‹ La religion de J.J. Rousseau (volume 3)Chapitre 182 sur 239 · Rêveries, IX · texte numérisé non relu

Rêveries, IX

et à y retrouver déjà celle de l'avenir. « Il aimait, nous dit Bernardin de Saint-Pierre, la simplicité des mœurs patriarcales. Nous parlions quelque fois de Noémi »; il s'attendrissait sur cette Ruth ingénue qui disait à Noémi : « votre peuple sera mon peuple, votre Dieu sera mon Dieu », et qui se « déterminait sur la religion par l'amitié 1 ». La rusticité sans artifices de la Bible lui paraissait un modèle que les poètes modernes devaient se proposer : « J'aime mieux la Ruth de la Bible que la vôtre », disait-il à son jeune ami Saint-Brisson, l'auteur des Idylles françaises; « Oh, fi! d'une Ruth qui se parfume- ». Il pouvait bien trouver le Cantique des cantiques hors de place dans le canon de l'ancien Testament, mais il en sentait la chaude et troublante poésie ^

C'est de cette fréquentation assidue avec la Bible qu'est sorti, en des jours de grande angoisse, le petit poème du Lévite d'Éphraïm, dont il redisait encore, sur la fin de sa vie, que, « sil n'était pas le meilleur de ses ouvrages, il en serait toujours le plus chéri ». Il se vantait d'avoir su y mettre, « malgré l'horreur du sujet », un style « champêtre et naïf », et de n'avoir « rien fait en sa vie où régnât une douceur de mœurs plus attendrissante, un coloris plus frais, des peintures plus naïves, un costume plus exact, une plus antique simplicité en toutes choses * ». Nous ne pouvons plus aujourd'hui partager la tendresse de Jean- Jacques pour son Lévite; mais ce petit pastiche de Gessner nous est précieux, parce qu'il nous montre de quelles visions Jean-Jacques s'enchantait dans la Bible. « Hommes de nos jours, s'écrie le poète du Lévite, ne calomniez pas les mœurs de vos pères. Ces premiers temps, il est vrai,

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