LE MESSIE PROMIS ET FIGURÉ
promesses, mais là ne finissent pas nos incertitudes.
Il est vrai, l'homme est assuré d'avoir un rédempteur, et un rédempteur qui sortira de la famille de David. Mais dans cette famille de David, qui doit exister sans se confondre avec aucune autre jusqu'à la ruine de Jérusalem et de la nation, c'est-à-dire pendant l'espace de plus de mille ans, il y aura bien des rejetons. À moins de nouvelles lumières comment reconnaître parmi tant d'autres, ce fils de bénédictions qui doit sauver le monde? Et voilà le genre humain exposé à repousser son rédempteur lorsqu'il viendra lui tendre la main pour le relever de sa chute, ou à s'attacher au premier imposteur de la race de David qui se dira le Messie : la difficulté ne peui être plus sérieuse. Rassurons-nous, Dieu l'a prévue. Lui-même nous donnera le signalement de cet enfant de David, auquel le monde devra son salut.
Ici, comme dans les promesses, Dieu s'accommode à la faiblesse de l'homme, et ne lui fait connaître la vérité que successivement et par des degrés insensibles : les Figures ébauchent le signalement du Libérateur. Pendant plus de trois mille ans, c'est-à-dire depuis Adam jusqu'à Jonas, paraissent une longue suite de grands personnages qui, tous, représentent le Messie dans quelques circonstances de sa naissance,
de sa mort, de sa résurrection et de son triomphe. Dieu ménage mille événements ; il établit une grande variété de cérémonies et de sacrifices, qui sont comme autant de traits épars, dont la réunion compose le signalement ébauché du Désiré des nations. Chaque jour le sang de victimes, l'immolation perpétuelle de Tagneau dans le temple de Jérusalem rappelle au peuple juif la victime future dont le sacrifice devait remplacer tous les autres et auxquels il donnait d'avance tout leur mérite ; mystère permanent dont le peuple entier avait l'intelligence ^
Ainsi dans Adam il est le père d'un monde nouveau, donnant pendant son sommeil naissance à une épouse, l'os de ses os, la chair de sa chair ; dans Abel il est le juste par excellence, mis à mort par les mains de son propre frère ; dans Noé il est le Sauveur du monde ; dans Melchisédech, sans prédécesseur et sans successeur dans le sacerdoce, offrant le pain et le vin, il est le prêtre catholique du Très-Haut \ Dans Abraham béni il est le véritable père des croyants et l'objet
1 Quorum quidem sacrificiorum significationem explicite majores (les plus éclairés) cognoscebant : minores autem (les moins éclairés); (c'estle sens que ï^aint Thomas lui-même donne à ce mot, art. 4), sub velamine illorum sacrificiorum credentes ea divinibns esse disposita, de Christo venturo quodammodo habebant velatam cognitionem. S. Th. jg, q. II. art, 7.
2 Sacerdos patns catholicus, comme dit Tertnllien.
LE MESSIE PROMIS ET FIGURE O i
éternel des complaissances de Dieu ; dans Isaac il est offert en sacrifice par la main de son père ; dans Jacob, il travaille de longues années pour obtenir une épouse digne de lui. Il est Joseph, trahi par ses frères, vendu à des étrangers, condamné pour un crime dont il est innocent, placé entre deux criminels à l'un desquels il annonce la vie, à l'autre la mort ; il est l'agneau pascal, s'offrant en sacrifice, préservant son peuple du glaive de l'ange exterminateur et le délivrant de la servitude ; il est la manne, nourrissant miraculeusement la nation voyageuse d'une nourriture descendue du ciel ; il est la victime immolée dans le temple, expiant, adorant, demandant et remerciant.
Nous le trouvons dans le serpent d'airain élevé sur une croix, et guérissant, par sa présence, la morsure des serpents brûlants; dans Moïse, tirant Israël de la captivité et lui donnant une loi qui en fait le peuple chéri de Dieu. Josué, il introduit la nation choisie dans une terre de bénédiction ; Gédéon, il triomphe de ses ennemis avec une poignée de monde et les plus faibles moyens ; Samson, il prend une épouse chez les Gentils, et lutte seul contre une nation entière ; David, il terrasse malgré l'inégalité des forces un géant formidable ; maltraité par un prince jaloux, persécuté par un fils dénaturé, gravissant dans la douleur la montagne des Oliviers, il
est insulté par un homme à qui il défend de faire aucun mal. Il est Salomon, assis sur un trône mag-nifique, environné de gloire, doué d'une sagesse merveilleuse et bâtissant un temple incomparable à la gloire du vrai Dieu ; enfin, il est Jonas, prêchant la pénitence aux Juifs, qui ne l'écoutentpas, restant trois jours et trois nuits dans le sein d'une baleine, puis en sortant plein de vie, et prêchant la pénitence aux Gentils, qui se convertissent à sa voix.
Outre l'autorité de l'Écriture et de la tradition, il suffit, pour reconnaître dans cette longue galerie detableauxl'intention formelle de représenter le Messie, de réfléchir à la
fiarfaite conformité de toutes ces figures avec e Messie lui-même. A la vue de cent portraits d'un roi très-ressemblants, quoique faits par autant de peintres qui ne se sont jamais vus, qui ont vécu à plusieurs siècles d'intervalle les uns les autres, comment soutenir qu'aucun de ces artistes n'a eu l'intention de représenter le monarque, et que tous ces portraits ne lui ressemblent que par hasard ?
Le Messie prédit.
Il est manifeste que dans les Figures, Dieu a voulu représenter le Messie*.
Toutefois, nous en conviendrons, si ressemblants qu'ils soient, les portraits qui viennent de passer sous nos yeux ne sauraient suffire . Voilés d'ombres plus ou moins épaisses, ils laissent deviner plutôt qu'ils ne montrent nettement le Libérateur futur. Or, Dieu veut que le signalement du Messie soit tellement caractéristique qu'il soit impossible à l'homme, à moins d'un aveuglement volontaire, de s'y tromper et de méconnaître son Rédempteur.
