Confessions, VIII
4. Id., VIII, 48, et Profession de foi [47], 383-385 et note 2.
Rousseau. Non seulement elle semble ôter toute décence à sa volte-face, mais elle lui ùle même l'excuse du l)esoin : quand « on change de religion pour avoir du pain • )>, on reste plus longtemps dans l'asile qui vous l'offre. L'histoire devient moins déplaisante, si l'on admet, comme j'ai tenté de le faire voir, que la véritable conversion de Jean-Jacques se fit, non pas à Turin, mais à Genève. La visite à M. de Pontverre marque l'achèvement d'un travail intérieur que nous sommes en droit de supposer et que les Confessions elles-mêmes nous aident à surprendre. Eln quittant Confignon pour Annecy, Jean-Jacques avait déjà abjuré dans son cœur : c'était un catéchumène converti, et les quelques jours passés à Thospice n'ont mis qu'une consécration officielle sur ce qui était déjà accompli. Si la « sainte maison » de Turin avait été moins sombre, Jean-Jacques y serait sans doute resté plus longtemps. Mais « la grosse porte à barreaux de fer », la triste nudité des murs, les répugnants camarades, la discipline et la férule retrouvées, tout devait « rendre le séjour de l'hospice désagréable » à un jeune voyageur d'humeur instable, curieux d'émotions nouvelles, mais qui ne désirait point les prolonger, déjà travaillé peut-être par des rêves d'ambition, avide surtout du « plaisir de l'indépendance », et qui n'avait guère quitté Genève que pour vivre à sa lantaisie "^.
Aussi ne nous étonnons point qu'il accepte sans arrièrepensée cette conversion hâtive, et qu'il sorte de Thospice sans rancune, je ne dis pas contre ses gardiens d'une semaine, mais, du moins, contre le catholicisme. Si vraiment il avait éprouvé au Spirito Santo les remords et les ardeurs de révolte, dont les Confessions nous apportent