‹ La religion de J.J. Rousseau (volume 3)Chapitre 46 sur 239 · Id. (VI, vni, XI, IV, X), V, 44, 55, 65-66, IV · texte numérisé non relu

Id. (VI, vni, XI, IV, X), V, 44, 55, 65-66, IV

3. Id. (VI, vn), V, 34 : cf. Lcllreà D'Alembert, 1, IS^; Observations, etc. V, 90.

gion de ses enfants dans des formules apprises par cœur, (jui les dispenseraient de se faire eux-mêmes leur foi. Ils n'apprennent pas leur catéchisme, dit-elle, mais c'est « afin qu'ils le croient un jour >'. Elle dit : croire; il serait plus juste de dire : interpréter, car, plus d'une fois, ce catéchisme risquera de leur paraître <> déraisonnable », et « il est impossible à l'homme de croire ce qu'il n'entend pas ». En attendant, ils apprennent à lire dans un recueil édifiant, dont la Bible a fourni, pour la plupart, les « petites histoires intéressantes et instructives»; plus tard, ils liront la Bible même; ils fermeront, sans doute, les yeux sur le Cantique des cantiques, (|ui pourrait leur insinuer un mysticisme trop sensuel, mais ils s'enchanteront de la Bible des pasteurs et des patriarches, la Bible de Rachel et de Noémi, qui stimulera en eux le goût « des soins champêtres », qui les transportera dans ces « temps de l'amour et de l'innocence, où les femmes étaient tendres et modestes, où les hommes étaient simples et vivaient contents ». Ce sera une de leurs façons, à eux, d'être chrétiens. Quant au reste, ils pratiqueront « la sainte liberté des enfants de Dieu », ou, plus précisément encore, pour employer une formule de Saint-Preux, que, d'ailleurs, Julie accueille parc un signe d'approbation », << ils s'efforceront d'être chrétiens, croiront de la religion tout ce qu'ils en pourront comprendre, et respecteront le reste sans le rejeter ' »,

Ce seront, du moins, de très fermes théistes. Julie croit en Dieu, non pas seulement au Dieu horloger et gendarme que Voltaire hospitalise officiellement à Ferney, mais au « Père commun des hommes », à une Providence, dont « elle aperçoit partout la bienfaisante main », et qui n'offre à son cœur, dans le spectacle de l'univers et de la vie, que des sujets d'attendrissement et de gratitude. « Le Dieu que je sers, dit-elle, est un Dieu clément, un père; ce qui me touche est sa bonté; elle efface, à mes yeux, tous ses autres

1. Nouvelle Héloïse (\, m, vu, VI, vni), IV, 407-408, 423, V, i.3, note.

altributs; elle est le seul que je conçois. Sa puissance m'étonne, son immensité me confond, sa justice.... Il a fait l'homme faible, puisqu'il est juste, il est clément.... 0 Dieu de paix, Dieu de bonté, c'est toi que j'adore! C'est de toi, je le sens, que je suis l'ouvrage, et j'espère te retrouver au dernier jugement, tel que tu parles à mon cœur durant ma vie 1». Comment cette infinie bonté pourrait-elle se complaire dans des châtiments sans fin, Julie ne vent point se le demander, et se refuse à discuter sur les peines éternelles. Peut-être, si l'on exigeait d'elle une solution du problème, se rallierait-elle à la théorie de milord Edouard, « qui pensait, qu'à la mort des méchants, leurs âmes étaient anéanties- ». Mais, comme elle se sent « bonne » malgré ses fautes^, le souvenir qu'elle en garde la laisse sans trouble au dernier jour; sa confiance ne les efface point, mais efface, du moins, la crainte. « Le Dieu vengeur, dit-elle, est le Dieu des méchants; je ne puis ni le craindre pour moi, ni l'implorer contre un autre.... Qui s'endort dans le sein d"un père n'est pas en souci du réveil ^ »,

Ce réveil, pourtant, elle essaie de se le représenter, mais elle n'abandonne, dans sa vision de l'au-delà, ni ses exigences intellectuelles, ni ses besoins sentimentaux. Elle se regimbe contre son pasteur, qui lui promet « la résurrection des corps », dont elle ne veut point, car elle ne comprend pas « à quoi serviraient des sens, quand ils n'auront plus rien à faire » : l'immortalité qu'elle espère, c'est, avant tout, l'immortalité d'une âme enfin libérée de son

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