‹ La religion dans le temps et dans l'éternitéChapitre 3 sur 19 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

lui répond par son admirable traité : De catechizandis rudibiis^.

« La vraie manière d'enseigner la religion, dit le grand évêque d'Hippone, c'est de remonter à ces paroles : Au conimenceînejit Dieu créa le ciel et la terre, et de développer toute l'histoire du christianisme jusqu'à nos jours. Ce n'est pas qu'il faille rapporter d'un bout à l'autre tout ce qui est écrit dans l'Ancien et le Nouveau Testament : la chose n'est ni possible ni nécessaire. Faites un abrégé; insistez davantage sur ce qui vous paraît plus important, et passez légèrement sur tout le reste. De cette sorte vous ne fatiguerez point celui dont vous voulez exciter l'ardeur pour l'étude de la religion, et vous ne surchargerez pas la mémoire de celui que vous devez instruire.

" Or, pour montrer toute la suite de la religion, souvenez-vous que l'Ancien Testament est la figure du Nouveau ; que toute la religion mosaïque, les patriarches, leur vie, leurs alliances, leurs sacrifices sont autant de figures de ce que nous voyons ; que le peuple juif tout entier et son gouvernement n'est qu'un grand PROPHÈTE de Jésus-Christ et de l'Eglise "- »

1 Manière d'enseigner la religion aux ignorants.

2 Narratio plena est cum quisquc primo catechizatur ab eo quod scriptum est, In principio fecit J)eus cœlum et terram, usque ad praesentia tempora Ecclesiae. Non tameu debemus totum Pentateuchum totosque Judicum

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Tel doit être, suivant saint Aug-ustin, l'enseig-nement de la lettre de la Religion. Quant à l'esprit, le saint docteur, interprète fidèle du divin Maître, le fait consister dans l'amour de Dieu et du prochain. Voici ses remarquables paroles :

« Vous commencerez donc votre récit à la création de toutes choses dans un état de perfection, et vous le continuerez jusqu'aux temps actuels de l'Église. Votre but unique sera de montrer que tout ce qui précède l'Incarnation du Verbe tend à manifester l'amour deDieudans l'accomplissementde ce mystère. Le Christ lui-même, immolé pour nous, que nous apprend-il? sinon l'amour immense que Dieu nous a témoigné en nous donnant son propre Fils.

« Mais si, d'une part, la fin principale que le Verbe s'est proposée en venant sur la terre a été d'apprendre à l'homme combien il est aimé de Dieu, et si cette coimaissance ellemême n'a d'autre but que d'allumer dans le cœur de l'homme l'amour d'un Dieu qui l'a

et Regum et Esdrœ libres... narrando evolvere et explicare : quod nec tempus capit, nec uUa nécessitas postulat ;sed cuncta summatim generatimque complecti, etc., etc. — Cap. in, n» 6 et seqq.

Quapropter in veteri Testamento est occultatio novi, in novo Testamento est manifestatio veteris. — Ib., n» 8.

Denique universaipsagenstotnmqueregnumprophetia Christi christianique regni — Contra Faust , îib. 22 et passim.

12 CHAPITRE PREiMlER

aimé le premier et l'amour du prochain, dont ce Dieu lui-même est venu donner le précepte et l'exemple; si, d'autre part, toute l'Écriture antérieure à Jésus-Christ a pour but d'annoncer son avènement, et si toute celle qui lui est postérieure ne parle que du Christ et de la charité, n'est-il pas évident que non seulement la Loi et les Prophètes, mais encore tout le nouveau Testament se réduisent à ces deux g-rands préceptes : l'amour de Dieu et l'amour du prochain?

« Vous rendrez donc compte de tout ce que vous rapporterez; vous expliquerez la cause et le but de tous les événements par l'amour, en sorte que cette grande idée soit toujours devant les yeux do l'esprit et du cœur. Ce double amour de Dieu et du prochain étant le terme auquel se rapporte tout ce que vous avez à dire, racontez de manière que votre récit conduise votre auditeur à la foi, de la foi à l'espérance, de l'espérance à la charité ^))

Laissant au seuil de l'éternité la foi et l'espérance, vertus du temps, nous entrons dans le ciel avec la charité. Là nous voyons cette Reine unique de l'immortel séjour

1 Hac ergo dilectione tibi tanquam fine proposito quo referas omnia qnae dicis, quidquid narras ita narra ut ille cui loqueris audiendo credat, credendo speret, sperando amet. — Arc, De Cafechiz. rud.