Le voici donc qui va dissiper toutes les ombres, finir tous les traits et fixer toutes les incertitudes. Pour cela que fait-il? Dans son infinie sagesse, il suscite les Prophètes. Associant leur intelligence à son intelligence infinie, il leur communique les secrets de
1 Voyez entre autres saint Augustin, De Catech.rud. et Confra Faust., lib. XXII; Contra Felic, manich. ; Euseb., Deinonsl., Evang., lib. IV ; Cutech. Con. Trid., p. 3 ; Bossuet, Sur les caractères des deux alliances, et la Préface générale de la Bible de Vence.
l'avenir. Devant leurs yeux il place le Désiré des nations, et leur ordonne de le dépeindre avec tant de précision que rien ne soit plus facile que de distinguer, entre tous les autres, ce fils de David qui sauvera le monde. Qu'estce donc que les prophéties? C'est le signalement complet du Rédempteur promis dès l'origine des temps et figuré sous mille traits divers.
« Par l'examen attentif du texte sacré, dit un de nos plus célèbres orientalistes, on voit clairement que toutes les prophéties ne forment, si j'ose m'exprimer ainsi, de la circonférence des quatre mille ans qui précèdent le Messie, qu'un grand cercle, dont tous les rayons aboutissent au centre commun, qui n'est et ne peut être que Notre-Seigneur Jésus-Christ, le Rédempteur dugenre humain coupable depuis le péché d'Adam, Tel est l'objet et l'unique but de toutes les prophéties qui concourent à nous le signaler. Elles forment dans leur ensemble le tableau le plus parfait. Les Prophètes les plus anciens en tracent la première esquisse ; à mesure qu'ils se succèdent, ils achèvent les traits laissés imparfaits par leurs devanciers. Plus ils approchent de l'événement, plus leurs couleurs s'animent; et, quand le tableau est terminé, les artistes disparaissent. Le dernier, en se retirant, a soin d'indiquer le personnage qui doit enlever le voile. Voici que je vous envoie ,
dit-il * au nom de l'Éternel, Élie le Prophète (Jean-Baptiste) avant que vienne le jour grand et redoutable au Seigneur ^. »
Mais lisons nous-mêmes les prophéties, si justement nommées l'Evayigile anticipé. « Le Messie, nous disent les Prophètes, les uns mille ans, les autres sept, les autres cinq, les autres quatre cents avant l'événement, le Messie sera Dieu et homme tout ensemble ; il sera fils de Dieu et fils de David ; iJ naîtra à Bethléem de Juda, d'une mère toujours vierge ; sa naissance arrivera lorsque le sceptre de David aura passé dans les mains d'un étranger ; il sera adoré dans son berceau
far des rois, qui lui offriront en présent de or, et des parfums. A l'occasion de sa naissance, on fera mourir les petits enfants de Bethléem et des environs; leurs mères éplorées feront entendre, sur les hauteurs, des gémissements inconsolables. Pour lui, il se retirera en Egypte, d'où Dieu, son Père, le fera revenir à Nazareth. Il sera pauvre, et l'humilité, la bonté, la justice formeront son caractère. Telle sera sa douceur qu'il n'achèvera pas de briser le roseau déjà rompu et qu'il n'éteindra pas la mèche encore fumante.
« Devant lui marchera un précurseur, qui,
1 Malach., m, 33.
2 M. Drach, Première Lettre aux Israélites, p. 41.
élevantlavoix au désert, prêcheralapénitence, annoncera sa prochaine arrivée et s'efforcera de préparer les hommes à s'attacher à lui. Le Messie prêchera le règne de Dieu aux petits enfants et aux pauvres ; de nombreux prodiges, opérés dans le ciel, sur la terre et sur la mer, lui rendront témoignage : il guérira les lépreux, délivrera les possédés, rendra la vue aux aveugles, l'ouïe aux sourds, la vie aux morts.
« Cependant son peuple le méconnaîtra ; il sera persécuté, contredit, calomnié ; il entrera dans Jérusalem, au milieu des acclamations, monté sur une ânesse suivie de son ânon; il honorera de sa présence personnelle le nouveau temple, qui deviendra ainsi plus glorieux que le premier ; il annoncera la réconciliation du ciel avec la terre, des hommes avec Dieu.
« Un de ses disciples, admis à sa table, le trahira et le vendra pour trente pièces d'argent ; cet argent sera rapporté dans le temple et donné à un potier pour prix de son champ. Tous ses disciples l'abandonneront ; ses ennemis se saisiront de sa personne ", il sera maltraité, déchiré de coups, couvert de crachats, traité comme un ver de terre ; on lui percera les pieds et les mains ; comme l'agneau qu'on porte à la boucherie, il n'ouvrira pas la bouche pour se plaindre, et sera placé entre des malfaiteurs ; on lui donnera du
vinaigre à boire ; on partagera ses vêtements et on tirera sa robe au sort. Enfin, il sera mis à mort, et cela, disait Daniel, arrivera dans quatre cent quatre-vingt-dix ans.
« Par sa mort il expiera, victime volontaire, toutes les iniquités du monde, et restera trois jours dans le tombeau; il en sortira plein de vie, montera au ciel, enverra l'Espril;- Saint sur ses disciples et renouvellera la face du monde. Il fera avec le genre humain une alliance plus parfaite que celle de Moïse. Il convertira les nations, qui s'empresseront de toutes parts d'abandonner leurs idoles pour s'attacher à lui : d'une extrémité de l'univers à l'autre, les peuples les plus opposés de mœurs et de langage se réuniront pour l'adorer. Il établira un sacrifice nouveau qui remplacera seul tous les sacrifices, qui sera offert non pas dans un seul pays, dans un seul temple et en faveur d'un seul peuple, mais en faveur de tous les peuples, dans des millions de temples, à perpétuité, de l'Orient à l'Occident. Ce sacrifice sera tellement saint qu'il rendra grand le nom du Seigneur.
« Quand à son peuple, qui l'aura renié, il cessera d'être son peuple ; et, en punition du meurtre du Messie, la ville et le temple de Jérusalem seront ruinés et brûlés par un peuple étranger commandé par son prince en personne; et les enfants d'Israël, errants, méprisés, demeureront sans autel, sans sacri-
fices, sans prêtres, sans rois, dans un état de désolation qui durera jusque vers la fin des temps.
« Alors Elie descendra du ciel pour les convertir, et bientôt après il y aura des signes épouvantables dans le soleil, dans la lune et dans les étoiles ; tous les éléments seront dans la confusion, et le Messie, réunissant toutes les générations dans la vallée de Josaphat, viendra les juger, environné d'une grande puissance etd'unegrande Majesté *.»
