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ment; car il ne resterait, chose bien évidente, que des natures mutilées.
Cette nécessité , en matière de religion , de la coexistence de la raison et du sentiment , et cette nécessité de la subordination de l'un à l'autre, sont un double principe dont il ne faut point se départir, si l'on ne veut être entraîné dans les opinions les plus gravement erronées en étudiant et les rationalistes purs et les mystiques à tous les degrés. « Tant importe, lorsqu'on allie deux choses, Tordre dans lequel on les unit ! y>
Quand je dis que la raison et le sentiment ainsi subordonnés constituent la religion vraie, je dis la vie de tous les jours et de tous les instants. Car la vie est un devoir continuel , et la religion véritable est l'accomplissement des devoirs considérés comme autant de commandements divins. Telle est l'admirable définition que Kant donne de la religion. Son livre, qu!il destinait au peuple et qui ne suppose qu'indirectement la connaissance de ses écrits antérieurs , a deux tendances : l'une, à transformer le présent; l'autre, à fonder Favenir. La première ^ comme
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on voit , est le moyen de la seconde , qui est la fin : il montre, dpins la conception de ce plan, qu'à toutes ses connaissances théoriques et spéculatives il joignait une certaine aptitude aux affaires ou du moins à la direction sage, progressive des esprits. Il interprète une à une toutes les parties du dogme chrétien; il discute tous les articles de foi du protestantisme et du catholicisme sous le point de vue rationnel , et donne sur chacun des points essentiels, des explications parfaitement positives , parfaitement raisonnables et admissibles. Il n'est guère qu'une question qu'il tranche avec l'autorité d'un homme d'un grand caractère, sûr de lui, de sa moralité, de la pureté de ses sentiments et de la force de sa volonté dans l'exécution :
je veux parler de la question de la confession auriculaire dans l'Eglise catholique. Il représente Jésus non point comme une idée, mais comme la manifestation de l'idéal le plus parfait de l'humanité, et, dans cette manière, de le concevoir, dans cette représentation de l'exemplaire, du type et du modèle tout ensemble de l'homme, l'homme -Dieu ne
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reste-t-il pas tout entier ? La loi morale nous représente une fin à atteindre, et, par cela même qu'elle nous la propose^ nous devons graviter incessamment vers cette fin, et nous le pouvons, sauf à en rester toujours à une grande distance. Nous ne devons nous reposer de notre développement moral, de cette ascension continuelle vers le bien absolu, que sur nous seuls, et n'admettre d'autres mobiles d'actions que les injonctions inconditionnées de la morale suffisante par elle-même. Mais c'est n'accomplir qu'une portion de ses devoirs que de travailler à son amélioration individuelle ; il faut encore établir un État divin, une cité de Dieu, une république morale, dans laquelle doit entrer le genre humain tout entier. C'est ainsi , c'est par la religion rationnelle seule que peut être réalisée la véritable Église universelle. Le sacerdoce ne peut être une mission divinement confiée à quelques-uns : il appartient à tous les hommes, car tous doivent travailler, dans la mesure de leur pouvoir, à l'extension du bien sur la terre : tout homme est prêtre, ministre et serviteur de Dieu , parce qu'il a
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charge de la moralité de ses semblables.
Tous lés moyens que n'improuve pas la raison peuvent être employés pour raccomplissement du grand œuvre de perfectionnement moral, pourvu qu'ils ne tendent point à égarer les esprits et les cœurs, à faire naître dans les âmes la superstition et le fanatisme, ou à nous inspirer la coupable défiance de nos propres forces.
Cette morale , cette théorie dii devoir appliquée à la religion, est essentiellement une théorie de la liberté; et, si nous abordions la question du rapport d'une religion ainsi conçue , de la véritable religion avec la politique , pour suivre en cela l'exemple de plusieurs membres influents du clergé , on peut prévoir quelles seraient nos légitimes et grandes conséquences. Le dogme chrétien se rattache logiquement et réellement à l'absolutisme, ce gouvernement de l'arbitraire sur la lâcheté , qu'avec une habileté antique on prétendit longtemps établi de Dieu. La religion véritable, la religion de la bonne conduite, la religion du devoir, ne relevant de Dieu que médiatement, par l'intermé-
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diaire de la conscience , organe toujours actif de la volonté divine, se rattache au gouvernement de la liberté , fondé sur la raison et sur la justice que fonde la raison, ou qui plutôt est la raison pratique elle-même.
Telle est la doctrine religieuse professée dans l'ouvrage que nous venons de traduire.
Kant , dans la division de son sujet et l'arrangement des parties , a suivi une méthode qui est plutôt celle d'un artiste et d'un poëte que celle d'un savant et d'un philosopha. £n considérant le titre de chacune des quatre parties, on dirait d'un poëme dramatique que l'auteur a entrepris de composer. En effet, nous constatons d'abord, avec le philosophe de Kœnigsberg , l'existence de deux puissants adversaires au sein de la nature humaine : ils sont rigoureusement et exactement caractérisés; puis nous assistons à la lutte continuelle, acharnée, du bien et du mal sur le théâtre de la conscience. La tac^tique savante du bon principe est décrite, c'est-à-dire que les conditions auxquelles il peut triompher sont énumérées, La victoire est à la fin remportée par la vertu , et on pro-