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inondant ses bienheureux sujets de torrents de lumières et de torrents de délices, et par une transformation au-dessus de toute langue les ennoblissant dans toutes les parties de leur être au poiat de les rendre semblables à Dieu lui-même '. Alors nous avons compris les mystères du temps et le but de la vie ; l'homme sait d'où il vient, où il va ; nous connaissons le dernier mol de toutes choses, et redescendus sur la terre nous nous écrions avec TApûtre : Non, toutes les peines du temps ne sont rien comparées au poids immense de gloire qui nous est réservé dans le ciel*. Ainsi la religion dans le temps et dans l'éternité; la religion dans l'œuvre de la création, dans l'œuvre de la rédemption, dans l'œuvre de la glorification ; la relig^ion dans sa lettre et dans son esprit, tel est le plan que nous allons esquisser.

1 Ibunt de virtute in virtutem. Ps. 82. — Similes ei erimiis. — Joan., ni, 2.

2 \on suut cundignœ passiones, etc. — Rom., \m, 18.

Dieu.

Le premier pas dans l'étude d'une science quelconque est un acte de foi ; car toute science repose sur certains principes indémontrables. Ces principes admis de confiance sont pour la raison comme une prise de possession de la vérité ; ils servent de point de départ aux investigations, et deviennent la condition nécessaire de tout progrès. Ainsi procèdent l'histoire, la philosophie, la chimie, la médecine, l'agriculture, la géométrie, toutes les sciences physiques ou morales.

La religion ne fait point exception à cette loi. Puisque nous sommes forcés d'accepter sans discussion les premiers principes des sciences humaines, la raison veut que nous acceptions de la même manière les principes de la science divine. Dans les sciences naturelles, les résultats et les applications justifient les axiomes et payent largement à la raison son acte de foi. Il en est de même dans l'étude de la religion. Les conséquences tout à la fois si belles et si nombreuses que

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nous allons développer rendront incontestables la certitude et la fécondité des principes dont elles sont l'épanouissement.

Quant aux nuages, aux doutes, aux objections qui pourraient rester dans l'esprit, nous promettons de les dissiper dans la suite de cet ouvrage. Si quelques-uns en commençaient la lecture hésitants ou même incrédules, nous nous contenterions de leur dire avec Rousseau : Allez jusqu'au bout; tenez seulement votre cœur en état de ne pas craindre que la religion soit vraie, et le succès est assuré.

Cela supposé, abordons la plus belle étude qui puisse occuper l'esprit humain.

Suivant la définition de saint Augustin : la religion est le lien qui unit Vhomme à Dieu^.

De là naît entre le créateur et sa créature, entre le ciel et la terre une société intime, sacrée , immuable , source éternellement féconde de gloire pour Dieu et de bonheur pourl'homrne. Mais, afin d'apprécier la nature et l'excellence d'une société, il importe avant tout de connaître les parties qui la forment; de cette connaissance on passe aux conditions qui les unissent. Dans la société religieuse, Dieu et l'homme étant les deux parties contractantes, apprenons d'abord à les connaître.

1 Religet ergo nos religio uni omnipotent! Deo S. Aug. De vera Relig., 11, 113.

L'univers, la tradition, l'Écriture, interprétés infailliblement par l'Église catholique, sont les trois grands livres qui nous parlent de Dieu. Recueillons-nous pour les entendre.

Avant tous les siècles, par delà tous les les mondes, au-dessus de tous les cieux. Il est UN ÊTRE éternel, infini, immuable, qui est à lui-même son principe, sa fin, sa félicité? Essentiellement fécond, il est la vie de toutes les vies, le centre de tous les mouvements, le commencement et la fin de tout ce qui est. Comme l'Océan contient la goutte d'eau dans son immensité, il enveloppe dans son sein l'univers et ses créations multiples. Il est au dedans et au dehors; il est loin, il est près, il est partout.

Dans l'astre qui brille au front des cieux, il y est; dans l'air qui me fait vivre, il y est; dans la chaleur qui m'anime et dans l'eau qui me désaltère, dans le souffle de la brise et dans le mugissement des vagues, dans la fleur qui me réjouit et dans l'animal qui me sert, dans l'esprit et dans la matière, dans le berceau et dans la tombe, dans l'atome et dans l'immensité, dans le bruit et dans le silence, il y est : lui partout, lui toujours.

Il entend tout, et la musique harmonieuse des célestes sphères, et les chants joyeux de l'alouette, et le bourdonnement de l'abeille, et le rugissement du lion, et le pas de la fourmi, et la voix des grandes cataractes, et la res-

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