Voilà le signalement du Messie tel qu'il est tracé par les Prophètes. Ce signalement à la main, nous cherchons parmi les enfants de David celui auquel il convient exclusivement et de tout point. Notre recherche n'est ni longue ni difficile. Semblables au navigateur qui, àl'apparition du rivage désiré, répète avec enthousiasme : Terre ! terre ! bientôt nous tombons à genoux, et, dans les plus vifs sentiments de l'admiration, du respect et de l'amour, notre bouche proclame l'adorable nom de l'Enfant de Bethléem.
En expliquant les prophéties, nous devons signaler un fait essentiel, et peut-être trop peu remarqué ^ ; savoir, que les Prophètes
1 Voir l'indication des prophètes dans le Catéch. de Persév., T. II, 313, T^ édit.
2 II l'a été par Pascal, qui s'exprime ainsi : « Les Paroles des Prophètes sont mêlées de prophéties particulières et de celles du Messie, afin que les prophéties
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ne manquent jamais d'autoriser leurs oracles concernant le Messie par l'annonce d'événements prochains ; ou, s'ils sont éloignés, l'accomplissement de ces événements sera aussi visible que le soleil à son midi. Nous n'en citerons ici qu'un exemple.
Qui peut douter de la vérité des oracles d'Isaïe touchant le Rédempteur lorsqu'il compare avec l'événement la prédiction de ce grand Prophète sur la ville de Tyr ? Au temps 011 parlait Isaïe, Tyr était une des plus grandes et des plus fortes villes de l'Asie, peut-être même la plus opulente cité du monde. Cependant le Prophète annonce en termes précis que cette reine de la mer ne sera plus un jour qu'un misérable village, habité par quelques pauvres pêcheurs, qui laveront leurs filets sur cette même plage où abordaient jadis les superbes vaisseaux de toutes les nations. Telle est Tyr aujourd'hui. Il n'est pas jusqu'à l'impie Yolney qui, debout sur ses ruines, ne se soit écrié en lisant Isaïe : L'oracle s'est accompli! Mais, homme aveugle ! si l'oracle s'est accompli, donc les autres, desquels celui-ci est la preuve, se sont accomplis ou s'accompliront de même. Noluit intelligere ut bene ageret.
Remarquons encore combien est invincible
du Messie ne fussent cas sans preuve et que les prophéties particulières ne fussent pas sans fruit. » Pensées, ch. XV, «0 13.
la preuve de la divinité de la relig-ion tirée des prophéties. En effet, Dieu seul connaît l'avenir, l'avenir, qui, dépendant du libre concours des volontés et des passions humaines, échappe à tous les calculs. Dieu seul Eeut donc en donner connaissance à l'homme. le don de cette connaissance, qui fait participer l'intelligence créée aux lumières de l'intelligence infinie, est un miracle évident. Mais Dieu ne fait pas des miracles pour autoriser le mensonge. Donc Jésus-Christ, qu'il a fait annoncer tant de siècles à l'avance par un si grand nombre de Prophètes inconnus les uns aux autres comme le Rédempteur du monde, comme l'Envoyé du Ciel et le Messie promis depuis l'origine des temps, n'est pas un imposteur; donc sa religion n'est point une fable : nier cela, c'est éteindre en soi la dernière lueur de la raison, c'est fixer sa place parmi les brutes. *
Un dernier point sur lequel il convient d'insister, c'est l'admirable moyen que la providence a choisi pour mettre au-dessus de tout soupçon l'antiquité et l'intégrité des prophéties. Un exemplaire de chaque livre saint est déposé dans le temple de Jérusalem, et confié à la garde des Prêtres. Des copies nombreuses sont entre les mains de tout un
1 Comparatus est Jumentis însipientibus, et similis factus illis. Ps, 21.
peuple, qui en fait dans les maisons et dans les synagogues sa lecture habituelle. Le moyen d'altérer un ouvrage qui se trouve possédé en même temps par des millions de personnes inconnues les unes aux autres ?
Ce n'est pas tout : par un trait de sagesse qu'on ne saurait assez admirer, le peuple juif cesse d'être l'unique dépositaire des Ecritures environ deux siècles avant la venue du Messie. Sur la demande d'un roi idolâtre, leurs Anciens, c'est-à-dire leurs Docteurs, au nombre de soixante-douze, font eux-mêmes une traduction authentique des livres saints. Déposée dans la plus fameuse bibliothèque de l'univers, cette traduction est mise hors de leurs atteintes. Quand le moment sera venu, il sera impossible à la Synagogue de nier ou d'altérer les témoignages de Moïse et des Prophètes en faveur du Messie : cette traduction nous l'avons encore.
Depuis la venue du Rédempteur, ces mêmes livres se trouvent entre les mains de deux peuples essentiellement opposés l'un à l'autre, les Juifs et les chrétiens. Quel moyen de collusion! que dis-je? c'est précisément du peuple juif que Dieu se sert pour porter jusqu'à l'évidence l'antiquité et l'intégrité des prophéties ; c'est à ce peuple, essentiellement intéressé à les altérer et à les détruire, qu'il en confie la garde.
Vainement elles le convainquent, à la face
de l'univers, du plus grand des crimes et de la plus inconcevable folie, il n'en est pas moins passionné pour ces livres sacrés ; il les conserve religieusement, il les aime comme l'avare aime son trésor ; et, au prix même de sa vie, il leur rend témoignage par toute la terre. Non-seulement Dieu a fait du peuple juif le gardien incorruptible des prophéties, il en a fait le propagateur infatigable. Voilà pourquoi ce peuple ne prend racine sur aucun point du globe ; voilà pourquoi il est partout sans être nulle part, partout portant avec lui dans sa course vagabonde et faisant lire à toutes les nations ces livres qu'il n'entend plus lui-même.
Ce n'est pas encore assez : depuis dix-huit siècles un prodige unique dans les fastes du monde conserve ce peuple ou plutôt ce cadavre de peuple, sans chef, sans pontife, sans patrie, sans autel, sans sacrifice, partout repoussé, partout méprisé, seul s'acclimatant partout, seul demeurant du monde antique, survivant à toutes les ruines et à tous les bouleversements, sans mélange et sans confusion, peuple visiblement fait exprès pour servir d'éternel témoin au Messie.
