres associations industrielles et mercantiles.
2° Cette méthode dispense du secours laborieux et souvent inutile du raisonnement *.
Comme le meilleur moyen de prouver le mouvement c'est de marcher, ainsi le meilleur syllogisme en faveur du christianisme c'est de le montrer tel qu'il est. A quel homme de bon sens vint-il jamais dans l'idée de prouver la solidité des pyramides ? Ces masses imposantes se soutenant immobiles depuis des milliers de siècles, voilà la preuve de leur solidité. De même nous ne disons pas : Nous venons prouver que le
1 On nous rendra assez justice pour croire que nous ne condamnons pas le raisonnement et la méthode de discussion dans l'enseignement de la religion; mais nous croyons que la méthode d'exposition indiquée par saint Augustin est préférable. Tel est aussi l'avis de Tertullien, de saint Cyprien, de saint François de Sales; voyez son Esprit, sect. xvi, 3» part., c. i, p. 169.
christianisme est divin, social, bienfaisant ; que son dog-me est sublime, sa morale aimable et pure, son culte magnifique et touchant; nous nous contentons de dire : Regardez.
Quand du haut de la montagne solitaire, durant le calme parfait d'une belle nuit d'été, vous voyez la reine des astres s'avancer majestueusement sur l'horizon pour prendre possession de son empire, étincelant de myriades d'étoiles, demandez-vous des syllogismes pour croire à la magnificence des cieux? ne vous écriez-vous pas transporté d'admiration : Les cieux racontent la gloire de Dieu, et le firmament révèle Voavrage de ses mains *?
De même lorsque l'œil de l'esprit, embrassant Fimmense horizon des âges, contemple le magnifique édifice du christianisme, commencé à l'origine du monde, développant peu à peu ses gigantesques proportions, traversant immuable soixante siècles de tempêtes, survivant à la ruine de toutes les institutions humaines, triomphant avec une égale facilité des passions des peuples, des persécutions des rois et de la rage de l'enfer, comment ne pas s'écrier : Le doigt de Dieu est là ^ !
1 Psal. xvm, 1.
2 Exod., vra, 19.
Lorsqu'on voit toutes les parties de ce grand Tout si parfaitement liées les unes aux autres que toutes et chacune en particulier sont nécessaires à l'harmonie générale ; lorsqu'on voitcette religion toujours jeune malgré son grand âge, toujours en avant de la raison et de ses progrès, malgré sa miraculeuse immobilité : lorsqu'on réfléchit à ce fait immense, toujours ancien et toujours nouveau, qui rend compte de tout et sans lequel on ne saurait rendre compte de rien; en un mot, lorsqu'on voit le christianisme dans son majestueux ensemble, comment ne pas s'écrier : Ghef-d œuvre du Tout-Puissant ! merveille inexplicable à la raison! *
A quoi bon, après cela, l'art mesquin du syllogisme pour prouver sa divinité? Il serait bien à plaindre celui qui à la vue du ciel ne confesserait pas l'existence de Dieu; plus à plaindre serait celui qui à la vue du christianisme dans la magnificence de son histoire et de ses bienfaits ne tomberait pas à genoux et n'adorerait pas dans l'anéantissement de l'admiration et de l'amour.
Disons, avec un Père de l'Eglise, que la religion est une grande princesse, fille du ciel , toute rayonnante de clartés immortelles et à qui il ne convient pas de venir se mesurer en champ clos avec l'erreur, ignoble
1 Psal. cxvii.
produit de l'enfer ou des faiblesses humaines. \ C'est assez qu'elle se montre dans tout l'éclat de sa majesté; sa victoire est dans sa présence. Ajoutons avec un autre : « Sachonsle bien, discuter sur la vérité d'une religion ' que nous voyons confirmée par la déposition" sanglante d'un si grand nombre de témoins i est une chose fort périlleuse. Oui, il est fort ^ périlleux, après les oracles des prophètes, après le témoignage des apôtres, après les tourments des martyrs , de venir discuter la foi des siècles, comme si elle était née d'hier *. »
Du reste l'exposé complet de la religion renferme tous les raisonnements les plus concluants en faveur du christianisme puisqu'il établit d'une manière péremptoire la vérité de ces trois propositions, abrégé de toute démonstration religieuse :
1° Il y a une religion vraie, ou depuis six mille ans tous les hommes sont fous ;
2° Cette religion se trouve dans le christianisme, ou elle n'est nulle part;
3" Le Christianisme se trouve dans l'Église catholique, ou il n'est nulle part.
