Id. (III, xvni, V, V), IV
c'est-à-dire de Jean-Jacques, ou plutôt de toute cette génération sentimentale, que nous avons vu se résigner à ne pas comprendre les choses, pourvu qu'elle puisse en user, de cette génération qui ne connaît pas d'autre devoir intellectuel que celui de la « bonne foi », et ne se met pas tant en peine de beaucoup savoir que de bien vivre : « Un cœur droit, dit niilord Edouard, est le premier organe de la vérité. Celui qui n'a rien senti ne sait rien apprendi"e, il ne fait que flotter d'erreurs en erreurs; il n'acquiert qu'un vain savoir et de stériles connaissances, parce que le vrai rapport des choses à Ihonime, qui est sa principale science, lui demeure toujours caché ' ». C'est aussi la dialectique de Julie; et c'est à chercher « le vrai rapport des choses à l'homme » [qu'elle entend borner ses recherches. A tous ceu.\ qui croient en Dieu, elle demande de soustraire ce grand objet à toutes les discussions métaphysiques ou théologiques, c'est-à-dire intellectuelles, mais d'y chercher seulement ce qu'il doit être pour nous, un principe d'action : « Voulons-nous, dit elle, pénétrer dans ces abîmes de métaphysique, qui n'ont ni fond, ni rive, et perdre à disputer sur l'essence divine ce temps si court qui nous est donné pour l'honorer? Nous ignorons ce qu'elle est, mais nous savons quelle est; que cela nous suffise.... Elle nous a donné ce degré de sensibilité qui l'aperçoit et la touche ; plaignons ceux à qui elle ne l'a pas départi.... Respectons ses décrets en silence, et faisons notre devoir; c'est le meilleur moyen d'apprendre le leur aux autres ». Et Julie formule son incuriosité dogmatique en des maximes qui font écho à celles de Pluche, de Murait et des autres « pragmatistes » où elle a appris à penser et à sentir : « la conscience ne nous dit point la vérité des choses, mais la règle de nos devoirs; elle ne nous dicte point ce qu'il faut penser, mais ce qu'il faut faire; elle ne nous apprend point à bien raisonner, mais à bien agir^ .>.