‹ La religion de J.J. Rousseau (volume 3)Chapitre 199 sur 239 · Profession de foi · texte numérisé non relu

Profession de foi

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« Il faut être soi », disait-il souvent dans ses dernières années ^ Ce fut toujours la maxime inconsciente de sa vie, car il ne savait ni ne pouvait être autre chose. Nature perpétuellement instable, dont l'existence n'a guère été qu'une douloureuse ou délicieuse palpitation, l'univers disparaissait, en quelque sorte, devant ses yeux troublés : il n'y avait plus, pour émerger dans sa conscience, que le moi sentant et frémissant; ou plutôt ce moi ne savait retrouver dans l'univers que lui-môme, et ne pouvait en jouir que dans la mesure où il l'avait, pour ainsi dire, recréé et assimilé. (( Je m'aime trop, disait-il sur le tard, pour pouvoir haïr qui que ce soit. Ce serait resserrer, comprimer mon existence, et je voudrais plutôt l'étendre sur tout l'univers- ». On peut élargir la formule, sans qu'elle perde pour lui sa justesse psychologiciue : Je m'aime trop, aurait-il pu dire, pour concevoir une vérité dont je serais privé. Ce serait resserrer, limiter mon existence et ma puissance. J'aimerais mieux qu'il n'y eût pas d'autre vérité que moi-même. Je n'imagine pas, d'ailleurs, qu'il puisse exister une vérité en dehors de celle (^ue je désire et que je veux. — Son Vicaire Savoyard, nous l'avons vu, se console assez vite de ne point trouver la vérité : si l'erreur « se rapporte mieux à sa nature », si elle est « plus conforme à son être », si elle est «. son erreur », elle équivaut pratiquement à la vérité ^ c 11 ne s'agit pas, écrit-il audacieusement, de savoir ce qui est, mais seulement ce qui est utile ^ ».

1. Bernardin de Saint-Pierre, J. J. Rousseau [134], 98, 120, 183.

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