Or, ces promesses, ces figures, ces Prophéties étonnantes font briller à tous les yeux le plan admirable de notre rédemption, commencé dès l'origine des temps et développé sans interruption pendant une longue suite
de siècles. Par là elles établissent notre foi sur des bases inébranlables, en nous montrant que la religion chrétienne étend ses racines jusqu'aux premiers jours du monde, qu'elle est l'héritière de toutes choses ', et qu'il est impossible qu'une Religion dont le fondateur, les mystères, les combats et les triomphes ont été annoncés, figurés, prédits tant de siècles d'avance ne soit pas l'œuvre de Dieu. De plus, les prophéties qui déjà se sont vérifiées nous répondant de l'accomplissement de toutes celles qui regardent les âges futurs, le certitude de notre foi se trouve ainsi établie sous le double rapport du passé et de l'avenir : telle est la remarque de saint Augustin. *
Le Messie préparé
Dieu vient d'employer plus de cinq cents ans à donner, par l'organe des Prophètes, le ■signalement complet du Messie. Le lieu de sa naissance, le temps de sa venue, le détail
1 Hœredem universorum. Hehr.
2 De Catech. rud., n. ultim.
de ses actions est prédit. Que reste-t-il? Lorsqu'un puissant monarque, tendrement aimé de son peuple, doit faire son entrée dans la capitale de son royaume, on s'empresse de lui aplanir les voies ; on lui ouvre toutes les portes ; on prépare tous les esprits à le recevoir.
De même le Verbe éternel, le Roi immortel des siècles, le Désiré des nations devant bientôt faire son entrée dans le monde. Dieu, son Père, lui aplanit toutes les voies, lui ouvre toutes les portes, prépare les esprits à le recevoir, et fait concourir tous les événements à l'établissement de son règne éternel. Préparation étonnante de grandeur et de majesté! qui commence à être sensible à la vocation d'Abraham, mais qui devient évidente cinq cents ans avant l'arrivée du g-rand Roi.
L'œilfixésurles prophéties et les promesses, nous voyons clairement, que tous les événements antérieurs au Messie, chez les Juifs et chez les Gentils, concourent chacun à sa manière à préparer le règ-ne du Désiré des nations, par qui et pour qui ont été faits les siècles et les peuples. Ce flambeau à la main, l'histoire n'a plus pour nous d'obscurité . tout s'explique, tout s'enchaîne. Comme les rouag-es inférieurs d'un vaste mécanisme, les plus petits faits nous donnent leur raison d'être, et nous touchons du doigt la place
3ue chacun d'eux occupe dans le plan général e la Providence.
Or, nous l'avons vu, dans les conseils de Dieu le Messie naîtra du peuple juif, de la famille de David, dans la petite ville de Bethléem de Juda. Et voilà que deux mille ans avant l'événement le grand Dieu dont le regard embrasse tous les siècles prend Abraham par la main, et du fond de la Mésopotamie le conduit dans la Judée, appelée alors le pays de Chanaan, et lui ordonne de s'y fixer. Malgré toutes les vicissitudes, luimême saura l'y maintenir. C'est dans ce but que nous le voyons, quatre cents ans plus tard, remuer le ciel et la terre, pour tirer de l'Egypte les descendants du patriarche et les ramener dans la terre promise à leurs pères. C'est pour cela qu'il disperse les sept puissantes nations qui la possèdent, et qu'il y retient invariablement son peuple pendant quinze cents ans, malgré les crimes de ce peuple et les efforts sans cesse renaissants des nations voisines. C'est pour cela qu'à côté de tant de villes importantes, brûlées et anéanties pendant ces guerres continuelles, la petite ville de Bethléem est conservée, qu'elle tombe en partage à la tribu de Juda, et devient l'héritage de la famille de David, dont le Messie devait sortir.
Ce n'est pas tout; dépositaire de la promesse du Messie, unique trésor du genre
humain, le peuple Juif doit conserver inviolable ce précieux dépôt. De là ces lois, ces règlements, ces pratiques sans nombre, ces menaces terribles, ces promesses magnifiques, tout cet ensemble de prescriptions religieuses et politiques qui l'isolent des autres nations, et forment autour de lui comme une muraille insurmontable à l'invasion de l'erreur. De là encore cette arche d'alliance, redoutable monument de la présence continuelle et sensible de Dieu au milieu d'Israël.
Si, malgré tout cela, ce peuple vient à tomber dans l'idolâtrie, il faut qu'il n'y persévère point et qu'il soit par mille moyens ramené au culte du vrai Dieu. De là cette alternative continuelle de gloire et d'humiliation, de châtiments et de prospérités, de défaites sanglantes et de servitudes honteuses, de captivité et de retour qui forme la trame générale de son histoire. De lâ^ en particulier, la création des quatre grands empires prédits par Daniel, des Assyriens, des Perses, des Grecs et des Romains.
Châtier le peuple juif toutes les fois que, s'abandonnant à l'idolâtrie , il oubliera sa mission providentielle, et par des coups salutaires le forcer, comme malgré lui, à garder fidèlement le dépôt qui lui est confié, tel est le but de la grande monacrhie des Assyriens. Cest Assur, dit le Seigneur, par la bouche d'Isaïe, qui est la verge de ma fu-
reur; fai fait de sa main l'instrument de ma colère. Mais, ajoute le Prophète, lorsque le Seigneur aura purifié Jérusalem, il vi-iitera la fierté insolente du roi d Assur et l'orgueil de ses yeux ailiers \ n étant quun instrument dans ma main, il s'est glorifié de ses succès, et il a outrepassé mes ordres; je lui avais commandé de châtier mon peuple, et il a voulu le détruire *.
L'histoire des Babyloniens est la preuve palpable de la prophétie. Les Juifs deviennent-ils prévaricateurs, Assur, toujours debout, toujours les armes à la main, franchit les frontières du peuple coupable, le frappe à coups redoublés et le force à briser ses idoles et à revenir au Dieu de ses pères. Israël est corrigé; désormais il ne compromettra plus le dépùl qui lui esl confié ; il ne tombera plus dans l'idolâlrie. Le formidable empire de Babylone, la terreur de l'Orient, n'a plus de raison d'être ; il va faire place à l'empire des Perses.
