‹ La religion de J.J. Rousseau (volume 3)Chapitre 181 sur 239 · Nouvelle Héloise (\'I, xi), V · texte numérisé non relu

Nouvelle Héloise (\'I, xi), V

4. Lettres à Moultou, du 7 juillet 1763; à M. Martinet, de 1763 (?); à Mme de Créqui, du 21 juillet 1764, XI, 72, 81, 149.

LES nERNIKRES PAROLES DU CROYANT. 235

refuserait à l'idée du bonheur parfait que je m'y promets ' ».

Quoique cette conception de l'immortalité ne soit peutêtre pas, pour un calviniste, d'une théologie très sûre, on ne contestera point cependant qu'elle soit bien d'origine chrétienne; et, si l'espérance du « revoir » a plutôt ses origines dans la piété populaire, l'aspiration à la vie immortelle, qui libérera l'àme des servitudes du corps, est un sentiment tout chrétien. Nous l'avons déjà remarqué chez le Vicaire- : il reparait aux derniers jours de Rousseau. Le poète des Rêveries se plaît à goûter d'avance l'heure du grand affranchissement, quand, w délivré de ce corps qui l'offusque et l'aveugle », il « commercera avec les intelligences célestes » et « verra la vérité sans voile ^ ». En dépit de toutes « les tracasseries des prêtres », il est donc resté, à sa façon, un chrétien; et c'est dans ce qui lui reste de christianisme qu'il trouve ses dernières consolations. D'ailleurs, à bien examiner les choses, ce christianisme est beaucoup plus résistant que pourraient le laisser croire les déclarations de Jean-Jacques. Ce n'est certes pas le christianisme d'un théologien : l'ossature dogmatique en est très sommaire; mais c'est un ensemble de conceptions et de sentiments qui ne peut s'expliquer que dans un esprit longtemps et profondément pénétré par le christianisme.

L'auteur de la Réponse au roi de Pologne, de la Lettre à D'Alemberl et de VÉmile n'avait point ménagé ses hommages à « la majesté des Écritures » et à la « sainteté de l'Évangile »; il l'avait fait avec la piété d'un fidèle et l'abondance d'un lecteur familier. Le solitaire ambulant des dernières années n'a rien renié de ses admirations d'autrefois; et, s'il a vendu tous ses livres, il a conservé sa Bible et la relit. Il l'aime d'abord en poète et en prophète, qui se plaît à émigrer par le désir dans une humanité selon son cœur

1. Lettre à Mme de Créqui, du 21 juillet 1764, XI, 149: Confessions, IX. 55.

Page 1