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de rhistoire, le rapport, déj.i signale, de l'œuvre révolutionnaire de Kant avec les événements politiques au milieu desquels il Faccomplit. Dans cette double étude, celle de la vie vraiment antique de l'auteur de la Religion dans les limites de la raison, et celle du rapport de la haute spéculation avec l'état social à la fin du dernier siècle , on puisera les garanties d'austérité sublime, de vertu stoïque, ainsi que les preuves de la profondeur de génie, de l'étendue de coup d'œil , qui ne peuvent jamais être plus nécessaires et jamais être exigées avec plus de droit qu'alors qu'il s'agit de l'inmiense question religieuse, de sa solution selon les exigences du présent et celles de l'avenir.
Cet important travail, qui confirmerait un des principes les plus féconds posé par M. Cousin, a été commencé déjà par plusieurs écrivains , mais est encore loin d'être achevé. Sa place serait évidemment en tête de cette publication, s'il ne devait former un gros livre à lui seul : nous n'entamons donc point ici ce trop vaste sujet. Nous voulons seule-
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inent exposer Tidee-mère de la Religion de Kant, et fixer un moment l'attention sur le plan remarquable de cçt ouvrage qui, ardu, hérissé, rebutant pour la forme, est tout à fait en rapport, pour le fond, avec les opinions instinctives des masses elles-mêmes au dix-neuvième siècle.
Toutefois, qu on nous permette de raconter auparavant Fémotion qui, tantôt, à propos de l'ouvrage de Kant, s'empara de nous, et que nous tairions avec un soin scrupuleux, si de notre récit ne pouvait, ne devait résulter un enseignement utile.
Je m'occupais de réduire, dans ma pensée, le travail qu'on va peut-être prendre la peine d'étudier; je coordonnais avec soin les réponses, ou ingénieuses ou profondes, que Kant fait aux diverses questions religieuses soulevées depuis dix-huit siècles , et même depuis le commencement de la réflexion dans l'humanité; je reconnaissais avec bonheur l'accord de ses opinions philosophiquement mûries et des intuitions spontanées des sociétés dépouillées de préjugés religieux ; j'étais ravi d'admiration devant
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ce grand génie posant^ il y a déjà soixante années, des principes qui ont germé dans les esprits, et qui porteront bientôt les fruits ardemment désirés ; j'étais plongé dans cette calme, douce et sainte méditation, lorsque je sentis tout à coup mon cœur, comme en proie à une vive crainte , battre violemment, un frisson de fièvre me parcourir tous les membres, et mes yeux se remplir d'amères larmes. Je venais de m'apercevoir, que dans ce livre, pourtant vaste et profond, de Kant ; dans ce livre qui traite de la religion , le mot à! amour, le mot de charité ne se trouvent point prononcés. A cette découverte tardive, je sentais mon âme comme se fondre d'admiration pour la doctrine catholique , qui m'apparaissait alors semblable à une de ces vierges grandes, belles et graves qui, par le chaste amour qu'elles nous inspirent, nous purifient. Dans ce moment, où je croyais m'ètre affranchi, trop tard! d'une illusion, je ne pus retenir cette exclamation de colère :
«Eh bien! livre maudit! tu paraîtras tout de même! tu seras l'évangile des hommes sans cœur! » Et je restai tout le jour bour-
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. rele par le doute et les perplexités. Je me demandais incessamment, avec un sentiment d'indignation profonde : Comment la raison peut-elle s'ingérer de répondre au cœur ? Ces deux facultés , qui ont chacune leur langage, peuvent-elles jamais se comprendre ? La raison, surtout, au milieu de sa sphère d'abstractions, de déductions logiques, concevra-t-elle jamais rien aux élans sublimes du sentiment?
Qu'on me pardonne la révélation publique de cette crise intellectuelle à cause de la réflexion qu'elle suggère et du secours qu'elle peut apporter à quelques jeunes et ardents chercheurs de la vérité,
La religion, ce fond de toute philosophie, cette fin de toute vie humaine, se compose essentiellement de deux parties : l'une, qui ressortit de la raison; l'autre, qui ressortit du sentiment. Les sectes qui fondent la religion sur la raison exclusivement, de même que celles qui l'étayent sur le sentiment seul, tout comme celles qui la font reposer sur la raison et sur le sentiment, en donnant toutefois à ces deux facultés une autorité égale , se
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trouvent toutes à côté du vrai, et sont bientôt jetées, par la logique et la force de leur principe même, dans les plus graves erreurs. C'est que le sentiment et la raison ne peuvent pas être placés au même rang. Dans la spéculation , dans l'investigation de la vérité , cela est hors de doute : les révélations du sentiment , bien qu'elles puissent être vraies , que leurs objets puissent être vrais , ne sont pas d'une certitude apodictique, démontrée ni démontrable. Dans la pratique, sous le rapport pragmatique, comme parle Kant, il n'y a pas non plus à hésiter : le sentiment doit être subordonné à la raison : seul, abandonné à lui-même, le. sentiment , comme moyen de connaissance, jette dans les extravagances du mysticisme; comme règle de conduite, il expose à la superstition , au fanatisme et aux déceptions les plus amères : qui ne le sait de reste ? Il est donc bon , il est donc utile, il est donc nécessaire que le sentiment, comme cela s'observe d'ailleurs dans la vie journalière, àoit soumis à la raison qui le dirige. Mais, au nom même de la raison, il faut prendre garde qu'elle n'anéantisse le senti-