Si cette méthode large dispense de toutes
1 Noverimus quia non sine magno discrimine de religionis veritate disputamus, quam tantorum sanguine confirmatam videmus. Magni periculi res si, post prophetarum oracula, post apostolorum testimonia, post martyrum vulnera, veterem fidem quasi novellam discutere prsesumas. S. Max., Serm. de SS. Martyr.
les preuves particulières, elle rend aussi vaines et ricficules toutes les objections : avantage inestimable, mais exclusif de l'exposition complète du christianisme.
Etalez sur une table au yeux d'un ignorant tous les rouages qui composent le mouvement d'une montre; sur chaque pièce il pourra vous faire des questions et des difficultés sans fin. Il croira y voir mille défauts de précision et d'harmonie ; il en viendra peut-être jusqu'à nier la possibilité du mouvement. Dans tous les cas, les pièces restant éparses, jamais il n'en comprendra les rapports. Essayerez-vous de le convaincre par le raisonnement ? Vous voilà réduit à vous perdre , sur chaque partie, en explications et en démonstrations dont l'unique effet sera
E eut-être de vous fatiguer inutilement, d'emrouiller de plus en plus les idées de votre adversaire et de le confirmer dans ses fausses opinions.
Mais que l'horloger, sans entrer dans aucun détail, reprenne ces différentes pièces, les remette chacune en son lieu et compose un mouvement parfaitement régulier , que deviennent les objections? que deviennent les doutes ?
De même, quand le christianisme nous a été montré tel qu'il est dans ses magnifiques harmonies, que deviennent les comment et les pourquoi de l'incrédulité ?
3° Cette méthode est le meilleur remède aux grandes maladies de notre époque :
r indifférence, V ignorance, le rationalisme et V éclectisme anti chrétien.
L'indifférence est fille du doute, et le doute est fils du libre penser. De ce libre penser la Renaissance fut la mère dans l'Europe moderne, Luther le parrain *, les missionnaires les plus ardents Voltaire et son école, la victime notre siècle, les effets tous les maux que nous souffrons, sans compter ceux qui nous attendent.
Attaqué sur tous les points et sur tous les points resté maître du champ de bataille, le christianisme reçoit depuis quelques années l'hommag-e intellectuel d'un assez grand nombre de vaincus. Le cœur seul demeure indifférent : il refuse de se soumettre parce qu'il craint le noble vainqueur, et il le craint parce qu'il ne le connaît pas. Et voilà que nous le montrons tel qu'il est, l'ami des cœurs, le roi de l'amour ; disant de sa part aux cœurs rebelles : Beaucoup de péchés vous seront pardonnes si vous aimez beaucoup ; et aux cœurs malades, aux cœurs brisés, aux cœurs victimes de cruelles déceptions, hélas! et le nombre en est g-rand : Venez à moi, vous tous qui gémissez dans la peine et le
1 Ego peperi ovum, disait Érasme. Lutherus exclusit, c'est moi qui ai pondu l'œuf, Luther l'a fait éclore.
travail, et je vous soulagerai ; vivez sous ma loi, et vous trouverez la joie et le repos.
Quant à l'ignorance, il ne semble pas croyable d'abord que notre siècle, nous voulops parler de la portion lettrée, soit bien plus que le siècle précédent étranger à la connaissance des dog-mes chrétiens; et cependant, pour peu qu'on y regarde de près, on comprendra facilement qu'il en doive être ainsi. Le dix-huitième siècle, devenu impie et libertin quand il fut adulte, avait pourtant reçu, dès le berceau, une éducation religieuse. C'est le contraire pour le dix-neuvième ; nul ne lui a parlé de religion aux jours de son enfance. La république, qui le nerça, ne répétait à son oreille que les noms de la Grèce et de Rome. Dans les lycées et les bivouacs de l'empire , il n'apprit qu'à calculer et à marquer le pas.
