‹ La religion de J.J. Rousseau (volume 3)Chapitre 48 sur 239 · Id. iVI, XI, vin), V · texte numérisé non relu

Id. iVI, XI, vin), V

corps. Mais elle se refuse pareillement à le suivre, quand il cherche à exciter en elle le désir d'une vie future qui ne serait rien d'autre que la contemplation de Dieu, quand il lui soutient, au nom de l'Église, « que rimmensité, la gloire et les attributs de Dieu seraient le seul objet dont l'âme des bienheureux serait occupée ». Pour elle, en quittant la terre, elle ne veut sacrifier aucune des affections qui ont enchanté sa vie, oublier aucun de ceux qui lui furent chers : elle les reverra. Une éternité où elle ne retrouverait plus son passé humain, lui paraîtrait indésirable et presque haïssable. Elle ne doute point que le bonheur des élus ne consiste, pour une large part, « dans le témoignage d'une bonne conscience », c'est-à-dire dans le souvenir de ce qu'ils ont été et de ce qu'ils ont aimé '. A cette conscience, cjui fera plus tard notre félicité, abandonnons, dès à présent, la direction de notre vie : nous y trouverons « la règle sûre » qui ne trompe jamais, si nous « la consultons sincèrement » et si nous avons su la défendre, par la croyance en Dieu, contre l'obscurcissement des préjugés. Se soumettre à la conscience n'est qu'une façon de s'abandonner au sentiment intérieur, au sentiment divin. C'est la soumission de Julie : elle sait raisonner, et son pasteur en a fait l'expérience; mais son raisonnement s'édifie toujours sur des vérités de sentiment. Wolmar s'en est aperçu : « Elle met toujours, dit-il, le sentiment à la place de la raison ». La formule est excessive. Julie traduit plus exactement son attitude, quand elle déclare que «la preuve intérieure, ou de sentiment, est celle-là seule qui peut rendre invincible toutes les autres ». — « Ne serait-ce point, se demande Wolmar, de son maître de philosophie qu'elle aurait appris cette manière d'argumenter »? Oui, Julie est bien l'élève de Saint-Preux^,

1. Nouvelle Héloïse (VI, xi, xii), V, 66, 76. — Ici, comme nous le verrons plus loin (chapitre vi de celte seconde partie), c'est bien l'opinion — très peu « philosophique » — de Rousseau lui-même que Julie exprime : .cf. la note manuscrite qu'il a supprimée [47], 209.

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