Depuis soixante-dix ans les Assyriens tenaient Israël prisonnier à Babylone; une plus longue captivité, si elle ne l'eût pas fait périr, l'aurait exposé à se confondre avec les Gentils, au milieu desquels il vivait. D'ailleurs, il était guéri pour toujours de son pen-
1 Is., z, 5<12.
chant au culte des idoles. Le temps est venu de le ramener dans la terre de ses pères, et Dieu lui suscite un libérateur. Comme il a fait servir la monarchie des Assyriens à l'exécution de sa justice ; il choisit les rois de Perse pour être les ministres de sa bonté. C'est encore Isaïe qui nous révèle la mission providentielle de cette seconde monarchie. Nommant par son nom, deux cents ans avant sa naissance, le fondateur de cet empire : Cest moi, dit le Seigneur, qui ai choisi Cyrus pour Vexècution de mon dessein : je le prendrai par la main ; devant lui je briserai les portes d'airain et les les barrières de fer; je le ferai à cause de Jacob, mon serviteur. Il rebâtira là ma ville sainte, et il renverra mes captifs sans recevoir ni rançon ni présents ^
Depuis la première jusqu'à la dernière, toutes les pages de l'histoire de la monarchie des Perses sont la vérification littérale de cette étonnante prophétie. Grâce à Cyrus et à ses successeurs, Jérusalem sort de ses ruines; le temple que le Messie doit honorer de sa présence est rebâti ; les Juifs, renvoyés dans la Judée, y seront maintenus avec la distinction des tribus et des familles jusqu'au jour où la tige de Jessé aura donné sa diviiiî (Ijur.
L'empire des Perses ayant accompli sa mission, Dieu le remplace par celui des Grecs. Celte nouvelle monarchie, caractérisée par la rapidité et l'étendue des conquêtes d'Alexandre, a pour but de préparer de loin l'établissement rapide du règne universel du Messie. Daniel a vu son fondateur s'élançant de l'Occident avec une telle rapidité qu'à peine ses pieds touchaient la terre. Il l'a vu étendant au loin ses conquêtes, puis, tout à coup arrêté par la mort, laisser son empire à ses généraux, qui le divisent en quatre monarchies ^
Ici, comme ailleurs, l'histoire n'est que l'écho de la prophétie. Les Grecs rendent vulgaire, du couchant à l'aurore, la langue dans laquelle l'Evangile doit être prêché, et ils attirent les Juifs dans toutes les parties du monde. Par des guerres continuelles ils mettent les nations étrangères en contact avec la nation sainte, abaissent les barrières séculaires de la Judée, et font connaître aux Gentils les livres sacrés, que la traduction des Septante met à l'abri des altérations judaïques. La monarchie des Grecs ayant fini son œuvre, Dieu la fait tomber dans le vaste océan de l'empire romain.
La mission de cet empire, le dernier et le plus formidable de tous, est écrite dans ce
1 Dan., vu, 6; vm, 5, 8.
portrait tracé par Daniel : Je vis une bête redoutable qui avait quelque chose de 'iwrveilleux et défrayant ; elle était armée de dents de fer dune horrible grandeur; elle dévorait tout ; elle mettait tout en pièces; elle broyait sous ses pieds ce qu'elle ne dévorait pas ^.
Ces quelques paroles du prophète contiennent toute la philosophie de l'histoire romaine. Il ne suffisait pas que les Juifs, préparateurs évangéliques , fussent depuis le passage d'Alexandre répandus en Orient et en Occident ; que l'Europe, l'Afrique et l'Asie, entendant la langue grecque, pussent être instruites sans peine par les mêmes hommes ; que la traduction de l'Acien Testament disposât à la lecture du Nouveau : il fallait encore faciliter aux fondateurs de l'empire du Messie une libre circulation d'un bout du monde à l'autre; il fallait que le miracle de la création de l'homme se renouvelât dans sa génération, c'est-à-dire que le genre humain ne formât qu'un seul corps avant d'êlre animé d'un seul et même esprit; il fallait enfin que, conformément aux oracles des prophètes, le Messie naquît à Bethléem.
Percer de toutes parts de larges voies, effacer toutes les nationalités, niveler le sol,
1 Dan., vn. 7.
former de tous les peuples une grande unité matérielle en les réunissant sous un sceptre unique ; puis, par un motif de vanité ou d'intérêt, savoir combien de millions de tête étaient courbées sous ce sceptre, et pour cela forcer tous les sujets de l'empire à se rendre un jour à leur heu d'origine, tels étaient, aux yeux même de la raison, les meilleurs moyens de réaliser le dessein providentiel.
Quand les Romains, manœuvres du grand roi; quand les Césars, ses maîtres de cérémonie, ont accompli leur tâche, ils sont brisés comme Nabuchodonosor, comme Alexandre. Leur empire s'écroule, et fait place à cet autre empire que Daniel a vu, formé sans aucun secours humain, s'étendant sur tous les autres royaumes et subsistant aux siècles des siècles *.
Or, si l'on considère que les quatre monarchies des Assyriens , des Perses , des Grecs et des Romains ont été préparées par celte foule d'événements, de guerres, de révolutions, de victoires, d'alliances, de conquêtes qui composent toute l'histoire connue de l'Orient et de l'Occident pendant les siècles antérieurs au Messie ; si l'on considère qu'elles n'ont atteint leurs vastes proportions qu'en absorbant tous les autres empires , on voit clairement que ces quatre
1 Dan,, II, 4i.
grandes monarchies ont porté le monde entier au pied de Jésus-Christ, semblables à ces larges fleuves qui conduisent à l'Océan, avec les eaux de leur source, celles de toutes les rivières devenues leurs tributaires. C'est ainsi que l'histoire sacrée et l'histoire profane se réunissent pour nous donner la preuve palpable de cette sublime parole, que Jésius-Christest l'héritier de toutes choses; que tous les siècles se rapportent à lui *. et que non-seulement la nation juive, mais encore toutes les nations du globe, pour nous servir de l'expression de saint Augustin, étaient grosses de lui ^.
Admirable philosophie de la religion ! qui résume en trois mots 1 histoire universelle de quarante siècles : Tout pour le Christ, le Christ pour l'homme et l'homme pour Dieu.
Le Messie venu.
Les temps sont accomplis. Nous sortons du règne des ombres et des préparations
1 Hebr., i, 2.
2 Tota lex gravida erat Christo. — Saint Jérôme tient le inême langage. Voici ces remarquables paroles: '1 Toute l'économie du monde visible ou invisible, soit
pour entrer dans celui de la lumière et de la réalité. Quel est dès lors notre premier devoir, sinon do considérer l'Evang-ile, suivant l'avis du saint évèque d'Hippone, comme le commentaire divin et l'accomplissement de l'Ancien Testaments
Née avec le monde, connue des Patriarches, développée sous Moïse et les Prophètes, la religion a été complétée sous l'Évangile. Dans cette nouvelle phase elle constitue, disent les saints docteurs, un état intermédiaire entre le synagogue et le Ciel : le Juif n'avait que des ombres sans réalité ; le chrétien possède la vérité cachée sous des voiles ; le Saint la voit face à face et sans milieu -. L'Ancien Testament est manifesté dans le Nouveau, et le Nouveau le sera dans l'Eternité.
