Lettre à M. do Malesherbes, du 12 janvier 1762, X
tien; et, de ce retour passionné en arrière, c'est elle qui devait bénéficier. Elle vient s'offrir à lui comme une de ces forces bienfaisantes qui peuvent guérir de la science et de la philosophie; elle le ramène « à ce beau rivage paré des seules mains de la nature, vers lequel il tourne incessamment les yeux, et dont il se sentait éloigner à regret' ». A le voir réhabiliter « ces vieux mots de patrie et de religion », s'emporter contre ces « futiles déclamateurs » qui sapent, à coups de paradoxes, « les fondements de la foi » et « avilissent tout ce qu'il y a de sacré parmi les hommes » ; à l'accent* surtout dont il parle de « nos dogmes », on dirait que ce prédicateur laïque porte en lui des croyances inentamées -. Et, sans doute, au moment où il écrit son réquisitoire, il se retourne vers la religion avec une confiance d'autant plus affectueuse qu'il ne s'agit point de lui faire ici sa part, mais de l'exalter sur les ruines de la « philosophie ». Nous verrons bientôt que l'illumination de Vincennes n'a pas changé sa théologie, et qu'il conserve à l'égard des dogmes catholiques toutes ses exigences rationalistes; mais, pour l'instant, il ne s'interroge pas, il ne cherche pas à voir clair au dedans de lui. Tout ce qui lui reste de christianisme se réveille et s'agite en lui, pour bouter dehors les « philosophes » qui ont essayé de mettre son âme sous séquestre. Tumultueusement il déverse ses ironies et son mépris sur ces charlatans qui l'ont un instant séduit, qui font les esprits forts en gardant des tempéraments de fanatiques, et qui ne cherchent dans l'impiété qu'une réclame pour leur marchandise''. Tous ces sarcasmes dispersés prendront corps quelque douze ans plus tard dans le fameux réquisitoire du "Vicaire contre les « philosophistes » et leurs <( désolantes doctrines ». Mais le lecteur de 1750 pourra ne voir encore dans ce Discours qu'une rhétorique un peu surchauffée. Pour nous, qui connaissons mieux Jean-Jacques, qui savons quelles sont