VIII
4. Cf. l'argumenlalion de Ritler [579], 181-1S2. Le contrat d'apprentissage avec Du Commun est du 26 avril 1725, et le passage du roi de Sardaigne au pied du Saléve (cf. Confessions, VIII, 13) est du 23 août 172i. La raison n'est pas absolument décisive, car on pourrait admettre que Jean-Jacques était retourné à Bossey pour voir passer le cortège royal. Mais, alors, il ne serait pas resté à Bossey " deux ans entiers » (VIII, 7 et 8). De toute façon, il faut admettre une erreur de mémoire dans les Confessions; et l'hypothèse de M. Hitler reste la plus vraisemblable.
le remit en garde au sieur Abel Du Commun. « M. Du Commun était un jeune homme rustre et violent », sans rien de cette culture et de cette gravité morale qui donnait à certains maîtres-ouvriers de Genève une distinction presque aristocratique '. En abandonnant Jean-Jacques à ce patron brutal, Gabriel Bernard suivait l'exemijle de son beau-frère : il lui déplaisait, scmble-t-il, d'encombrer sa vie d'un enfant, dont le propre père, bien tranquille aux portes de Genève, se désintéressait avec un cynisme si ingénu. Cet « homme de plaisir » entendait, lui aussi 2, mettre son égoïsme à l'aise : il ne cherchait pas pour l'avenir de son neveu une solution convenable, mais une solution, sans plus. Du Commun la lui offrit : on ne lui en demanda pas davantage.
Le contrat d'apprentissage, qui liait pour cinq ans le maître et Tenfant, stipulait en termes exprès que Du Commun « se chargeait aussi de l'instruire en la crainte de Dieu et bonnes œuvres, comme il est convenable à un père de famille ^ ». Mais c'était là une simple clause de style, car Du Commun n'avait que vingt ans, et pas encore de femme. « Tout maître, constatait mélancoliquement le pasteur Maurice dans un de ses sermons ^ est obligé par autorité publique, dans les lettres d'apprentissage, à prendre soin de l'instruction de ses apprentifs. Tous les jours, nous les exhortons à les mener eux-mêmes aux prêches, surtout aux catéchismes. Pouvons-nous en venir à bout? Et n'a-t-on pas, tous les dimanches, le mortel chagrin de voir, pendant ces heures si précieuses, les places publiques couvertes de jeunes garçons, qui les perdent à jouer? Les environs des temples mômes n'en sont-ils pas pleins? et l'approche des officiers publics