C'est ainsi que la religion, comme le Dieu qui en est l'auteur, embrasse tous les rapports
avant, soit depuis lîi création, se rapportait à l'avènement de Jésus-Christ sur la terre. La Croix de Jésus- Christ, voilà le centre auquel tout vient aboutir, le sommaire de toute l'histoire du monde. » Comment, sur les Epitres de saint Paul.
1 Quapropter in Vcteri Testamento est occultatio Novi, in Novo Testamento est mauifestatio Veteris. De Catech. nid.
•? nia nobis exspectanda sunt in quibus perfectio, in quibus Veritas est. Hic umbra, hic imago, illic veritas. Umbra in lege, imago in Evangelio, veritas in cœlestibus. Ambr., de Offic, lib. i, c. 48. — Status novae Legis mediu» est inter statum giorise. — Lex vêtus est via ad Legem novam, sicut Lex nova ad cœlestem Ecclesiam, seu ad cœlestem hierarchiam. D. Th., passim.
80 CHAPITRE XT
de la durée : elle était hier, elle est aujourd'hui, et elle sera aux siècles des siècles.
Après avoir esquissé l'état général des esprits et la situation particulière de la Judée, arrêtons-nous un instant pour assister au grand mystère de la rédemption humaine.
Aux premiers jours de la Création, la femme, coupable messagère du démon, avait apporté la mort à l'homme. Le genre humain s en souvenait : toutes les traditions de l'antiquité placent la femme à la tête du mal V En se répétant les unes aux autres : C eut la femme qui est la cause de nos malheurs, les générations antérieures au Messie avaient accumulé sur elle une masse de haine et de mépris qui en faisait le plus abject et le plus misérable des êtres.
Aux jours de la régénération, la femme devait, bienfaisante messagère de Dieu, nous rapporter la vie. Il faudra qu'en se disant les uns aux autres jusqu'au seuil de léternilé: Cest à la femme que nous devons tous nos biens, les générations postérieures au Messie environnent la femme dune vénération et d'une reconnaissance qui en feront l'être le plus respecté, le plus saintement aimé de tous ceux que Dieu a tirés du néant. Ainsi tout ce qui avait péri sera sauvé.
1 A muliere initium factum est peccati, et per illam omues morimur. Ecclé., xxv. 33.
Prosternés surle seuil d'une humble maison de Nazareth, nous contemplions la jeune Vierge que, dans ses décrets éternels. Dieu a prédestinée pour être la nouvelle Eve, la véritable mère des vivants. Figurés sous mille types plus gracieux les uns que les autres, magnifiquement annoncée pendant quarante siècles, la Vierge par excellence, la fille d'Abraham et de David, Marie, réunit en sa personne tous les dons de la nature et de la grâce. Par un privilège unique, la transmission du péché originel à toute la postérité d'Adam serasuspendue en safaveur. Créature à part, bénie entre toutes les femmes, plus belle que tous les Anges, Marie voit audessous d'elle tout ce qui n'est pas Dieu. Respectueux envers sa fille, l'Éternel envoie comme ambassadeur un prince de sa cour, chargé de lui demander humblement si elle veut consentir à être la mère de celui par qui tout a été fait. A ce moment une jeune fille de quatorze ans tient dans ses mains les destmées du monde ! Consentez, consentez, lui crient les générations. Sauvez le genre humain '.
Marie a incliné sa tête virginale ; elle est épouse, elle est mère ; et sa couronne nuptiale est une couronne d'épines, et ses joies ma-
1 Regponde jam, virgo sacra, vitamquid tardas mundo? S. Auo., Serm. xxi, de Tempore.
ternelles sont le commencement d'un longmartyre. Le Fils adorable qui vit en son sein, elle l'a dévoué à la crèche, à la croix.
Déjà la voix de César appelle à Bethléem tous les descendants de David : Marie se rend dans la ville de ses pères. Là, suivant les prédictions des Prophètes, elle met au monde le Désiré des nations.
Yoici en quels termes la sainte Église romaine redit chaque année à tous les échos de l'univers cette heure solennelle : L'an depuis la création du monde cinq mille cent quatre-vingt-neuf ;
Depuis le déluge, deux mille neuf cent cinquante-sept ;
Depuis la naissance d'Abraham, deux mille quinze ;
Depuis Moïse et la sortie du peuple d'Israël de l'Egypte, mille cinq cent six ;
Depuis le sacre du roi David, mille trentedeux ; la soixante-cinquième semaine, selon la prophétie de Daniel ;
Dans la cent quatre-vingt-quatorzième olympiade ;
L'an de la fondation de Rome sept cent cinquante- deux;
La quarante-deuxième année de l'empire d'Octave-Auguste, et l'univers jouissant de la paix ;
Au sixième âge du monde,
Jésus-Christ, Dieu éternel et fils du Père
ÉTERNEL, voulant sanctifier le monde par son saint avènement, ayant été conçu du Saint- Esprit, et neuf mois s'étant écoulés depuis sa conception, naît de la glorieuse Vierge Marie, A Bethléem, ville de Juda*.
C'est à minuit, au milieu du silence universel, que le Verbe incarné, descendu de son trône, fait son entrée dans le monde '. A cette heure toutes les prophéties s'accomplissent ; les ténèbres de l'erreur, parvenues àleurplushautdegré d'épaisseur et d'étendue, se dissipent aux rayons du Soleil de vérité ; le vieux monde, ébranlé jusque dans ses fondements, s'écroule en jetant pour adieu aux échos de l'Orient et de l'Occident le nom de l'enfant de Bethléem ; les anges et les hommes, réunis autour d'un berceau, adorent dans une commune allégresse le Père du monde nouveau ; et tous les astres, recommençant leurs cours hiératique, annoncent le renouvellement de toutes choses. Ainsi, dans les grandes proportions de son ordonnance, le monde planétaire se trouvait d'accord avec le mouvement du monde moral ; de telle sorte que dans la grande horloge de l'univers tous les ressorts, comme autant de timbres
i Martyrol. Rom., 25 décemb.
2 Cum enim quietum silentium contineret omnia, et noxinsuo cursu medUim iter haberet,omnipoteDS sermo tuus de coelo a regalibus sedibus, durus debellator iu mediam exterminii terram prosilivit. Sap.,,x\ni, 14, lî>.
harmonieux, avaient été, dès le principe, disposés par Celui qui a tout fait avec nombre, poids et mesure, de manière à sonner tous ensemble la grande heure de la rédemption du genre humain *.
