Confessions, VIII
la dramatique analyse, s'il n'avait pu se dissimuler à luimôme qu'il consentait « au fond à une action de bandit », s'il avait senti qu'il « vendait sa religion » et qu'il « méritait le mépris des hommes ' », s'il avait quitté sa geôle à la fois écœuré, humilié, violenté et honteux de lui-même, ou bien il aurait tenu pour nulle cette conversion forcée,
>^et se serait rejeté, dans un élan passionné de repentir, vers la foi de son enfance 2; ou bien, aigri, désemparé, déçu par « la sublilité des vaines disputes », travaillé de doutes inconnus jusqu'alors, il aurait renvoyé dos à dos lés
-^ deux confessions rivales et serait resté incrédule entre elles deux. C'est là, il est vrai, qu'en arrive le « jeune fugitif » de VÉinile, avant d'avoir rencontré le Vicaire Savoyard; mais cette attitude lui est, en quelque sorte, imposée par le sujet de la Profession de foi : il faut que « le libertin.» ait <( oublié toute religion » pour que « le bon prêtre » puisse lui prêcher d'abord la croyance en Dieu. Le Jean-Jacques que les Confessions nous montrent sortant de l'hospice et tout grisé de liberté, ne semble guère atteint par le doute : il pourra n'avoir que « les mœurs d'un gueux ?>, mais non u la morale d'un athée ^ ». « Sa conversion est alors peu solide », je le reconnais avec lui^; c'est pourtant une conversion, je veux dire un changement : le jeune homme, qui, quelques mois plus tôt, ne pouvait entrer sans frémir dans une église catholique, se sent maintenant familiarisé avec la pompe romaine, et en jouit. Il « suit des processions », écoute avec plaisir (( le faux bourdon des prêtres »,