Conjcssions, VIII
L ENFANCE CALVINISTE. j ',)
son fils, après avoir abandonné sa femme, est peu propre à donner le sens de la fidélité aux devoirs; celui qui passe ses nuits avec un enfant de se[)t ans à lire des romans, et qui lui apprend à ne les quitter « qu'à la fin du volume ' », est un médiocre conseiller de « vertu ». Reconnaissons pourtant qu"Isaac Rousseau a fait faire à Jean-Jacques dautres lectures moins frivoles que celles de Cassandre ou du Grand Cyriis. Suzanne Bernard avait hérité de son oncle, le ministre, une petite bibliothèque, où «^ il se trouvait de bons livres^ ». Un à un, ils passèrent enlre les mains de Jean-Jacques, qui les lisait à son jière tandis ciue celui-ci travaillait. Ensemble ils lurent ainsi, parmi d'autres « bons livres », le Discours sur l'histoire universelle et l'Histoire de l'Église et de l'Empire, par Le Sueur. Il est permis de s'imaginer que l'ouvrage de Bossuct fut moins, pour le jeune Rousseau, un bréviaire de religion qu'un manuel d'histoire. La fréquentation du temple lavait déjà familiarisé, sans doute, avec l'idée de Providence, avec les jjrincipaux récits bibliques; et le Discours sur l'histoire universelle dut surtout lui apparaître comme une condensation de son cher Plutarque. Mais il faut s'arrêter davantage au livre de Le Sueur : « Je l'avais appris presque par cœur chez mon père », affirmera-t-il dans les Confessiolis'^. On sera, je crois, tenté d'admettre que l'affirmation est fortement métaphorique. L'Histoire de Jean Le Sueur, pasteur de la Ferté-sous-Jouarre, forme six gros volumes compacts, bourrés de faits, de dates et de documents. Il faut déjà une ténacité méritoire pour lire sans défaillance cette docte compilation, écrite dans un « style rude et raboteux », par un auteur sans lettres, qui avoue, de bonne grâce, (c ne savoir point les règles de l'Académie '' » ; mais « l'apprendre