Lorsque nous avons adoré dans ses pauvres langes le fils de l'auguste Yierge de Juda. nous le voyons tout occupé à fonder non une autre religion, mais à compléter l'ancienne sous le rapport du dogme, de la morale et du culte ; remplaçant ses éléments infirmes par des sacrements pleins de grâce et d'efficacité; abolissant tous les rites qui l'appropriaient
I Voir les calculs astrouomiqnes dans Schuberr, Symboliques dex .^onges. — Voir aussi le docteur Sepp, dans sa Vie de Notre-Seigneur. Voici quelques pensées de ce savant, prouvées par cent pages de calculs astronomiques. Les peuples anciens avaient leurs systèmes astronomiques, qui étaient pour eux ce que les prophéties étaient pour le peuple Juif. Pour ceux qui étaient initiés à leurs mystères l'époque de la venue de celui qui devait sauver le monde n'était plus un secret ; et tous les peuples l'attendaient avec un concert unanime juste au temijs où il a paru. Ils avaient de plus une année sacrée, mystérieuse, sacerdolale,qui,paiune coïncidence qui n'a rien d'étonnant pour le chrétien, mais qui doit renverser de stupéfaction un incrédule, comprenait le temps pendant lequel l'homme repose dans le sein maternel, et commençait précisément le 2ô mars, jour de l'Incarnation, pour finir le î'5 décembre, jour de la naissance de celui que le monde adore comme le Messie promis... Pour manifester davantage la dignité de l'enfant de Bethléem, Dieu a voulu que dans l'année même de sa naissance presque toutes planètes se trouvassent dans 1« même ordre et à la même place qu'à l'époque de la création, afin d'acnoncer le renouvellement universel de toutes choses.
au peuple juif; proclamant lui-même le but de sa mission par ces lumineuses paroles : Je ne suis pas venu pour détruire la Loi ou les Prophètes, mais pour les accomplir et les vérifier * ; liant ainsi son œuvre à l'œuvre antique, ou plutôt nous apprenant que l'Ancien et Nouveau Testament ne forment qu'un seul tout dont il est lui-même le centre, un même édifice dont il est la pierre fondamentale '.
Le récit de ses œuvres merveilleuses nous le montre avec éclat, expiateur, docteur, modèle, médecin de toutes les infirmités, c'est-à-dire Rédempteur et Sauveur du g-enre humain dans toute la signification de ces grands mots.
Sorti de l'humble maison de Nazareth, oii
f)endant trente années il pratique en silence a vertu mère de toutes les autres, la vertu directement opposée au premier mal de l'homme, l'humilité, il se rend sur les bords du Jourdain pour y recevoir, au milieu des pécheurs, le naptême de la pénitence. Après cet engagement solennel, qui fait de lui le grand pénitent du monde, il se retire au désert, où il jeûne, combat, prie et triomphe pour nous.
Revenu parmi les hommes, son premier soin est de développer la doctrine qu'il a
1 Matth. V, n.
2 Ephes. n, tO.
commencé par pratiquer lui-même. Dans le Sermon sur la montagne^ qu'on peut appeler la charte de l'humanité régénérée, il pose les bases du nouvel ordre de choses qu'il vient établir. Ces bases sont telles qu'un Dieu pouvait seul les proposer et surtout les faire accepter. La pauvreté, les humiliations et les souffrances volontairement acceptées, aimées et recherchées comme autant de béatitudes, la crainte et le mépris des richesses, des honneurs et des plaisirs, tels sont les premiers articles de la constitution.
Avec la plus étonnante simplicité, mais aussi avec une autorité souveraine, il expose les dog-mes les plus profonds ; il n'argumente point, il ne discute point comme les philosophes. Les vérités qu'il annonce portent leurs preuves avec elles-mêmes ; elles ne sont point destinées à étonner la raison, mais à toucher le cœur, et les peuples ravis s'écrient : Jamais homme n'a parlé com,me cet homme! Sa morale est pure et sévère, mais simple et populaire : il n'en fait pas une science métaphysique ; il la réduit en maximes ; sous la forme simple et touchante de paraboles, il la met à la portée des ignorants, la confirme par ses exemples et l'autorise par ses miracles.
Doux et affable, indulgent, miséricordieux, charitable, ami des pauvres, des petits et des faibles, il n'affecte ni une éloquence fastueuse.
ni un rigorisme outré, ni des mœurs austères, ni un air réservé et mystérieux ; il promet la paix à ceux qui pratiquent ses préceptes ; s'oubliant toujours lui-même, il n'a en vue que la gloire de Dieu, son père, le salut de ses frères et le bonheur du monde.
Après l'avoir vu naître, vivre, instruire en Homme-Dieu, nous le considérons mourant, mais mourant en Dieu, et prouvant sa divinité plus invinciblement par sa mort que par savie.Patientjusqu'àl'héroïsme, modeste et tranquille dans les opprobres, il les supporte sans ostentation comme sans faiblesse. Au milieu des trahisons et des fureurs, il demeure maître de lui-même, agit, parle, donne des ordres et suspend l'orage formé sur sa tête jusqu'au moment oii il veut bien qu'il éclate. Il ne cherche point à braver ses ennemis, mais à les toucher et à les convertir*.
Couvert d'outrages, crucifié entre deux malfaiteurs, il meurt en demandant grâce pour ses accusateurs, ses juges et ses bourreaux; fils tendre, ami dévoué, ses dernières paroles sont pour sa Mère et pour saint Jean. Certain d'avoir jusqu'à un iota accompli sa mission, il remet son âme à son Père, et laisse au ciel le soin de faire éclater son innocence par des prodiges.
« Quels préjugés ! s'écrie Jean- Jacques
1 Voir Bergier, art. Jésus-Christ.
Rousseau, quel aveuglement ne faut-il point avoir pour oser comparer le fils de Sophronisque au fils de Marie ! quelle distance de l'un à l'autre! Socrate, mourant sans douleur sans ignominie, soutient aisément jusqu'au bout son personnage ; et si cette facile mort n'eût honoré sa vie, on douterait si Socrate, avec tout son esprit, fut autre chose qu'un sophiste...
