Ici, VIII
l'enfance calviniste. 21
presbytère de campagne. A plusieurs reprises, alors qu'il avait perdu toute tendresse pour la « prôtraille » calviniste ', Rousseau a parlé de M. Lambercier avec une gratitude, où l'on sent de Testime. Cet homme c raisonnalde » et« doux », ce « ministre plein de sagesse et de religion », (c qui, bien qu'homme d'Église et prédicateur, était croyant au dedans et faisait presque aussi bien qu'il disait )>, lui apprit à connaître de près un christianisme effectif, charitable et modéré-. Quelque dix ans avant l'arrivée de Jean- Jacques à Bossey, il avait eu pourtant une fâcheuse affaire. Des ouailles considérables, qu'il n'avait pas su ménager, l'avaient dénoncé au Conseil et à la Compagnie des pasteurs comme un « berger indigne-^ ». Il était à la fois, disait-on, négligent et peu docile aux bons avis des personnes doctes, traitait ses paroissiens de « grimauds » ou de « bêtes », et leur prêchait vaille que vaille, assis et parfois même accoudé. On le voyait dans les cabarets, où il s'enivrait sans vergogne; on prétendait même qu'il courtisait la nouri'ice d'un petit papiste, et avait passé une nuit chez elle. Mais ce qui le rendait surtout suspect, c'était. ses « familiarités indécentes avec sa sœur ». La demoiselle Lambercier, déclaraient les pharisiens de Bossey, manquait de cette correction qu'on doit trouver chez la sœur d'un ministre; elle voulait régenter l'église, et y faisait scandale; elle y entrait escortée d'une servante, qui portait ses psaumes et son petit chien, avait un chauffepieds dans son banc, mettait des mouches. Elle acceptait que son frère vînt la voir le matin dans son lit. On en jasait; et, depuis certain jour que, dans un cabaret où il