CHAPITRE V
ET LA ce RÉVÉLATION » DE VINCENNES
Quand Jean-Jacques quitte les Charmettes au printemps de 1740', ce n'est point un départ sans retour : il y reviendra deux ans plus tard, mélancolique et déçu, « rechercher le passé qui n'était plus et qui ne pouvait renaître 2 »; mais, jusqu'à ce que la solitude de l'Ermitage lui ait rendu la sérénité et la sécurité intérieures, il ne retrouvera plus cette plénitude de paix, ce bien-être spirituel d'une âme qui porte en soi sa lumière. Il s'est fait, aux Charmettes, de l'univers et de la vie un système qui le contente; et voici que sa nouvelle existence va multiplier autour de ce système, les objections et les raisons de douter. Au sortir de la pieuse retraite où tant de forces amies semblaient se coaliser pour « le maintenir dans une assiette » religieuse, le monde, et la philosophie qui le guette, lui réservent des épreuves décisives. Un malaise va l'envahir, qu'il ne s'expliquera que sur la route de Vincennes, au jour de la grande révélation, et qui ne s'apaisera définitivement que dans les bois de Montmorency.