Plus tard, il est vrai, la religion fut appelée dans les collèges ; mais, reléguée au fond de son sanctuaire, sur un autel abandonné, que peut-elle, sinon prier et, comme Rachel, verser des larmes intarissables sur le sort de ses enfants que trop souvent le vice et l'impiété disputent à sa tendresse maternelle et dévorent sous ses yeux? Notre siècle ignore donc la religion, alors même qu'il en comprend le besoin et qu'il se sent porté vers elle. Cette tendance lui vient sur-
tout de l'instinct de conservation qui se réveille plus vif dans le cœur des peuples, comme dans celui des individus, à mesure que le danger est plus grand. Mais ce noble sentiment pourrait encore l'égarer si on ne prenait soin de faire luire à ses yeux, dans toute sa pureté, le flambeau de la véritable doctrine. Or, pour guérir ces deux grandes maladies, l'indifférence et l'ignorance est-il un meilleur moyen qu'une claire et complète exposition de la foi ?
Une autre calamité que nous devons , comme l'indifférence, au libre penser et à d'autres causes qu'il serait trop long d'énumérer ici, c'est la tendance manifestement antichrétienne qui domine une autre portion de la société actuelle. De là est venue, avec la négation audacieuse et tant de fois répétée de la divinité du Fils de Dieu, l'opinion malheureusement si répandue que le christianisme a fait son temps; que les sociétés peuvent se constituer et vivre sans lui, loin de lui, malgré lui; que la religion est une chose accessoire dans le monde, et Jésus-Christ une espèce de monarque détrôné qui ne mérite plus d'être ni consulté ni obéi. Notre siècle, qui ne doute de rien, parce qu'il ne se doute de rien, prend ces grossiers mensonges pour des oracles, et en fait la règle de sa conduite. De là les utopies monstrueuses, les châtiments multipliés et les révolutions
sanglantes dont le monde est la victime. Or, de l'exposé complet de la religion.
Il résulte 4° que la divinité de Notre-Seigneur est le premier axiome de tout esprit raisonnable et la pierre angulaire de toute philosophie ;
Il résulte 2" que, loin d'être une chose accessoire dans le monde, le christianisme est au contraire l'âme de tout, le pivot autour duquel roule tout le gouvernement de l'univers. Comme le soleil attire à lui tous les astres et les entraîne dans son immense orbite, de même la religion, vrai soleil de la création, emporte dans son mouvement et les empires et les rois, et les peuples, et cette infinie variété de causes éloignées ou prochaines (jui contribuent à la formation ou à la dissolution des monarchies, les arts, les sciences, la littérature, la paix, la guerre, les défaites et les victoires; en un mot, les hommes et leurs passions, et leurs vertus, et leur vie tout entière ; de telle sorte que le christianisme est le dernier mot de toutes choses.
Il résulte 3° que, loin d'être un monarque détrôné qui ne mérite plus ni égards, ni respect, ni obéissance, Jésus-Christ est le roi immortel des siècles; que c'est lui qui élève les empires et qui les abaisse; qui les glorifie et les conserve s'ils sont dociles à ses lois, ou qui les brise comme des vases d'argile s'ils osent lui dire comme les Juifs :
Nous ne voulons pas que tu règnes sur nous *.
Vous croyez peut-être que cette partie de l'humanité, ces individus et ces nations qui se révoltent contre Jésus-Christ se soustraient réellement à son empire et cessent de contribuer à sa gloire ; détrompez-vous. Créateur de toutes choses, Dieu dit à chaque peuple, en le tirant du néant, comme il le dit à l'enfant nouveau-né : « Tu es créé et mis au monde pour connaître, aimer et servir Jésus-Christ, mon fils , Roi des rois, Seigneur des seigneurs, à qui j'ai donné toutes les nations en héritage : voilà ta loi. Pour toi bonheur et gloire si tu l'observes, honte et malheur si tu la violes ; mais, quel que tu sois , observateur ou violateur de cette loi immuable, tu n'en contribueras pas moins à la gloire de mon Fils, tu n'en resteras pas moins sous son empire. »
Et voilà que, l'histoire universelle à la main, nous montrons cette loi s'accomplissant avec une précision vigoureuse. Depuis le peuple juif jusqu'à l'empire français, nous voyons, à pomt nommé, les nations heureuses tant qu'elles reconnaissent Jésus- Christ pour leur roi, et malheureuses du moment où elles se révoltent contre lui. La vue de leur bonheur affermit son empire en
1 Luc, XIX, 14.
SUH CETTE INTRODUCTION 233
apprenant aux autres à l'aimer, comme le spectacle de leurs maux et le retentissement de leur ruine affermit son empire en apprenant aux autres à trembler devant lui.
