‹ La religion de J.J. Rousseau (volume 2)Chapitre 114 sur 241 · IX · texte numérisé non relu

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et con- j mœurs, i

ratifiée par douze ans de pratique, mais il n'avait jamais songé qu'elle pût devenir pour lui le point de départ d'un renouvellement moral, ou qu'elle put mettre qnel([ue limite à l'indépendance de son esprit. Par-dessus cet épisode cultuel, il semble donc que la pensée religieuse de Jean-Jacques ait poursuivi son développement régulier Pensée chrétienne, sans aucun doute, hautement sciemment chrétienne, mais où la fantaisie des l'expérience des milieux divers, la lecture des philosophes, introduisent déjà des Iil:)ertés in([ni(''tantes, et C|ui cherche |)lutôt à s'organiser en système qu'à s'épanouir en piété. Pourtant, ce christianisme a beau se rationaliser, il reste une foi. La force de l'accoutumance, la contagion de l'amour et de l'amitié, les conseils de la solitude, le spectacle et la méditation de la nature, la voix des (( bons livres », toutes ces sollicitations complices ont continué pour lui, sous une l'orme moins austère, les leçons inoubliées de la vieille Genève, et ont aciievé de gagner au christianisme cette intelligence qu'il avait d'abord façon- . née '. Vienne maintenant l'assaut des encyclopédistes . Leur philosophie conquérante pourra mettre en désarroi un esprit facile à troubler; elle pourra anémier ou dessécher [irovisoirement ce qui lui restait de dévotion affectueuse, arrêter sur ses lèvres l'humble jirière d'autrefois, et faire, en fjuelque sorte, fermenter à la surface de cette ànie un rationalisme d'autant plus irritable qu il sera plus intermittent; mais elle ne pourra pas entamer la couche profonde des convictions, des espérances et des désirs, lentement accumulés durant ces années heureuses, où il s'est ouvert à la vie spirituelle, où il s'est senti le plus luimême, où il s'est interrogé dans la paix, dans « l'innocence », dans une allégresse recueillie, et qui lui laissent des souvenirs plus forts que tous les raisonnements. Les Charmettes ont fait de Jean-Jacques un croyant, et pour toujours.

1. Cf. l'analyse de Rousseau lui-même dans les Rêveries, IX, 339. La religion do J. J. Rousseau. — I. 9

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