‹ La religion de J.J. Rousseau (volume 3)Chapitre 201 sur 239 · Emile, II, 37 : cf. id., 128 et note · texte numérisé non relu

Emile, II, 37 : cf. id., 128 et note

Entendons ce paracjiôxe^ non dans un sens bassement pratique, mais dans ur) /ens d'égotisme souverain. Il a paru quelquefois l'interpréter en utilitariste un peu grossier, presque en politicien de l'ordre moral. Il disait même à dom Deschamps : « Il ne suffit pas de considérer le bien qu'un livre contient en lui-même, mais on doit aussi peser le mal auquel il peut donner lieu. Il faut songer qu'il trouvera moins de lecteurs bien disposés que de mauvais cœurs et de têtes mal faites. Il faut, avant de le publier, comparer le- bien et le mal qu'il peut faire, et les usages avec les abus. C'est par celui de ces deux effets qui doit l'emporter sur l'autre qu'il est bon ou mauvais à publier »; et, quelques semaines plus tard : « Que j'adopte ou non vos sentiments, pourvu qu'il me soit démontré qu'il serait utile aux hommes de les adopter, vous pouvez compter de ma part sur autant de zèle que si, moi-môme, j'en étais l'auteur; car, dans mon amour de la vérité, je ne suis pas assez heureux pour être sûr que c'est moi qui la possède; et, dans cette incertitude, c'est l'utilité du genre humain, plus facile à connaître, qui doit nous servir de guide ^ ». La grande note finale de la Profession est, en effet, une apologie de la religion du point de vue de « l'utilité du genre humain » ; et, dans sa Lettre à M. de Beaamont-, il se fait un mérite d'avoir mis plus fortement en valeur que quiconque cette « utilité de la religion », utilité qu'il semble reconnaître comme suprême critérium. « Prenons donc cette utilité pour règle, et puis établissons la doctrine qui s'y rapporte le plus. Nous pouvons espérer d'approcher de la vérité autant qu'il est possible à des hommes; car il est à présumer que ce qui 'est le plus utile aux créatures est le plus agréable au créateur ^ ». Je ne voudrais pas nier la bonne foi de ces propos, mais ils ont un peu, à mon sens, une valeur exotérique. Le vrai Jean-Jacques se soucie moins des autres, et se détache moins facilement de lui-

1. Lettres des 25 juin et 17 octobre 1761 [28], 153, 166-167.

2. III, 113; cf. encore Lettres de ta montagne, III, 124, 146.

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