Telle est la philosophie qui ressort avec éclat de l'enseignement complet delà religion. Philosophie simple et sublime! parce qu'elle est vraie, et vraie parce qu'elle est toute chrétienne. Philosophie bien propre à guérir notre siècle! car aujourd'hui plus que jamais elle peut confirmer ses leçons par des exemples authentiques. Philosophie vraiment divine! qui remplit l'âme de religion en nous montrant le souverain Modérateur des mondes assis sur son trône immuable, tenant entre ses mains les rênes de tous les empires, et faisant servir les rois et les peuples, les projets et les passions des hommes à Taccomplissement de cet unique dessein : la rédemption du genre humain par Jésus-Christ.
Il y a, ne le croyez-vous pas ? dans ce simple aperçu de quoi renverser par la base toutes les théories si peu philosophiques dont notre époque est inondée et dont nous sommes les tristes victimes. Il y a aussi, ce nous semble, de quoi agrandir sans mesure l'horizon de l'intelligence et élever le génie jusqu'aux plus hautes régions de la vérité.
Notre époque est travaillée d'un autre mal, produit comme le précédent par le libre penser ; c'est V éclectisme antichrétien ou la
manie de réformer la religion, de l'arranger suivant des opinions mobiles du moment, dy prendre et d'y laisser, en un mot de faire un christiajiisme à toute Tnain. Quel remède à ce mal ? Le meilleur, sans contredit, c'est encore l'exposition complète de la foi catholique.
De cet enseignement universel, comme le veut saint Augustin, il résulte que le christianisme n'est pas l'ouvrage de l'homme, mais de Dieu ; qu'il n'est pas sorti imparfait des mains de son auteur, mais parfait ; que, s'il a demandé des développements, ce n'est pas à l'homme, mais à Dieu, à qui seul il appartient de les donner; enfin, que le christianisme, immuable comme Dieu, est, dans sa manifestation, aussi ancien que les temps et aussi durable que l'éternité , parce que Jésus-Christ, qui en est le fondement et la vie, était hier, qu'il est aujourd'hui et qu'il sera le même aux siècles des siècles.
De là ces deux conséquences également nécessaires : qu'il n'y a jamais eu et qu'il n'y aura jamais qu'une seule vraie religion, comme il n'y a qu'un seul Médiateur entre Dieu et les hommes; qu'il n'appartient à aucun homme, à aucun siècle de modifier la religion, ou de la faire descendre, en la soumettant à l'Etat, du rang suprême qu'elle occupe par droit de naissance ; si bien qu'elle seule a le droit absolu, éternel de répéter le
mot fameux : Je suis Reine, et je ne suis rien, Aut nihil, aut Cœsar.
Par ce seul coup est tranchée la racine des différentes sectes de philosophie et de politique relig^ieuse qui, toutes, sont fondées ou sur l'absorption possible de la puissance de Dieu par la puissance de l'homme ou sur la possibilité d'un culte nouveau, c'est-à-dire sur la prétendue subordination, insuffisance ou altération du culte véritable ; en définitive, sur l'existence possible d'une religion autre que le christianisme actuel : supposition aussi dangereuse qu'absurde, renouvelée de nos jours par certains esprits dignes de soutenir une meilleure cause.
C'est ainsi que la religion, présentée telle qu'elle doit l'être, suffit pour dissiper toutes les erreurs que les passions de l'homme ou sa faiblesse peuvent lui opposer dans la suite des siècles, de même qu'il suffit au soleil de se montrer sur l'horizon, brillant de tous ses feux, pour dissiper et les ombres de la nuit et les nuages que les vents déchaînés amoncellent sur son passage.
