Jauffret, Du culte public l
que les moines sont à l'église. « Rousseau me proposa d'y entrer et d'y faire notre prière. Les ermites récitaient alors les litanies de la Providence, qui sont très belles. Après que nous eûmes prié Dieu dans une petite chapelle, et que les ermites se furent acheminés à leur réfectoire, Jean- Jacques me dit avec attendrissement : <( Maintenant j'éprouve ce qui est dit dans l'Évangile : ^uand plusieurs d'entre vous seront rassemblés en mon nom, je me trouverai au milieu d'eux. 11 y a ici un sentiment de paix et de bonheur qui pénètre l'âme ». Je lui répondis : k Si Fénelon vivait, vous seriez catholique ». 11 me répartit, hors de lui,' et les larmes aux yeux : « Oh ! si Fénelon vivait, je chercherais à être son laquais, pour mériter d'être son valet de chambre. Ah! qu'on est heureux de croire ' »! Plus que jamais Fénelon était son héros : « il préférait Fénelon à tout- ». Pratiquement, il était réconcilié avec ce «papisme», quil avait abjuré pour redevenir citoyen de Genève. Il avait retrouvé sur le tard l'état desprit des Charmettes.
Faut-il ajouter maintenant que tous ces témoignages de sympathie pour le catholicisme ne traduisent même pas la plus furtive veilléité d'une conversion nouvelle. « Oh! que n'est-il né catholique »! soupirait Bernardine 11 n'avait nullement envie de le devenir, ni môme de laisser croire qu'il pourrait le devenir un jour; il voulait bien assister à la messe, disait-il au comte Duprat, mais à condition que la chose ne lui fût pas imposée, et surtout, que sa présence dans une église romaine n'autorisât aucune conjecture injurieuse pour la liberté de sa foi. « Je désire assurément fort de ne pas scandaliser les hommes, mais je désire encore i)lus ne jamais les tromper^». Ses répugnances dogmatiques restaient aussi vivaces que par le passé : « Je suis trop l)on chrétien, déclarait-il, en 176i, à Mme de
1. Études de la imlure [418], 111, 520 note; J. J. Rousseau [194], 108; cf. E. Ritter ■• Ah! qu'on est heureux de croire « [84], VII, 104-106.