Lettres des 3 février et 15 mars 1778. XII
Créqiii, pour être jamais calholique ' »; il restait fidèle à cette déclaration. En présentant, dans ses Confessions, un exposé de la théologie de Mme de Warens, théologie sans enfer, ni péché originel, ni rédemption, il semblait bien la prendre à son compte, et constatait, non sans plaisir, en guise de conclusion, que, « par ce système, la base du christianisme vulgaire est ébranlée, et que le catholicisme, au moins, ne peut subsister- ». Par instants même, on eût pu croire que, de son hérédité protestante, il gardait une certaine crainte, obscure et irraisonnée, des intrigues et des machinations monacales : « Les moines », disait-il en plaisantant au bon papa Roguin, « séparément, sont les meilleurs du monde, et tous ensemble ne valent pas le diable 3 «. « Séparément » même, il s'en méfiait, quand il sentait la congrégation derrière eux; et, parmi ses dernières recommandations à Thérèse, il n'oubliait pas celle-ci, qui était presque un ordre : «. qu'aucun moine ne se mêle de vous ni de vos affaires, en quelque façon que ce soit^ ». On se rappelle que, quand ÏÉmile était sous presse, il avait cru que la Compagnie de Jésus avait mis la main sur son manuscrit, et que <( leurs Révérences » n'attendaient plus que sa mort imminente pour défigurer son œuvre et déshonorer sa mémoire ^ Dans les dernières années de sa vie, il retrouvera une phobie analogue, il se persuadera que les oratoriens <( devenus, il ne sait comment, les plus ardents satellites de la ligue », le diffament systématiquement dans ce Montmorency où il a été « vénéré », qu'ils ne laisseront pas sa mémoire plus tranquille, et que ces hommes auxquels il avait donné son affection, son estime, sa confiance, mais qui étaient « gens d'Eglise et à demi moines, seront à jamais implacables'' ».