« La mort de Socrate philosophant tranquillement avec ses amis est la plus douce qu'on puisse désirer ; celle de Jésus expirant au milieu des tourments, injurié, raillé, maudit de tout un peuple est la plus horrible qu'on puisse craindre. Socrate, prenant la coupe empoisonnée, bénit celui qui la lui présente et qui pleure ; Jésus, au milieu d'un supplice affreux, prie pour ses bourreaux acharnés. Oui, si la vie et la mort de Socrate sont d'un sage, la vie et la mort de Jésus sont d'un Dieu,
« Dirons-nous que l'histoire de l'Évangile est inventée à plaisir ? ce n'est pas ainsi qu'on invente ; et les faits de Socrate, dont personne ne doute, sont moins attestés que ceux de Jésus-Christ. Au fond, c'est reculer la difficulté sans la détruire. Il serait plus inconcevable que plusieurs hommes d'accord eussent fabriqué ce livre qu'il ne l'est qu'un seul en ait fourni le sujet. Jamais des auteurs juifs n'eussent trouvé ni ce ton ni cette morale ;
et l'Évangile a des caractères si frappants de vérité, si parfaitement inimitables que l'inventeur en serait plus étonnant que le héros *. »
Du Calvaire nous descendons avec le Sauveur dans le tombeau ; de là nous suivons aux limbes ce mort libre entre les morts, prêchant l'Évangile aux âmes bienheureuses et faisant briller dans leurs sombres demeures l'aurore de leur délivrance.
Les trois jours marqués par les Prophètes sont écoulés ; le Fils de l'Éternel sort du tombeau, vainqueur du péché et de la mort, satellite du péché. Nous voyons ses ennemis confondus, réduits au point d'acheter à prix d'argent la déposition menteuse de témoins endormis. Viennent ensuite les principales preuves de la résurrection du Messie, gage de la nôtre et base de tout le christianisme.
Nous les couronnons par les paroles suivantes de l'empereur Napoléon, à Sainte- Hélène. S'entretenant un jour de la divinité du christianisme avec un de ses généraux, il lui disait : « Je connais les hommes, général, et je vous dis que Jésus n'est pas un homme. Les esprits superficiels voient de la ressemblance entre le Christ et les fondateurs d'empire, les conquérants et les dieux des autres religions. Cette ressemblance n'existe pas :
1 Esprit, maximes de J.-J. Rousseau
il y a entre le christianisme et quelque religion que ce soit la distance de l'infini. Nous ne sommes que du plomb, général, et bientôt ce sera de la terre, » ajouta l'empereur après avoir démoli pièce à pièce cette prétendue ressemblance.
<( Telle est la destinée des grands hommes, celle de César et d'Alexandre ! Et l'on nous oublie ! et le nom d'un conquérant comme celui d'un empereur n'est plus qu'un thème de collège ! Nos exploits tombent sous la férule d'un pédant, qui nous loue ou nous insulte... Encore un moment, voilà mon sort... Mon cadavre va être rendu à la terre pour y devenir la pâture des vers.... Yoilàla destinée très-prochaine du grand Napoléon... Quel abîme entre ma misère profonde et le règne éternel du Christ, prêché, encensé, aimé, adoré, vivant dans tout l'univers !.. Est-ce là mourir? N'est-ce pas plutôt vivre? Yoilà la mort du Christ ! voilà celle de Dieu !.. Si vous ne comprenez pas que Jésus-Christ est Dieu, eh bien! j'ai eu tort de vous faire général.* »
Ici nous concluons un raisonnement dont quarante siècles de promesses, de figures, de prophéties et de préparations littéralement accomplies en Notre-Seigneur Jésus-Christ forment les magnifiques prémisses et dont
1 Sentiments de Napoléon sur le Christ, c. iv.
LE MESSIE VENU 9t
la divinité du Sauveur est la conséquence nécessaire.
De plus, l'examen des faits extérieurs nous montre que Notre-Seigneur est bien véritablement le Messie, promis au genre humain et attendu chez tous les peuples.
Un premier fait, c'est qu'à dater de sa naissance l'attente d'un Messie, réparateur de l'homme, universellement répandue, de l'aveu même des incrédules, a cessé chez toutes les nations, la juive exceptée. Mais, chose admirable ! cette exception même est toute en notre faveur. Il était formellement prédit que les Juifs ne reconnaîtraient pas le Messie lorsqu'il paraîtrait' ; en sorte que, s'ils eussent reconnu pour tel Notre-Seigneur Jésus-Christ, il ne serait pas le Messie. C'est ainsi que tout conspire à rendre inébranlable la certitude de sa divinité.
Un second fait, c'est que Notre-Seigneur a réellement accompli dans toute son étendue la mission du Messie promis, du Désiré des nations. Suivant les Prophètes, que devait faire le Messie? Une seule chose, mais une chose qui renferme tout : Oter le pèche du monde^, ou, suivant la parole de Dieu luimême à la première femme : Écraser la tête du serpent^. Oter le péché du monde c'était,
1 Dan., IX, 26.
2 Joan.,i, 29.
3 Gen.,ra, 15.
d'une part, détruire l'idolâtrie et ramener les nations au culte du vrai Dieu ; c'était, d'autre part, réparer toutes les suites du péché. Notre-Seigneur a fait l'un et l'autre, et nul que lui ne l'a fait.
De son pied divin nous le voyons écraser la tête du serpent, c'est-à-dire ébranler par sa doctrine et ses miracles l'empire du démon jusque dans ses fondements, en attendant que ses Apôtres, héritiers de sa puissance et prédicateurs de sa doctrine, aillent en son nom faire crouler les temples et les idoles d'un bout du monde à l'autre. Toutes ces vérités, consignées dans la vie de Notre- Seig-neur, sont des fails historiques. Or, les faits de Jésus-Christ, dit le philosophe de Genève, sont mieux prouvés que ceux de Socrate, dont personne ne doute.
Dans un sens plus intime nous le voyons encore ôter le péché du monde. Par rapport à Dieu, il a rendu un hommage infini à sa majesté et une satisfaction infinie à sa justice. La crèche et la croix en sont les preuves éclatantes. Par rapporta Vhomme, il a été obéissant jusqu'à la mort et à la mort de la croix, afin d'ôter une désobéissance infinie. Par rapport à Dieu et à niorume, il a été Dieu et homme, afin de réunir de la manière la plus intime ceux que le péché avait séparés.
11 en a réparé toutes les suites, l'ignorance, la concupiscence, la mort; en sa personne
LE aiESSIE NOUVEL ADAM 93
rhomme a connu Dieu parfaitement, il a été parfaitement affranchi de la concupiscence et de la mort, et il règne aujourd'hui triomphant dans les cieux.