Nouvelle Héloïse (111, xviii), IV
2. Observations sur les retrancheimmls à la « Nouvelle Héloïse », V, 87.
religion raisonnable et sainte, qui, loin d'abrutir Tbomnie, l'ennoblit et l'élève, qui, ne favorisant ni l'impiété ni le fanatisme, permet d'être sage et de croire, d'être humain et pieux tout à la fois ■>•>. « J'ai vécu et je meurs, s'écriet-elle, dans la communion protestante, qui tire son unique règle de l'Écriture et de la raison ^ >'. Ce dernier mot, comme, du reste, la formule « religion raisonnable », montre bien que ce protestantisme n'a pas comme premier souci d'être orthodoxe : il se caractérise par une reconnaissance déférente pour la forme, traditionnelle et civique, de la religion, et aussi, et plus encore peut-ètrCj comme nous l'avons vu, par des vivacités agressives à l'égard du catholicisme, de son dogme, de ses prêtres, de ses dévots. 11 se garde habilement de toute opposition précise à l'orthodoxie oftîcielle, mais laisse assez voir son libéralisme, ou plutôt son indifférence dogmatique. Après avoir connu des « scrupules inquiétants » et un grand malaise d'âme, pour s'être attachée à la théologie de sa foi, Julie en est venue à ne plus redouter « l'erreur, qui n'est point un crime », et à se borner « aux vérités de pratique qui l'instruisent de ses devoirs ». Elle raisonne et moralise, mais ne se passionne point pour ses raisonnements; elle discute avec son pasteur, mais sans entêtement^. Elle ne s'associerait point peut-être à toutes les audaces religieuses de Saint-Preux, mais elle accepterait son principe, qui était déjà celui de la Lettre à D'Alembert, que, s'il faut respecter le texte sacré, il faut encore respecter davantage son auteur, et qu'il vaudrait « mieux croire la Bible falsifiée, ou inintelligible, que Dieu injuste ou malfaisant ^ ». Elle ne veut pas, non plus, comprimer la reli-
1. Nouvelle Héloïse (VI, xi), V, 62, 55. Longtemps avant sa mort, elle disait déjà (IV, x), IV, :fl7 : <■ Nos gens d'Église, aussi supérieurs en sagesse à toutes sortes de prêtres (jue notre religion est supérieure à toutes les autres en sainteté ».