4" En présentant chaque fait, chaque idée dans son rapport avec le plan général de la religion, notre enseignement a l'avantage de classer toutes les connaissances particulières, et de donner à chacune, avec la place qui lui convient, le degré d'importance qu'elle mérite. Aujourd'hui un grand
nombre d'esprits, fatigués du doute, s'occupent de la religion; mais ils le font trop souvent sans guide, sans boussole, sans plan arrêté et assez largement conçu. De là bien des efforts même consciencieux, mais stériles parce qu'ils sont isolés; delà de grands pas. si l'on veut, mais peu de véritables progrès; de là des pierres et des matériaux répandus sur le sol, mais d'édifice point ; de là une religiosité vague, des symboles incomplets, sans action réelle et soutenue sur la conduite.
Soit dit en passant, l'observation que nous faisons ici sur l'étude de la religion s'applique avec une égale vérité à l'étude des connaissances humaines. Aujourd'hui les spécialités sont partout, la science nulle part, telle est la plainte des hommes les plus distingués par leur savoir. Le moyen qu'il en soit autrement? Lien nécessaire des esprits et des idées, parce qu'elle est la source et le centre de toute vérité, la religion ne domine plus les investigations scientifiques pour les éclairer, les diriger, les coordonner, les agrandir en les rattachant à une unité supérieure. Vous avez des rayons de lumière, mais le foyer lumineux vous échappe. Les données religieuses étant le principe générateur des sciences et la solution obligée de leurs derniers problèmes, il en résulte que la science sans la religion est un livre
SLH CETTE INTRODUCTION' 237
auquel manquent le commencement et la fin.
Revenons à l'étude de la religion, et donnons quelques exemples. Prenez-vous isolément l'histoire de Judith ou d'Esther, vous avez un épisode dramatique sans doute, mais rien de plus. Si, au contraire, vous l'étudiez dans l'économie g-énérale de la religion, ce fait acquiert tout à coup un haut degré d'importance. Vous voyez qu'il se rattache admirablement au plan sublime de la Providence pour la conservation, chez le peuple juif, de la grande promesse du Libérateur. Il faut en dire autant de Thistoire de Cyrus, d'Alexandre, d'Auguste, etc.
Si du domaine des faits vous passez à celui des idées, vous venez pourquoi dans tel siècle telle idée fut mise au jour et propagée soit par un grand personnage, soit même par un corps religieux. Il en est de même des grandes vertus. Le rapport connu de toutes ces choses avec le plan général de la Providence leur donne tout à coup à vos yeux l'importance qu'elles méritent. Vous les voyez dans leur cause, dans leur résultat, dans leur liaison avec la situation actuelle de l'Eglise et du monde, avec les faits, les idées et les mœurs de l'époque; en un mot, pour employer le langage si profondément philosophique de l'Ecriture : Vous connaissez autant que le permettent les salutaires obscurités de la foi leur nombre, leur poids
et leur mesure. Toutes vos études particulières prennent un haut intérêt; rien n'est perdu; la lumière se fait dans votre intellig-ence, et une foi inébranlable, une juste appréciation des hommes et des idées, une haute philosophie de l'histoire et peut-être l'illummation soudaine du génie seront l'heureux fruit de votre étude.
5" Enfin cet enseignement offre le plus efficace de tous les remèdes à Vêgoïsme qui nous dévore et aux maux qui en sont la suite; car non-seulement il fait connaître le christianisme dans son magnifique ensemble, mais encore il le fait aimer.
Notre siècle ne sait plus aimer, car il n'aime pas ou il aime mal. La violation de cette loi primordiale est la cause des bouleversements inouïs dont l'Europe moderne est la victime; car le désordre et le châtiment sont toujours en rapport avec la violation de la loi. Il serait bientôt guéri , ce monde infortuné, s'il voulait ouvrir son cœur à l'amour véritable *.
Pour l'aider à accomplir ce devoir salutaire, notre enseignement lui fait apprécier et comme toucher au doigt les bienfaits du christianisme à l'égard de chacun de nous et de chaque partie de notre être, dans toutes les positions et dans tous les âges ; en
1 Joau., IV, 8.
SLR CETTE INTRODUCTION 239
sorte qu'il demeure démontré qu'attaquer le christianisme , le mépriser , l'abandonner , rester indifférent à ses prescriptions salutaires, ce n'est pas seulement une ingratitude, mais un suicide.
