P&ÉFACE D£ LA DEUXIEME ÉDITION
Excepté les fautes typographiques et quelques expressions qui pouTaient être meilleures, rien n'est changé dans cette édition. Quelques notes ont été ajoutées, (i)
Je ferai une observation relativement au titre de cet ouvrage qui, à cause de Tintention qu'il cache, a donné lieu à plusieurs réflexions* La révélation peut renfermer une religion rationnelle pure, mais non réciproquement : la religion rationnelle pure ne peut pas contenir l'élément historique de la révélation \ en conséquence je regarde la révélation comme une sphère de croyance plus étroite que celle de la religion rationnelle pure^ je considère Tune comme contenue dans l'autre \ elles ne sont pas , dans ma manière de voir, comme deux cercles existant l'un à câté de l'autre, mais comme deux cercles concentriques. Dans le plus grand de ces cercles doit se tenir le philosophe en tant que rationaliste pur, en tant qu'il procède par purs principes à priori et qu'il doit faire abstraction de toute idée expérimentale. Or, de ce point de vue je puis tenter un second essai : partant de la religion
(i) Voici Pindicalioii des pages où elles se tronvent :
Pa|^ II, ligne 16, depsis une action moralemem indiff'., etc.,
p. a3 , 34, 7a, 116, 143, 186, 906, a38, depuis i7 ne faut pas » etc.,
tenue pour révélée et faisant abstraction de la religion rationnelle pure qui forme un système absolu et indépendant ^ je puis envisager la révélation comme un système historique renfermant ça et là des conceptions morales^ et alors examiner si elle ne revient pas à une religion pure , à un système rationneL Je puis chercher si, insuffisante sous le rapport théorétique dont fait partie la méthode techniquement pratique employée pour renseigner en tant que doctrine artificielle, la révélation ne peut pas , sous le rapport moralement pratique, suffire par elle-même, être indépendante, être enfin une religion qui, dépouillée de Télément empirique, subsiste comme conception rationnelle ou à priori, et ne soit possible qu'à cette condition. Si j'aboutis à une conclusion affirmative, on pourra dire que la raison et TEcriture peuvent non-seulement être conciliées, mais même être identifiées; de sorte que, suivre Tune sous la direction des notions morales, c'est se conformer aussi nécessairement à l'autre. Si nous arrivons à un résultat négatif, alors on aura dans une personne ou deux religions, ce qui est absurde, ou xme^religion et un culte. Or, dans ce dernier cas, le culte, à la diffSérence de la religion, n'est point par luimême une fin; il n'a de valeur que comme moyen. La religion et le culte doivent donc souvent se combattre, s'unir bientôt après, se séparer encore comme l'huile et l'eau, et, à la fin, doit surnager seule la morale pure, la religion rationnelle.
Cette fusion ou cette tentative de fusion ressortit pleinement de la philosophie religieuse et n'est point
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un empiétement sur les droits exclusifs de la théologie: j'en ai fait Tobseryation dans la première préface. Depuis, je trouve cette assertion citée, dans la Morale de feu Michaelis (première partie, page 6-1 1), homme également versé dans la théologie et dans la théodicée \ elle est même mise en pratique dans tout le cours de l^ouvragè, et la Faculté supérieure n'a point vu là une violatio;Q de ses droits.
Quant aux critiques honorables connus ou inconnus, ils sont entrés, comme toute la littérature actuelle, bien tard dans notre domaine, et je n'ai pu tenir compte de leurs jugements pour cette seconde édition, bien que je l'eusse vivement désiré-, je regrette surtout de ne pouvoir profiter des Annotationes quœdam theologicœ, etc., dû célèbre docteur Storr de Tubinge : il a examiné la religion avec sa pénétration ordinaire et en même temps avec un zèle et une impartialité qui méritent de sincères remercîments. Mon intention est de répondre à ses objections, mais je n'ose le promettre à cause des difficultés que l'âge suscite surtout pour l'élaboration des idées abstraites. . — Quant au jugement porté sur cet ouvrage dans le vingt-neuvième morceau de la Nouvelle Revue critique de Grivswald, je puis en finir avec lui'en quelques mots et être aussi court que le critique lui-même. Suivant ce critique, cet ouvrage n'est autre chose que la solution de cette question que je me suis posée à moi-même ; <( Gomment le système ecclésiastique de la dogmatique est-il possible dans ses conceptions et dans ses propositions selon la raison pure théorétique et pratique? »
— «Ce livre ne concerne donc nullement ceux qui connaissent et comprennent aussi peu le système de Kant qu'ils désirent le comprendre et le connaître, et doit être regardé comme non avenu. » A cela je réponds : n n'est besoin, pour comprendre cet écrit dans le fond essentiel, que des communes notions morales; il n'est pas nécessaire de pénétrer dans la critique de la raison pratique et encore moins dans celle de la raison tbéorétique. La vertu, en tant qu'habitude de conformer ses actes au devoir, c'est-à-dire prise dans le sens de légalité , est appelée dans cet ouvrage Tfirtu^ phnenomenon; et la vertu en tant qu'intention d'agir selon la loi et piir devoir, c'est-à-dire prise dans le sens d^ moralité, y est nommée virtus noumenon : mais ces expressions sont employées pour l'école -, le sens qu'elles renferment peut être revêtu d'autres mots et être faci-> lement rendu intelligible dans le plus élémentaire des enseignements et la plus populaire des prédications. Si le dernier de ces mystères relatifs à la nature divine, consacrés dans la doctrine religieuse , et, comme s'ils étaient tout à fait populaires, consignés dans les catéchismes, pouvait être pénétré, il devrait être , par la suite, converti en idée morale, afin d'être accessible à tous les esprits» *
Kœnigtberg, eeaS janvier 1794*