‹ La religion de J.J. Rousseau (volume 3)Chapitre 202 sur 239 · Lettre à M. de Beaumont, III · texte numérisé non relu

Lettre à M. de Beaumont, III

La religion de J. J. Rousseau. — II. |7

2 58 LA u PROFESSION DE FOI ■> DE JEAN-JACQUES.

même. Il ne saurait y avoii* pour lui d'autre vérité que celle qui satisfait ses exigences vitales. La religion est une de ces exigences. <( Quand l'être immense dont elle s'occupe n'existerait pas, il serait bon encore que l'homme s'en occupât sans cesse », pour trouver la véritable direction de sa vie; l'âme de Jean-Jacques a besoin d'être religieuse, sinon « pour son bonheur dans l'autre monde », du moins « pour son bonheur dans celui-ci ' », c'est-à-dire pour le plein épanouissement de toutes ses puissances. Elle étoufferait dans un univers sans Dieu; Dieu lui est nécessaire pour exister. En une plainte admirable, mais trop peu connue, d'une ferveur étrange et haletante, son t*ygmalion s'indigne que la nature se refuse à se laisser absorber par lui, et que la création de son génie ne participe pas pleinement à l'ardeur qui le consume :

Quels traits de feu semblent sortir de cet objet pour embraser mes sens, et retourner avec mon àme à leur source I... Tourments, vœux, désirsj rage, impuissance, amour terrible, amour funeste!.,, ohl tout l'enfer est dans mon cœur agité. Dieux puissants, dieux bienfaisants, dieux du peuple, qui connûtes les passions des hommes, ah ! vous avez tant fait de prodiges pour de moindres causes! Voyez cet objet, voyez mon cœur, soyez justes, et méritez vos autels. Et toi, sublime essence, qui te caches aux sens et te fais sentir aux cœurs, àme de l'univers, principe de toute existence, toi, qui, par l'amour, donnes l'harmonie aux éléments, la vie à la matière, le sentiment aux corps et la forme à tous les êtres; feu sacié, céleste Vénus, par qui tout se conserve et se reproduit sans cesse; ah ! où est ton équilibre? Où est ta force expansive? Où est la loi de la nature dans le sentiment que j'éprouve? Où est ta chaleur vivifiante dans l'inanité de mes vains désirs? Tous tes feux sont concentrés dans mon cœur, et le froid de la mort reste sur ce marbre; je péris par l'excès de vie qui lui manque. Hélas! je n'attends point un prodige: il existe: il doit cesser: l'ordre est troublé, la nature est outragée; rends leur empire à ses lois, rétablis son cours bienfaisant, et verse également ta divine influence. Oui,

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