C'est ainsi que la méthode de saint Augustin, faisant connaître le véritable esprit de la relig-ion, qui est Tamour, développe dans l'âme de Tenfant ce sentiment divin bien plus que la crainte. Nous ne sommes plus les esclaves du Sinaï, mais les fils du Calvaire. Pour les bien-aimés du Verbe fait chair et devenu notre frère, nous voulons que Dieu soit bien moins un juge irrité, un maître sévère qu'un père tendre et un ami. De là le soin continuel que nous prenons de présenter la religion, ce qui est vrai, comme un immense bienfait ? De là encore le même soin à faire sortir de chaque fait, de chaque explication cette grande vérité : Dieu aimant
LES H0>LMES.
Depuis Adam jusqu^à nous, tous les temps sont appelés en témoignage. A chaque siècle nous demandons : Dieu vous a-t-il aimé? et chaque siècle nous répond en offrant à nos regards les preuves nombreuses et spéciales de l'amour de Dieu pour lui. /
Si donc vous considérez d'un seul coup d'oeil l'exposé de la religion dans son majestueux ensemble, vous aurez de toutes les histoires la plus touchante et la plus variée,
l'histoire complète de la charité de Dieu pour l'homme. Sm' quelques points de la durée :^ des âges que vous arrêtiez vos regards, vous ^ rencontrerez la preuve sensible de cette vérité, capable d'amolir un cœur de bronze : Dieu est un Père qui a créé l'homme pon- -É
TIFE ET ROI DE l'uNIVERS, QUI l'a COMBLÉ DE 1 GLOIRE ET DE BONHEUR, ET QUI, APRÈS AVOIR ÉTÉ ■ INDIGNEMENT OUTRAGÉ PAR CETTE CRÉATURE FAVO- RITE, n'a pas cessé un SEUL INSTANT, MALGRÉ TANT d'ingratitude, DE TRAVAILLER DEPUIS LE COMMENCEMENT DU MONDE, A RÉPARER LE MAL QUE CET ENFANT COUPABLE s'eST FAIT A LUI-MÊME EN SE SÉPARANT DE SON PÈRE ; DE LE CONSOLER, DE l'encourager, de REMUER LE CIEL ET LA TERRE
pour lui fournir les moyen de recouvrer avec avantage son bonheur perdu, et lui en assurer la possession pendant les siècles sans fin de l'éternité.
Magnifique histoire qui, pour le cœur, résume Dieu, l'homme, le monde, le temps de Féternité par un seut mot : Amour.
Comme pour l'esprit elle résume toutes ces choses par un seul mot : Christ.
Christ et Amour ! voilà les deux mots qui renferment tout notre enseignement quant ; à l'esprit et quant à la lettre. C'est pour cela que ces deux mots divins sont placés comme épigraphe à cet ouvrage. Puissent-ils être ; l'éternelle devise des esprits et des cœurs ! :
Depuis la sixième édition du Grand Catéchisme, nous en avons composé deux autres entièrement calqués sur le premier. L'un s'adresse aux enfants de sept ans, l'autre aux enfants qui se préparent à la première communion. Dans ces deux ouvrages, comme dans l'Abrégé déjà connu, on trouve le même plan, les mêmes définitions, les mêmes répouses : il n'y a de différence que du plus au moins. Ainsi l'enfaut de sept ans qui sait son Petit Catéchisme connaît le quart du Catéchisme préparatoire à la première communion ; l'enfant qui sait le Catéchisme préparatoire connaît la moitié, à peu près, de V Abrégé destiné à ceux qui ont fait la première communion. Vient ensuite le grand ouvrage, en huit volumes, qui complète tous les autres.
Cette réunion unique de Catéchismes qui vont se développant avec les différents âges, tout eu restant les mêmes, présente l'inappréciable avantage d'une marche parfaitement uniforme dans l'instruction religieuse. Ou nous sommes dans l'erreur, ou il doit en résulter pour la jeunesse une grande facilité de s'instruire, et pour les maîtres un puissant moyen de l'élever sûrement et presque sans effort à la plénitude de la science du christianisme. Atteindre ce double but, tel a été pour nous, depuis plusieurs années, l'objet constant d'un travail opiniâtre et moins facile peut-être qu'on ne le croit. Puissions-nous n'être pas resté trop au-dessous de cette grande tâche !